D’aussi loin que je me souvienne j’ai toujours eu une attirance pour les filles. Quand j’étais petite fille je m’imaginais en garçon dont les copines d’école ou de danse (pour qui j’en pinçais) étaient amoureuses.
Puis progressivement je ne me suis plus "visualisée" en garçon, mes copines de classe m’aimaient moi, en fille... Bizarrement je ne me posais pas trop de questions sur ces rêves éveillés ou plutôt j’évitais de me poser des questions. Je me disais, encouragée par ce que je pouvais (rarement) lire dans les magazines pour ados de l’époque, que ce n’était qu’une passade, que toutes les filles passaient par là. D’autant que j’étais aussi amoureuse de garçons, même si je ne suis sortie qu’à 16 ans pour la première fois avec un garçon...
L’année de mes 17 ans j’ai vu le téléfilm "Charlotte dite Charlie" : l’histoire d’une ado qui comprend qu’elle préfère les filles. J’ai été obligée d’admettre que j’étais comme elle mais le manque de visibilité des homosexuels à l’époque (en 1995), ma timidité et ma pudeur m’ont empêché d’en parler à quiconque. Je souffrais en silence et je n’osais pas franchir le pas car j’avais peur d’être rejetée ...
En terminale (à 18 ans), je suis sortie avec un garçon qui m’attirait et j’étais presque soulagée car je me suis dit : "je suis quand même à moitié normale" (sic !), mais je me suis vite rendue compte que je n’étais pas à l’aise avec ce garçon, aussi mignon et gentil soit-il ...
Dans le même laps de temps je suis tombée amoureuse d’une fille qui faisait plus ou moins partie de ma bande de copains et copines. Elle a largué son copain et m’a annoncé un soir qu’elle était tombée amoureuse de moi, le rêve devenait enfin réalité ... Cette fille n’était pas du genre à se cacher comme moi alors elle m’a incité à très vite le dire à mes potes qui l’ont tous et toutes très bien pris. Ils s’en doutaient pour certains et je pense que de me voir désormais heureuse, épanouie et plus du tout déprimée a aussi beaucoup joué dans cette acceptation.
Quelques mois après, mon père (on ne vivait que tous les deux), pendant un repas, m’a demandé si cette fille n’était pas plus qu’une amie ... Je me suis sentie devenir toute rouge et j’ai d’abord dit : "non" (réflexe de panique). Je me suis levée de table pour débarrasser et en revenant j’ai pris mon courage à deux mains et lui ai dit que oui en fait je sortais avec cette fille. Il n’a pas fait de commentaire, mais la suite m’a montré qu’il l’acceptait plutôt bien, l’essentiel étant que je sois heureuse.
Je pense aussi que le fait que je n’ai pas d’autre homme dans ma vie qui puisse le "concurrencer" lui plaît bien ! ;)
J’ai appris par la suite qu’il s’en doutait depuis de nombreuses années, qu’il l’avait même compris bien avant que je ne le comprenne moi-même et qu’il attendait juste que ça soit le bon moment ... Il m’avait quand même envoyé beaucoup de signaux sur sa "coolitude" puisqu’il enregistrait toujours la nuit Gay sur Canal plus qui passait à l’époque au moment de la Gay Pride. On le regardait ensemble, il devait attendre que j’aborde le sujet !
Je ne serai jamais assez reconnaissante envers mon père, son amie, tous mes copains et copines de l’époque et envers d’autres de m’avoir acceptée sans ne jamais avoir rien dit de contrariant, vexant ... J’ai eu beaucoup de chance, j’avoue !
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