Voilà mon récit de mon Coming-out, je l’ai écrit quelques semaines après.
"Plantons d’abord le décor.
J’ai 25 ans et un frère jumeau, je vis encore chez mes parents dans un pavillon (du moins avec ma mère puisque mes parents s’étant séparé l’été dernier... mais ça c’est une autre histoire et certainement pas celle qui nous intéresse ici.).
Vous n’allez pas me croire si je vous dit que mon frère, MON frère jumeau, n’était pas au courant de l’homosexualité de la personne certainement la plus proche de lui...
C’est que le frérot en question a tenu pendant bien des années des propos bien homophobes.
Et vous savez comme moi que le mot "pédé" dans la bouche d’un hétéro pur et dur c’est plutôt péjoratif et ressentit comme une insulte (la plupart du temps, je précise, je ne vais pas condamner tous les hétéros quand même...). Vous voyez ce que je veux dire ?
Bon avec un frère comme ça, il y a un petit malaise.
Bien que la situation n’était pas très favorable dès le début, comment est-elle arrivée à se débloquer me direz vous ??!!!
Y’a du travail, c’est sûr, un travail de préparation pour soi mais aussi de la personne que l’on a en face de soi (du moins la personne à qui on veut tout dire !).
Pour ma part, deux personnes se devaient être au courant. Coûte que coûte.
Ma mère et mon frère jumeau !
Je commencerai par raconter mon coming-out vis-à-vis de ma mère : c’est elle que j’ai mis au courant en premier.
Pas si facile que ça de dire à sa mère que l’on est pédé !
M’enfin, je PEUX DIRE AUJOURD’HUI un grand merci à ma mère car je vous le dit : une mère le sait.
Elle attend en fait le moment où VOUS serez prêt pour lui confirmer ses doutes.
Un grand merci à ma mère car durant ces dernières années elle a apris des choses qui m’ont facilité le travail :
Elle tient de plus en plus des propos du style :
"Il ne faut pas faire venir les gens vers soi mais aller vers eux"
"On ne peut pas changer quelqu’un comme on veut"
"Il faut apprendre à accepter les gens tels qu’ils sont"
"Ils sont comme ça et puis c’est tout..."
et là où se pose des questions sur le fait de savoir si elle sait ou pas c’est quand on entend :
"Quand on a quelque chose de très important à dire et que l’on se le garde pour soi, crois moi ce n’est jamais la solution car tot ou tard cela se traduit par des réactions du corps (malaises, migraines, eczéma, acné ou autre...selon les individus). Autant de perches tendues !
Ces phrases je les entend souvent quand elle analyse les raisons de sa séparation avec mon père...Je ne peux qu’être d’accord avec elle...
Seulement voilà : quand faut-il que je vide mon sac ?
La séparation, pour ma mère est lourd à supporter, à accepter.C’est un grand échec dans sa vie après 29 ans de mariage.
Alors il fallait bien choisir son moment pour lui dire :
Je ne voulais pas vider mon sac alors que le sien était encore plein...
Donc un soir vient le moment où elle sait que je veux lui dire quelque chose d’important. Et là....elle me coince.
Car elle sait ce que je veux lui dire.
Et c’est moi qui ai du mal à le dire...
C’EST LE MOMENT DE LUI DIRE !!!!!
Putain, dis le Nicolas, elle attend que ça !
Et là elle enchaine pour m’aider : "Qu’est ce que tu as fait pour que ce soit important ?
Tu as tué quelq’un ? tu as volé quelque chose ?"
"Non !!!?????"
"Bon, ben alors qu’est ce qui peut être aussi important ?"
moi : géné, je rigole, en cherchant mes mots je sais que je suis piégé...
je prend une grande respiration et je lui dit "Voilà....je suis homosexuel" (j’ai évité de dire "je suis pédé" ! homosexuel c’est plus soft...)
Sa réaction ????
"Bon bah et puis ? chacun est ce qu’il est c’est tout"
"Si tu es heureux, tant mieux !"
INESPERE !
Après s’être souhaité bonne nuit je lui ai laissé un mot pour le lendemain à son petit déjeuner qui disait :
"T’es géniale, je t’adore !"
Voilà pour ma mère.
Et à tous ceux qui ont une mère qui tient des propos similaires n’hésitez pas !!!!
C’est le moment !
Cette déclaration, je l’ai faite début décembre 1997.
Restait à mettre au courant mon frère.
Mes sorties à droite et à gauche chez des copains dont il n’avait pas connaissance mais que "j’avais rencontré à des soirées et des copains du service militaire" et mes absences nocturnes de certains soirs (ben oui, quand on a un copain, faut bien lui consacrer du temps !) lui ont apporter certaines inquiétudes du style :
"On sait pas où tu vas ce que tu fais, on ne sais rien, et ça m’inquiète moi et maman (elle, elle sait maintenant).
C’est vrai qu’auparavant on savait entre nous ce que l’autre faisait en toutes circonstances...Alors là, il perd un peu pied et s’inquiète.
D’où le besoin de lui dire au plus vite.
Il est homophobe ? à bien réfléchir, c’est lui qui devra changer d’attitude et pas moi !
Pour ma part je me sens de mieux en mieux, je vis bien mon homosexualité, alors c’est bien à lui de changer, pas à moi !
Donc, je décide d’y aller de façon directe.
C’est le 30 Décembre 1997 au matin (bonne année frèrot !), comme au paravant on arrivait pas à se voir le soir ni le matin, j’ai décidé de me lever exprès pour lui dire.
donc il arrive au ptit dèj’ encore endormi à faire une tronche de détéré (on est tous comme ça le matin non ??) et là je lui lâche le morceau !
"Ce que je vais te dire, j’aurais pu te le dire il y a 5 ou 10 ans...alors ne place pas ce que je vais te dire dans le contexte actuel (séparation des parents...) ça n’a rien à voir. Je suis homo."
Silence
Lui : "J’avais des doutes mais je pensais pas"
et là moi je reprend tout de suite la conversation en lui demandant de me poser ce qu’il veut comme question, je suis tout disposé à y répondre, du moment que j’efface tous les apprioris qu’il a sur les homos.
Première de ses questions : "A tes soirées tu bois, tu fumes ???"
il faut savoir que je ne fume pas et ne bois pas d’alcool.
Pour lui une soirée entre copains homos c’est pour se droguer, se piquer et boire.
C’est quand même grave de penser directement ça des homos.
Je lui ai tout de suite dit que je sortais au Queen et que NON ! C’EST PAS UN BAISODROME !
Pour lui encore, toutes les boites gay sont d’énôôôôôrmes baisodromes.
Hallucinant d’avoir autant de fausses idées.
Il y a du nettoyage à faire mais la pilule est passée.
De jours en jours il l’acceptera de plus en plus et je le ressent.
Tout simplement parce que "c’est comme ça et pas autrement"...
Voilà.
En espérant que ça donne des idées à ceux qui ne sont pas encore coming-outé !
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