Après être sorti du placard auprès de ma sœur et de quelques amis juste avant mon départ pour les Etats-Unis, pour une année d’étude pendant laquelle j’ai plus appris sur moi-même que pour mes études (car j’ai appris à mieux m’accepter et à m’assumer entièrement en tant qu’homosexuel) ; j’ai fait mon coming-out à mes parents à mon retour en France.
Cela fait maintenant deux semaines et demi que ma famille la plus proche est au courant. Voici comment s’est passée cette épreuve :
1) CO aux parents :
J’avais décidé, d’après les conseils d’amis et d’internautes de Monchoix.net, de faire cette révélation deux ou trois jours après mon retour.
Je m’étais fixé la date du dimanche 30 mai (le midi) pour être seul avec mes parents. Mais, coup de théâtre, le barbecue avec le reste de la famille prévu initialement le samedi soir est repoussé au dimanche midi.
Que faire ? Repousser encore et toujours cet instant fatidique ? NON, tant pis, je me lance car l’attente est trop longue et je ressens vraiment l’envie d’en finir avec ça.
Tout le monde dit : « c’est quand TOI, tu le sens », alors je me dis que je le sens pour maintenant et je me lance. Donc samedi soir, mes parents étaient en train de parler dans le jardin (à propos de leur divorce) et le sujet de leur discussion me faisait me demander si je choisissais le bon moment. Mais plus question de reculer : je m’assois avec eux, j’écoute la conversation, je sens mon rythme cardiaque s’accélérer et le trac qui monte. Puis je me décide :
Je ne sais plus si vous vous souvenez, mais j’avais quelque chose d’important à vous dire.
Ils ne répondent pas, me regardent et écoutent sereinement.
Si je n’ai jamais eu de copines, c’est simplement parce que je préfère les garçons.
Grand soulagement, mais l’attente n’est pas si longue. Mes parents s’en doutaient à moitié et me rassurent en me disant que je reste leur fils et qu’ils m’aiment toujours de la même manière. J’ai quand même eu droit aux questions du genre « As-tu déjà eu des expériences avec des garçons ? » ou encore « Depuis quand le sais-tu ? », mais les réponses que je leur ai fournis les ont satisfait.
2) CO à ma petite sœur :
Dans la hâte, j’en parle avec eux et décide de le dire également à ma petite sœur de 12 ans : pareil, très bonne réaction de sa part puisqu’elle en blague et me dit que je reste son frère quoiqu’il arrive.
3) CO à mon frère :
Le lendemain, dimanche, barbecue avec mon frère, sa copine et ma grand-mère. Après le repas, la copine de mon frère doit aller chercher quelque chose chez elle, donc je lui demande si elle veut que je l’accompagne et nous y allons tous les trois (avec ma petite sœur).
Dans la voiture, je ramène la conversation sur quelque chose qu’elle avait dit sur mon éventuelle homosexualité il y a quelques temps de cela, et je lui confirme donc. Au début, elle ne me croyait pas et croyait que je plaisantais. Mais elle a fini par se rendre compte que ce n’était pas une blague et me rassure en me disant qu’elle en avait déjà un peu parlé avec mon frère et que je peux lui dire sans trop de crainte.
A notre retour chez moi, je décide de me lancer. Profitant que mon frère est seul dans la cuisine, je le rejoins sentant le stress qui monte, et je lui révèle que je suis homosexuel. Il est un peu surpris mais prendra plutôt bien la chose grâce à mon père qui nous rejoint et en parle un peu avec mon frère en disant que c’est comme ça et qu’il faut m’accepter comme je suis.
Une semaine plus tard, je demande à mon frère comment il digère la chose et il me répond que tout comme moi qui ai mis du temps à m’accepter comme homosexuel, il aura besoin du temps pour accepter que son frère fera sa vie avec un homme.
4) CO à ma grand-mère :
Une semaine plus tard, jour de la fête des mères (désolé), je lance le sujet de la gaypride de Lille que je suis allé voir la veille. Ma grand-mère trouve cela « marrant », donc j’en profite pour essayer de lui faire comprendre que ça n’a pas un but comique, mais plutôt de montrer une fierté d’acceptation de soi-même tout comme « moi je m’assume ». Mais ma grand-mère qui est un peu sourde ne comprend pas, mais je ne lâche pas l’affaire, j’y suis , j’y reste. Donc je continue : « si je n’ai pas ramené une Américaine, c’est parce que je cherchais un Américain ». Elle croit d’abord à une plaisanterie, puis se rend compte que je ne blague pas. Elle me dit que ça fait bizarre et quand je lui demande si elle aurait préféré que je ne lui dise rien, elle me répond : « De toute façon, il fallait bien que ça sorte un jour ».
Et de 4 « sorties de placard » qui se sont déroulées sans grand débordement d’émotions, et avec une acceptation de ma famille que je ne pensais pas aussi ouverte.
C’est en écrivant ce témoignage que je me rend compte de la chance que j’ai de ne pas avoir mes parents qui me menacent de mettre dehors, ou autre réaction plus violente.
Seulement, le fait d’assumer et de savoir la majeure partie de ma famille au courant, ne me fait pas un si grand effet comme je me l’imaginais. J’ai juste l’impression que c’est une partie de moi que j’ai gardé secret si longtemps, et maintenant, j’ai l’impression que je n’ai plus rien dans mon jardin secret.
Même si c’est un énorme soulagement, je me demande si j’ai bien fait car je ne trouve pas ma vie changée pour autant. Bien sûr, certaines remarques de mes parents m’encouragent et me font plaisir : mon père m’a dit que le jour où je ramènerai un garçon à la maison, il l’acceptera comme son beau-fils.
Je pense que mon retour des Etats-Unis joue également sur le fait que mon moral n’est pas au mieux. Depuis mon retour, et mon coming-out, je n’ai plus goût à rien, plus goût à la vie (que je trouve ennuyeuse) et je me demande comment m’en sortir. Je me dis qu’il faudra juste beaucoup de temps pour apprendre à me réadapter à la France dans ma « nouvelle » vie de gay qui s’accepte. Il me faudra du temps pour découvrir ce monde qui m’est totalement inconnu et qui me tend les bras maintenant que je n’ai plus à me cacher de personne. Je cherche juste à mettre un peu d’ordre dans ma vie mais je commence à comprendre ce que tout le monde a jusqu’à présent tenté de m’expliquer : ça ne se fera pas en quelques jours.
Tout ça pour dire que le fait de faire son coming-out ne résout pas tout ; il faut aussi s’adapter à une nouvelle vie.
A faire
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