Incontestablement, ce fut l’un des événements les plus marquants de ma vie. Lorsque je parle de coming out, il s’agit en fait de l’annonce à mes parents de mon homosexualité. Ca n’est jamais une chose facile à faire et c’est à chacun de trouver la manière appropriée et l’instant propice... (si tant est que ces deux conditions puissent être remplies ! lol !) Quoique la question qu’il faut se poser en premier lieu est "Est ce que je veux le faire" ou même "Dois-je le faire ?" Le genre de question qui tue la mort...
Je suis né dans une famille chrétienne (c’est important pour la suite...). Tout petit, j’ai reçu une éducation religieuse, classique, mais suivie..... La plupart des idées morales véhiculées par la religion - faire le bien autour de soi, aimer son prochain, etc... - sont tout à fait louables, et les avoir apprises si jeune fut une bonne chose. A cet âge là - entre 6 et 10 ans disons -, ce que je n’appréciais pas dans la religion, c’était de devoir me lever tous les dimanches matins.... :-)
Si mes souvenirs sont exacts, c’est vers l’âge de 11 ans que j’ai commencé à ressentir une attirance pour les garçons. Ca m’embêtait, car mes préjugés concernant l’homosexualité étaient mauvais : selon la religion, il s’agissait d’un péché, et par conséquent, j’étais convaincu qu’être homosexuel relevait d’un choix. Je tentais donc de me rassurer en me disant qu’il ne devait - ne pouvait - s’agir là que d’un état passager, d’une phase hormonale.... Je jouais donc le jeu de mes camarades, trouvant telle ou telle nana "canon", alors que mon regard était nettement plus accroché par tel ou tel garçon....
Plus les années passaient, et plus mon trouble augmentait. Dieu ne répondait pas à mes prières puisque chaque matin, lorsque je me réveillais, rien n’avait changé : les filles ne m’interressaient toujours pas.... Une seule conclusion à tout ça : Dieu n’existait pas.... Mon esprit fonctionnait à 100 à l’heure, car cette nouvelle conviction remettait en question tout ce que mes parents m’avaient jusqu’alors enseigné. Ce combat intérieur devenant trop dur à gérer, je décidais d’enfermer au fond d’une poche ces pulsions homosexuelles. C’était bien plus simple de faire comme si.... Et puis, au fond de moi, je refusais d’accepter l’idée que je puisse être gay : cela ébranlait trop mon petit monde.... Dans la foulée, je décrochais de la religion, ce que j’annonçais à mes parents dès que j’eus 18 ans....
Nul ne peut hélas lutter contre sa nature... A 18 ans, ce qui devait arriver arriva et je tombais amoureux, qui plus est de mon meilleur ami... J’essayais de me convaincre qu’il n’en était rien, mais hélas, c’était faux..... Mon penchant gay reprenait le dessus. Jusqu’alors, j’avais espéré qu’il ne s’agissait que de pulsions d’ordre sexuel qu’il me suffirait de combattre. Mais cette fois, il s’agissait de sentiments.... Sans entrer dans les détails, je dirais simplement qu’il a dû finir par se rendre compte que j’éprouvais pour lui plus que de l’amitié, et il s’est alors brusquement éloigné de moi. Je perdais là mon meilleur ami, mais aussi tout espoir de pouvoir un jour vivre mon homosexualité. Je suis alors passé par une période de profonde dépression, à un tel point que mes parents s’en sont aperçus - malgré le fait que je sois interne à ce moment là - : je n’arrivais plus à donner le change. Mes notes firent une chute vertigineuse, et je n’avais plus envie de quoi que ce soit. Seule la mort m’apparaissait comme une issue possible, je broyais du noir... Mes journées n’étaient que solitude et souffrance intérieure ; et le pire, c’est qu’il fallait tout de même donner le change avec mes amis.... Ce fut vraiment une période très éprouvante, et elle dura près de 5 mois....
Arrivèrent alors les grandes vacances. J’en profitais pour me changer les idées, et reprendre un peu espoir. Néammoins, cette épreuve m’avait profondément marqué, et je n’étais plus le même. J’étais plus distant avec les gens, refusant de trop me lier, car, à quoi bon ? Dès que les gens apprendraient d’une manière ou d’une autre que j’étais gay, ils m’éviteraient et finiraient par me laisser, seul.... Je me suis alors consacré à mes études, sans pour autant qu’elles me passionnent. Leur véritable avantage était de m’occuper l’esprit. Mais tout cela n’était que repousser pour mieux sauter ! Je le savais, mais je redoutais d’affronter l’épreuve qui me permettrait de me libérer : faire mon coming out.....
En ce qui me concerne, faire mon coming out à mes parents était un passage obligé (voir Le début... ). Habituellement, on commence par faire son coming out à des amis proches, pour se "faire la main". Mais mon objectif n’était pas de pouvoir vivre mon homosexualité au grand jour : je voulais pouvoir bien la vivre dans ma tête, tout simplement ! Et pour cela, j’avais besoin de savoir comment mes parents prendraient la chose..... Ca peut paraître bizarre, mais c’est comme ça.... J’aime mes parents, et jamais je n’aurais pu être en paix avec moi-même avant de savoir....
Cependant, je repoussais sans cesse cette échéance, et ce même si au fond de moi je savais que je devais le faire.... La raison était on ne peut plus simple : j’avais peur..... Peur de leur réaction.... Je savais que d’après leur religion, l’homosexualité était un péché. Comment pourraient-ils accepter que leur propre fils soit homosexuel ?!?
Pour de nombreuses raisons très variées, cette question m’occupait l’esprit en ce début d’année.... J’allais notamment fêter mes 23 ans, et lorsque je jettai un regard en arrière sur ma vie, je ne voyais rien, rien d’autre que de la solitude et une grande souffrance....Comme à chaque fois que c’était le cas, je sombrai dans une sorte de dépression, pleurant tous les soirs dans mon lit..... Cette fois-ci, la dépression était plus forte que d’habitude, et je pris la résolution de "cracher le morceau" pour enfin être libéré. Mais malgré cette bonne résolution - que j’avais prise des dizaines de fois déjà -, arriverais-je à leur révèler mon lourd secret ? Arriverais-je à parler ?? La première chose que je décidai fut d’écrire ce que je voulais dire à mes parents. Les avantages étaient nombreux : dire quelquechose de compréhensible dire les choses avec le plus de tact possible garder une trace de ce moment
Soit. J’écrirais donc mon coming out.... Mais encore fallait-il ne pas reculer au dernier moment pour le lire à mes parents ! Je décidais alors de les "prévenir".... Trois jours avant mon retour, alors que j’avais ma mère au téléphone, je lui dis en fin de conversation que j’aimerais bien que mon père soit là à mon retour, car il y avait quelquechose dont je voulais leur parler.... Les dés étaient alors jetés, et déjà, je me sentais soulagé car j’allais enfin y arriver !
Le jour J, le trajet en train pour rentrer chez moi me parut interminable. Une boule me serrait la gorge, j’avais un noeud à l’estomac.... Mais au fond de moi, j’étais heureux car je prenais enfin ma vie en mains.... Ecrire mon coming out fut une tâche délicate, longue, et douloureuse. Un accouchement.... J’ai versé de nombreuses larmes sur les ébauches successives du texte que vous allez pouvoir lire, car à chaque lecture, c’était comme si je me retrouvais face à mes parents, le jour J..... A ce moment là, je lisais "La porte rouge" de Dean Koontz. Dans l’état ou j’étais, un passage m’avait énormément marqué tellement il décrivait ce que je ressentais. Je décidais donc de le lire à mes parents, en guise "d’introduction", pour donner un ton grave à l’instant présent et m’assurer leur attention la plus complète.... Ce que j’ai lu à mes parents ce jour-là, le voici...
« Et moi, je suis un garçon étrange, empli de questions que je n’ai jamais osé me poser, cherchant des réponses dans l’obscurité de Juillet, alors que je pourrais les découvrir en moi-même si je m’en donnais la peine. Je suis un garçon étrange, qui sent sa vie se tordre, mais qui parvient à se convaincre que cette ligne courbe est parfaitement droite. Je suis un garçon étrange qui a des secrets pour lui même - et qui les garde aussi fidèlement que l’univers ceux de sa signification. [...] A un niveau profond, je sais peut être ce que je suis censé faire, ce que je dois faire. Toutefois, la partie de moi-même qui garde si bien les secrets affirme que je dois regagner mon lit, oublier le cri qui m’a éveillé (...) et dormir jusqu’au matin. Demain, bien entendu, il me faudra continuer de vivre dans le rêve que je me suis bâti, prisonnier de cette existence trompeuse, avec la vérité et la réalité dans une poche oubliée, aux confins de mon esprit. Peut-être la charge de cette poche est-elle devenue trop importante pour y demeurer contenue, peut-être certaines coutures ont-elles commencé à lâcher. A un niveau profond, peut-être ai-je décidé de mettre un terme à mon rêve éveillé. Ou bien peut-être mon choix est-il écrit et dépend-il moins de mes souffrances inconscientes ou de ma volonté que des rails sur lesquel je glisse depuis ma naissance. Peut-être les routes qui nous sont offertes dans la vie sont-elles limitées à celles qui s’inscrivent sur une carte au moment de notre conception. Je prie Dieu que le destin ne soit pas un carcan d’acier, qu’il puisse être tordu, remodelé, qu’il s’incline devant la puissance de la pitié, de l’honnêteté, de la bonté et de la vertu - car sinon je ne tolèrerais pas celui que je vais devenir, les choses que je vais faire, ni la fin qui sera mienne. »
Dean Koontz, « Dark Rivers of the Heart » (« La Porte Rouge », Pocket)
Il est des fois où notre esprit travaille tant et tant qu’il en devient impossible de se concentrer sur quoi que ce soit. Ce fut le cas ces dernières semaines, et afin d’être en paix avec moi-même une fois pour toutes, j’ai décidé de vous confier ce qui m’a tant tracassé, et me tracassait depuis bien longtemps déjà..... Ce que j’ai à vous dire ne va pas être facile, ni pour moi à dire, ni pour vous à entendre. Il s’agit de quelque chose dont vous vous êtes peut-être doutés, tout en espérant que vos doutes ne seraient jamais confirmés..... Si je n’ai jamais osé vous en parler auparavant, c’est en grande partie par peur de votre réaction, par peur de vous faire souffrir. Je n’ai peut-être pas toujours été un fils modèle ou tel que vous l’auriez souhaité, mais cela n’empêche que je vous aime.... Cependant, tôt ou tard, il m’aurait fallu parler. Je ne pense pas qu’il existe de moment propice pour annoncer ce que j’ai à vous annoncer ; je m’y sens prêt, et c’est la seule et unique raison qui motive ma décision. Mais c’est aussi avec une certaine peur que j’ai pris cette décision..... Peur de vous faire souffrir, peur des conséquences de ce que je vais vous dire sur nos relations, car ce que j’ai à vous dire risque de changer vôtre regard sur moi, mais aussi d’éclairer d’un jour nouveau mes années passées. N’oubliez cependant jamais que je vous aime, malgré tout.....
Si mes souvenirs sont bons, c’est vers l’âge de 12 ans que tout a débuté. J’ai commencé à prendre conscience de sentiments que j’éprouvais pour d’autres garçons. J’ai mis cela sur le compte d’une "phase", quelque chose qui finirait par passer.... Mais plus le temps passait et plus cette constatation me troublait : homosexualité avait jusqu’alors été synonyme de péché, de perversion, et surtout de choix. Tout mon petit monde se trouvait ébranlé.... J’ai longtemps espéré et prié me réveiller le lendemain en me rendant compte que j’étais enfin "normal". Mais mes pleurs furent vains.... Ne pouvant me résoudre à parler de ce "problème" à qui que ce soit, j’ai enfoui ces sentiments au plus profond de mon être. Sous l’apparence du jeune homme heureux et bien dans sa peau, je souffrais en silence....
Arrivé en prépa à cet âge où l’on aime à refaire le monde, j’ai vite eu de nombreux amis, de vrais amis avec lesquels on peut tout partager.... sauf un secret tel que l’homosexualité. Pouvoir en parler à quelqu’un m’aurait pourtant fait tant de bien ! Mais le pouvais-je ?? Et c’est là que je suis tombé amoureux de mon meilleur ami. Nous étions inséparables, très proches. Mais peu à peu, il a dû prendre conscience que mon amitié était en fait quelquechose de plus fort, et il s’est alors éloigné de moi. Cela m’a laissé totalement désemparé et complètement effondré : j’avais tant - trop - espéré trouver en lui une épaule pour me soutenir, un sens à ma vie.....
Je me suis alors peu à peu replié sur moi-même. Toujours meurtri par cette expérience, ma vie ne fut plus qu’un long désert de solitude intérieure dans lequel je me contentais de nouer quelques relations d’amitié superficielles : à quoi bon se faire des amis si c’était pour les voir s’éloigner lorsqu’ils découvriraient mon homosexualité ? Mais j’ai eu cette année l’opportunité salvatrice de pouvoir rencontrer virtuellement de nombreux jeunes dans mon cas par le biais d’internet. Discuter avec eux m’a été d’un grand secours pour vaincre mes propres peurs ; ils m’ont aidé à finalement accepter d’être celui que je suis réellement. 11 années de ma vie à garder ce secret.
11 années de ma vie à souffrir en silence. 11 années de ma vie à refuser d’accepter, et donc à refuser de vivre..... Il est un jour ou il faut réagir, prendre sa vie en mains et aller de l’avant, s’accepter et non plus se condamner. Je n’ai pas choisi d’être gay : comment aurais-je pu choisir de vous imposer cela ? Mais nul ne peut lutter contre la nature.....
Je ne sais pas encore comment je vais gérer tout cela, ni comment je veux le gérer. Ce que je sais, c’est que je veux vivre ! Des questions, ma vie en sera remplie, et il me faudra en trouver les réponses. La seule certitude que j’ai, c’est que je m’accepte enfin tel que je suis, et que mon amour pour vous ne s’en trouve en rien changé.....
la suite Le coming-out de saM 2/2