D’abord, j’ai grandit au Nouveau-Brunswick, petite province maritime près du Québec, où Acadiens et anglophones se côtoient. J’ai aujourd’hui 39 ans. Enfant, avant que je connaisse le terme « homophobie », j’en était victime soit par abus verbal ou autre. À l’adolescence, je me savais différent, ayant de fortes pulsions sexuelles, ce qui est normal à cet âge, mais l’expérience était pratiquement inexistante, même si j’étais beau garçon.
L’alcool et les drogues faisaient parties de mon quotidien, soit pour faire comme les autres, mais aussi, et surtout, pour m’oublier...
À dix-huit ans, avant de partir pour la première fois de la maison, en direction de l’ouest canadien, maman regardait une émission de télévision traitant de l’homosexualité. Tiens... pour la première fois, je me reconnaissais. Par contre il m’était impensable de dire à ma mère que j’étais homosexuel, pour ensuite partir pour Dieu sait combien de temps et la laisser avec cette peine. De plus, je ne me l’étais pas encore complètement avoué.
Dans l’ouest, je devenais homme, car j’apprenais à travailler de mes bras, gagnant un salaire, et apprenant l’anglais, tout en me faisant de nouveaux amis. Je trouvais les gars attirants, mais je me retenais, car « je n’étais pas homosexuel » : beaucoup trop honteux. J’étais d’ailleurs très attiré par mon meilleur ami, un ami d’enfance, qui était venu me joindre dans l’ouest. Rien ne se passait, sauf dans mon imaginaire... À dix-neuf ans, je perdais tardivement ma virginité... avec une fille.
Après mon premier périple dans l’ouest, je retournais aux études. Je m’éclatais dans les fêtes, sortais de temps à autre avec des filles... sans toutefois coucher avec elle. Je sentais ma sexualité castrée. Après mes études, je me suis retrouvé à nouveau dans l’ouest, à Vancouver, pour quelques années. Je vivais dans le quartier gai. Encore là, l’ambivalence faisait partie de mon quotidien. Tout en fréquentant de jolies femmes, j’étais amoureux d’un ami qui se disait bisexuel. Il était très attirant, mais, nous n’avons jamais partagé le lit. Dans mon fort intérieur, je voulais qu’il soit l’initiateur...
À l’âge de 26 ans, je décidais de déménager à Montréal. C’est finalement là que j’ai vécu mon coming out : je vivais un stress très violent d’avoir été fraudé par un soi-disant ami. C’est alors que j’avais trouvé au hasard le numéro de téléphone de Gai-Écoute. J’avais besoin de parler... de me défouler... J’étais sous le choc d’avouer enfin ma véritable identité.
Ma première expérience avec un homme s’est effectuée un an plus tard avec un ami plus âgé que moi. Très à l’aise dans sa sexualité, je connaissais pour la première fois des périodes de jouissance des plus intenses. À partir de ce moment, je fréquentais à Montréal des garçons dans la jeune vingtaine, avec qui le sexe était souvent très bon. Je fréquentais D. qui était éperdument amoureux de moi. Moi... je n’étais pas prêt d’être en relation... Celle-ci s’est terminée après quelques mois. À mon retour dans les Maritimes, je me trouvais plus confortable dans ma sexualité. Mais je n’étais pas confortable face à mes parents qui voyaient que quelque chose n’allait pas rond.
Dans une longue lettre, je leur ai avoué mon homosexualité. La crise a duré plusieurs semaines. Ma mère vivait une grande peine d’amour que son fils unique soit gai (j’ai trois soeurs). Et mon père, lui, vivait le découragement. Mais, après un mois, le dialogue est revenu. Le rapport avec mes parents était plus vrai. Ils étaient sincères lorsqu’ils me disaient que la maison était grande ouverte pour moi.
Ayant perdu mes parents très récemment. Je revis d’autres remises en question, soit par rapport à mon travail, à mes relations... J’apprends à être vrai. Je me rends compte que le coming out peut quelquefois prendre des semaines, mais en ce qui me concerne, cela prends des années. Aujourd’hui, je me sens confortable dans tout ça. La prochaine étape, je pense, est d’entrer en relation avec un mec avec qui nous aurions tout plein d’affinité. Le hasard s’aura bien faire les choses. Entretemps, j’entretiens de belles amitiés et continue d’avancer dans cette belle aventure qu’est la vie.
A faire
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