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Situer le coming-out
En 2004
Coming-out aux Parents
Excellente réaction
Mon histoire
Malade, insomniaque, je m’ennuyais à mourir ce soir là, et je ne parvenais pas à m’arrêter de me tourner et me retourner encore et encore dans mon lit. Partant du fait que je savais qu’un Coming-Out via une lettre m’aurait de toute façon empêché de dormir, je me décidai à imprimer et disposer sur la table du petit déjeuner de mes parents une petite bafouille que j’avais écrite au début du mois de décembre dernier, et dont le contenu est avec ce récit.
Il était 1H45 du matin. Mes idées avaient fait leur chemin. C’était décidé. J’imprime la feuille, je la prends, la signe de ma main, afin de rendre le papier moins austère. Je la pose sans réfléchir sur la table de la cuisine avant de retourner me coucher.
Je partais pensant que je ne parviendrai pas à m’endormir, mais je fus rapidement happé par les bras de morphée, d’où je fus extrait vers 6H30 du matin par mes parents, qui venaient abréger le suspens, mévitant ainsi de stresser jusqu’à ce qu’ils rentrent du travail, et me dire que cela ne changeait rien, et qu’ils le savaient, mais ne savaient pas comment en parler.
Finalement, ma soeur avait raison quand elle me disait que ma lettre était "autosuffisante", parce que mes parents n’ont pas ressenti le besoin de me poser des questions, et cela n’a pas même jeté un froid dans les communications de la journée.
Je suis désormais libéré de cette étreinte qui me ceignait depuis si longtemps. Je peux maintenant vivre ma vie sans me soucier de l’apparat, et ça fait un bien fou, même s’il est atténué par cette déconcertante sensation d’avoir eu peur pour rien ...

La lettre
Maman, Beau-Papa,
Il y a une chose que je ne parviens pas à vous dire, c’est pourquoi je prends le temps de vous écrire cette petite lettre. Rien de grave en somme, et il m’arrive même de penser qu’il est anormal que j’aie à vous le dire, mais c’est l’usage, et notre époque me contraint à vous le dire explicitement : je suis homosexuel. Je reste presque sûr que si vous ne le saviez pas, vous deviez vous en douter fortement.
Oh, bien sûr cela ne remonte pas, quoi qu’on puisse en penser, à cet épisode scabreux de ma jeunesse auquel je préfère ne pas faire allusion. Je me suis découvert et accepté en tant que tel plus tard, peu après mon seizième anniversaire. Le secret pèse lourd, ainsi donc m’en suis-je affranchi auprès des personnes de mon entourage extrafamilial en lesquelles j’ai le plus confiance, et j’ai mis les cinq voisins dans la confidence, au prix d’interminables minutes d’anxiété, suivies d’un intense soulagement, et d’une grande libération. J’ai procédé de façon analogue pour quelques amis étrangers au quartier, ainsi que pour Paul et Lucile. A tout ce monde, soit plus d’une dizaine de personne, j’ai su l’écrire, parfois le dire, assez facilement, mais je n’ai encore jamais réussi à sauter le pas avec vous deux. Sans doute la crainte d’une réaction négative me freinait plus dans votre cas que dans les autres. Les amis, on peut en changer, pas les parents, ce qui rend la chose encore plus délicate.
Pourquoi l’écrire et non le dire ? Vous savez aussi bien que moi que je suis d’un naturel anxieux, si à cela doit s’ajouter les craintes de deux réactions, et les explications qui s’ensuivent, je suis convaincu que ma voix aurait pris des vacances à Tahiti ou ailleurs, mais loin. Qui plus est, l’écrit me permet d’aller au devant de certaines interrogations qui pourraient vous traverser l’esprit. Ensuite, ce sujet est quasiment tabou, c’est un fait d’époque. Moi-même qui le vis au quotidien j’ai encore du mal à en parler librement.

De mon point de vue, votre intérêt se situe dans mon bonheur, et je suis heureux de vivre comme ça, quand bien même les remarques à propos du temps où « j’aurai une copine » sont frustrantes et blessantes. Non, ne regrettez pas, vous ne pouviez pas savoir, et la tendance dominante de notre époque est aux standards. Le fait de vous l’avouer constitue pour moi un accomplissement, un nouveau début. Après cela, je peux aspirer à vivre comme je suis, et non comme je veux qu’on me voie. Je ne vous demande pas de l’accepter, ni même de me donner votre accord : ça n’est pas le but. Ce qui me motive, c’est que vous me voyez tel que je suis, et que je sois libéré de ce fardeau si lourd à porter. Ca ne doit pas être facile à lire, et croyez moi, ça l’est encore moins à écrire, mais c’est un mal pour un bien.
On voit bien souvent les homosexuels comme des gens frivoles, superficiels, efféminés. Ce n’est heureusement que le cas d’une minorité, de la minorité que l’on voit, qui se montre. Je ne pense pas qu’il soit besoin de le dire, mais il est évident que je n’appartiens pas à ceux là. Pour moi, être homosexuel ne veut pas dire que je couche avec des hommes, mais que j’aime les hommes (ce qui, soit dit en passant, ne m’empêche pas d’apprécier la beauté d’une femme). Je ne puis pas expliquer pourquoi, c’est un fait qui s’est presque imposé à moi, que j’ai tenté de combattre pendant un peu plus d’un an avant de m’accepter réellement.
Enfin, la question qui revient le plus souvent, c’est « en est-tu sûr ? ». Oui. J’en suis certain. Je ne dis pas que c’est un fait immuable, certaines choses sont vouées à changer, d’autres à rester les mêmes. Comment je le sais ? Je n’en sais rien, je le ressens, c’est comme ça que je suis heureux. Il m’est même déjà arrivé d’avoir un petit copain (c’est hors sujet, mais c’est pas grave).
Je vous demande seulement de ne rien changer de votre comportement envers moi, même si la requête est stupide. Je n’ai pas changé, c’est juste votre perception qui s’est affinée, ou du moins officialisée. Merci.
Romain.

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