Ce qu’il convient de bien avoir à l’esprit, c’est que si faire son coming out est une grande source de soulagement pour celui qui le fait, il s’agit souvent là du contraire pour les parents.... Certains accepteront la chose avec facilité, d’autres plus difficilement et seulement avec beaucoup de temps, et d’autres encore ne pourront pas accepter la chose.... Rares et heureux sont ceux qui avant de faire leur coming out savent de manière sûre comment leurs parents - ou leurs proches - réagiront. Moi, je m’attendais au pire, d’autant plus que je savais mes parents catégoriquement opposés à l’idée d’homosexualité de par leur religion. Revenons-en au jour de mon coming out...
Après un court silence - qui me parut durer une éternité -, mon père se leva, s’approcha de moi, et me serra dans ses bras en me remerciant du courage qu’il m’avait fallu pour leur parler de ça.... Ma mère fit de même, et je ne pus m’empêcher de fondre en larmes tant mon soulagement était grand. Un poids immense venait de disparaître de mon âme...
Suivit alors une discussion, à la fois ouverte et... gênée. Ils me dirent que certes pour eux l’homosexualité était inconcevable, mais qu’il s’agissait là de leur fils, et que quoi qu’il en soit, ils m’aimeraient toujours... Nous parlâmes de choses et d’autres, toutes liées à la révélation que je venais de leur faire. Ils conclurent en me disant qu’ils n’auraient de cesse de prier pour moi, pour que "je m’en sorte".
En clair, mes parents ne peuvent pas accepter ma différence, mais ils m’acceptent moi, en gardant au fond d’eux l’espoir qu’un jour.... C’est ça l’amour de parents, et je les en remercie chaque jour de ma vie....
Afin qu’ils ne soient pas seuls à supporter ce fardeau, je profitais de mon assurance toute nouvelle pour mettre au courant mon frère aîné, lequel partage les convictions religieuses de mes parents. C’était tout de même délicat de parler de ça à son propre frère..... Il prit la chose de la même manière que mes parents, m’assurant lui aussi de ses prières.
Je m’estime heureux de la réaction de mes parents, et aujourd’hui, la vie continue comme auparavant, si ce n’est que je suis mieux dans ma tête. Cependant, je sais que mes parents ne peuvent accepter mon homosexualité, en souffriront toujours - et donc moi avec... -, et je redoute donc leur réaction le jour où j’aurais rencontré quelqu’un et où je les mettrais au courant. Mais à chaque jour suffit sa peine : j’aviserais en temps voulu ! Si je désire conserver l’anonymat, c’est tout d’abord par respect pour mes parents. Je ne tiens pas à ce qu’ils souffrent encore plus de ce que je suis homosexuel, car le milieu dans lequel ils évoluent - le milieu chrétien - est résolumment opposé à l’idée même d’homosexualité. De plus, je ne tiens pas à ce que le reste de ma famille - hélas chrétien à 100% également ! - sache, car je sais que certains d’entre eux ne pourraient accepter mon orientation sexuelle et que par conséquent, la révéler briserait fort probablement l’unité de ma famille....
Si je désire conserver l’anonymat, c’est aussi pour des raisons professionnelles. Je suis enseignant, et je ne tiens ni à ce que mes collègues sachent que je suis gay, ni à ce que les parents de mes élèves le sachent. Ma sexualité ne regarde que moi.
Cependant, notre société évolue peu à peu ; les mentalités changent, les esprits s’ouvrent.... Nul ne peut prédire de quoi ses lendemains seront faits.... Je laisse donc le temps agir, tant dans mon entourage qu’en moi-même.... Tant qu’y a de l’espoir, y a de la vie, non ? :-)
lien vers le début de l’histoire Le coming-out de saM 1/2