Les histoires ont quelque chose de fascinant...Films, livres, récits, sont autant d’expériences que l’on vit intensément mais qui retournent dans l’univers ouaté de l’imaginaire une fois les pages refermées.
C’est ce que je me disais avant de La rencontrer. J’avais 19 ans à l’époque, et quelques expériences infructueuses avec des garçons de mon âge. J’éprouvais parfois de l’amour, mais peu de désirs, et aucune envie de m’imaginer vivre avec eux un jour !
Je terminais une année d’hypokhâgne, frustrante de difficultés et d’échecs, et ne savais quoi faire de mon été. Ma cousine américaine m’appela et me proposa six semaines à Hawaii, dans un campus mormon, qui est sa religion "adoptive".
Hawaii ?! Mormons ou pas, je décidais de partir. En quinze jours, je partais, ma valise sous le bras, vers l’hémisphère sud. Evidemment, la solitude et le décalage horaire firent des premières heures une expérience un peu flippante, mais dès que j’aperçus l’océan...
Et puis il y avait un truc génial : on pouvait choisir ses cours à la carte. Je pris deux modules : dessin et rédaction en anglais.
Le premier cours d’anglais, je me retrouvais plongée dans une classe d’américains sympas et bruyants, et qui s’étonnaient qu’une française catholique non pratiquante ait atterri chez eux !
A quelques minutes du début du cours, une jeune fille fit son apparition sur le seuil de la porte. J’en eus le souffle coupé. J’ai beaucoup de mal à exprimer ce que j’ai ressenti (bien qu’à mon avis, ça soit assez proche du coup de foudre), mais je me suis dit : "Elle deviendra mon amie" Cette évidence était empreinte d’urgence. La seule vue de cette fille me donnait l’impression que je l’avais déjà connue dans une autre vie, qu’il fallait que je me rapproche d’elle ; c’était plus fort que moi.
Je fis en sorte qu’elle s’assoit à côté de moi, et je me mis à lui parler ; elle était plutôt timide et ne semblait pas avoir envie de me connaître, mais malgré ma lucidité apparente, mon cerveau me criait : "Vas-y, poulette, mets le paquet, elle DOIT t’aimer"
A partir de là, j’ai utilisé tout mon humour et tout mon charme pour que nous soyions amies. Et en l’espace de six semaines, nous fûmes inséparables. J’appris à la connaître et c’était la fille la plus adorable, la plus douce et la plus généreuse qui m’ait été donné de rencontrer. On s’est séparées, à la fin du séjour, en larmes, et la douleur fût si forte que je passais les 24 heures du trajet retour à me demander ce que serait ma vie sans elle.
Je me suis aperçue à ce moment-là que c’était ELLE, cette moitié que j’attendais, que je cherchais, que j’espérais depuis si longtemps.
Nous sommes restées en contact permanent : coups de fil, lettres, cadeaux... Je suis allée la voir chez elle, à Las Vegas, j’avais économisé un an pour ce voyage. Elle m’avait aussi rendu visite en France...
Elle me fit part de l’inquiétude qu’elle pressentait quant à notre relation ; elle me disait qu’elle n’avait jamais tant souffert d’un éloignement, et que même son fiancé (car elle était fiancée, sic) ne lui manquait autant...
Quand elle m’annonça, après son mariage, qu’elle était enceinte, je lui fis mes félicitations et lui avoua que cela faisait 3 ans que je l’aimais d’une passion dévorante.
Elle m’aimait suffisamment pour ne pas m’en vouloir, mais je la sentis choquée et impuissante. Elle me répéta qu’elle était mariée, et que de plus les mormons bannissaient l’homosexualité ; mais elle me dit aussi qu’elle m’aimait telle que j’étais, et qu’elle ne me laisserait pas tomber.
Depuis, j’ai trouvé une copine, un amour, que j’adore, et mon coming-out officiel s’est fait dans la douleur. Mais qu’importe : c’est en nous que l’on peut trouver la force pour sortir notre identité, et même si les gens ne l’acceptent pas, si on se prend des claques, il faut avancer, en confiance, se dire que la vie est belle, courte, et qu’on en fait ce que l’on veut.
Alors courage à tous et toutes,
Éclatez-vous,
Mangez du chien, déguisez-vous en vahiné punk,
Bref... PROFITEZ !!!!!!!!!
Formulations :
"M’man, t’es tellement belle que si papa t’avait pas épousé, je t’aurais pacsée" (lol, non surtout pas !!!!)
" C’est pas moi qui l’a dit, c’est Freud : on est tous bisexuels. Ca te choque ? T’inquiète, moi chuis homo"
" Quand on aime, quand on souffre, on a envie de le crier sur les toits. Comme dans ces films hollywoodiens où tout finit toujours par s’arranger. Je sais que je lance une bombe, mais j’ai envie de le partager : J’aime les hommes/femmes. Et j’ai besoin qu’on me comprenne"
A faire :
Ecrire un petit message à Wonderwoman (Cliquez dans le petit tableau sur « répondre à l’article »)
Si vous aussi vous avez fait votre coming-out récemment et vous voulez nous le raconter, c’est par içi