En ce qui me concerne je ne pense pas avoir eu trop de mal à accepter le fait d’être gay. J’ai plus de mal avec d’autres choses. Alors il était naturel que j’en parle autour de moi. Un jour la soupape de sécurité saute, il faut pouvoir faire le vide, parler, raconter, s’expliquer avec l’autre pour pouvoir se le justifier. Je suis quelqu’un de très timide, de très peu courageux lorsqu’il faut dire des vérités en face. Je suis plutôt du style à l’écrire ou alors à utiliser le téléphone. Alors un jour j’ai écrit une lettre à ma soeur. Parce que c’était à elle que je voulais me confier. Parce que j’avais des soupçons. Le plus dur n’a pas été d’écrire la lettre. Non, le plus dur a été de lui donner. Encore une fois je ne l’ai pas fait de main à la main. J’ai profité du fait qu’elle devait venir passer le week end avec son copain du moment dans ma chambre d’étudiant pour laisser la lettre bien en vu. Alors cette lettre, 5 ans plus tard, et avec l’autorisation de ma soeur, je vous la livre. Certes quand je la relis je me rends compte que j’ai pu dire des conneries. Mais je ne la renie pas. Elle est comme elle est, et c’est telle quelle (avec les fautes d’orthographe en moins) que je vous la livre.
XXXXXXXX (prénom de ma soeur)
Arrêtons de nous mentir. Arrête de me mentir. Pourquoi tant de non-dit. Il est temps de nous parler. Il est temps de te parler. Je suis sur que tu sais déjà de ce dont je vais te parler.
XXXXX, tu sais que tu n’auras jamais la chance d’être la marraine de mes enfants que je n’aurai pas. Tu n’auras pas la chance d’avoir une seconde belle soeur. Oui, tu sais que jamais je ne me marierai. Et pour cause : a-t-on déjà vu deux mecs s’épouser ? Oui, XXX, je suis homo ou bien gay. Comme tu veux.
Je sais que tu sais. Tes allusions depuis plusieurs années m’ont toujours troublées. Ce n’est que très récemment que j’en ai eu la certitude : le soir où je suis allé à Bruxelles seul. Tu m’as parlé de faire du minitel, de m’accompagner dans ce bar et moi je t’ai dit qu’on ne mélangeait pas les torchons et les serviettes. Oui je sais que tu sais. Et je t’en veux d’autant plus que tu n’as jamais rien fait pour me le montrer. Moi de mon côté, j’attendais que tu fasses le premier pas. Mais je me rends compte que c’est à moi de le faire. Pourquoi maintenant ? parce que je souffre seul avec ce secret. Eh oui, personne ne sait.
Tes allusions ont toujours été claires. Un jour tu dis à notre tante que je n’aurai jamais d’enfants. Une autre fois qu’il faudrait que tu me présentes untel. Un soir où je te parlais d’une association à laquelle j’étais membre à l’époque, tu m’as dit que même s’il s’agissait d’une association de drogués, d’homos ou de je ne sais plus quoi, cela t’importait peu. (comme si les drogués et les homos étaient à mettre dans le même panier). Tu me parlais de XXXXX (l’ami de l’an passé) avec des sous entendus.
Mais peut-être, me suis-je trompé. Peut-être n’es tu pas au courant. Je suis donc désolé de cette entrée en matière un peu brutale. Ne m’en veux pas. Quoiqu’il en soit il me fallait enfin te parler. Pourquoi ? Parce que tu es ma soeur. Parce que des fois je me sens très proche de toi, assez proche pour tout te dire. Le plus drôle dans l’hsitoire, c’est que je me jette à l’eau sans vraiment connaître ta position sur les homos (ne parle pas de pédés devant moi j’ai horreur de ça). Je ne sais pas si tu les tolère. Si tu les hais. Je sais juste que tu regrettes que les homos soient en général mignons, et donc perdus pour toi. Je me souviens de l’année dernière lorsque tu m’avais parlé d’un ami gay que tu connaissais. A priori tu n’étais pas hostile à discuter avec ce genre de personne.
Il y a longtemps que je sais que je suis homo. A 15 ans peut-être. Le vrai déclic a été mon arrivée à Lille. Je revendique désormais mon appartenance à cette communautée gay : celle des mecs qui aiment les mecs. Je sais que lorsqu’on parle de communautée homo, on pense aux folles, aux drag-queens. Pourtant il ne s’agit là que d’une minorité. Si seulement je pouvais te montrer les mecs homos tu serais peut-être étonnée. Malheureusement le fait de me sentir homo me pousse dans une sorte de ghetto. et le fait de ne pas parler de mon homosexualité me pousse enconre plus dans ce ghetto. Me pousse aussi dans ma solitude.
Être homo n’est pas si facile qu’on peut le croire. Beaucoup se cache à cause des difficultés. Je ne veux pas en arriver là. Je sais que je ne pourrai tomber amoureux que d’un mec. Les filles ne m’intèressent pas. Il faut donc pour cela que je m’accepte ; je dois donc faire ce que nous appelons le coming-out : la sortie du placard. Je ne dois plus me cacher des autres. Bien sur cela ne se fait pas du jour au lendemain. Tu es la première pierre de ce lourd édifice. Ne t’attends pas à ce que je te parle de ma vie sexuelle. Elle me regarde au même titre que la tienne. Je peux par contre te dire que je n’ai été amoureux qu’une seul fois. De XXXXXX. Peut-être l’avais tu deviner.
Tu sais des fois j’aimerais tant pouvoir parler de mecs entre nous. J’aimerais te dire ceux qui me font craquer. Je sais que cela peut te paraître idiot. Tu nous vois en train de commenter les mecs ?
Voilà XXXX. Je ne te demande pas grand chose. Juste d’être franche. Si tu ne peux pas supporter l’idée d’avoir un de ces sales pédés dans ta famille ai l’obligeance de ne pas le montrer. Fais comme avant lorsque tu ne savais pas ou que tu faisais semblant. Si au contraire cela ne te dérange pas, dis le moi : de vive voix, par un mot. Comme tu le veux. Cette lettre a été facile à écrire car j’en avais envie. Le plus dur sera de te la laisser, te la donner. En tous les cas je me sentirai enfin libéré.
merci de ta compréhension.
Ludovic
La suite, avec la réponse de ma soeur Je n’avais pas relu cette lettre depuis le jour de son écriture. j’ai du demander à ma soeur de me la rendre pour pouvoir la taper. J’avoue que cela m’a fait drôle de la relire. j’ai trouvé que j’y étais allé un peu fort, et j’ai honte de certaines de mes phrases. Notamment de dire qu’elle est coupable de ne pas m’avoir parlé....C’est tellement plus simple de reporter la faute sur autrui. Je ne regrette pas cette lettre, ni de lui avoir donné. Je dois quand même dire que le week end fut long. J’avais peur de la revoir. Lorsqu’elle est revenue chez mes parents, nous avons fait comme si de rien. Elle m’a juste dit qu’elle aimerait aller voir le film "Pédale douce"....Merci l’allusion . Moi je suis retourné à Boulogne dans ma chambre. j’avais les boules. Nous étion dimanche soir et je ne savais même pas quelle était sa réaction. je me disais qu’elle n’avait peut être pas vu la lettre. (mise en evidence sur la télé dans une chambre de 15 m²....lol). A mon retour j’ai regardé le dessus de la télé. J’y ai trouvé une lettre. Elle m’avait répondu. J’ai ouvert l’enveloppe le coeur battant. Voici sa réponse :
Ludo Quand tu liras cette lettre, on se sera vu et parlé, mais il y a des choses plus faciles à écrire qu’à dire.
Tout d’abord, je sais depuis environ an an que tu es homo. Ca m’a un peu troublé au début, mais ça ne me choque absolument pas et je l’accepte très bien ? J’ai eu beaucoup de soupçons quand nous vivions à Boulogne et avec le temps j’ai compris. Aujourd’hui je suis 100% avec toi. Par contre je regrette de ne pas avoir eu le courage de t’en parler plus tôt. J’ai fait beaucoup d’allusions pour que tu comprennes, mais j’avais peur de ta réaction alors j’attendais. Aujourd’hui je suis fière de ton courage. Nous sommes maintenant deux à partager ton "secret". Tu verras, il sera moins lourd.... Je peux imaginer que tu aies besoin d’en parler et je serai toujours là. J’imagine combien ça doit être difficile pour toi mais ne t’en fais pas, ça ira. On parlera de toi, de sentiments, de gens et de rencontres...et des mecs car bien évidemment "on les a" en commun ! Je sais que tu sais que je sais ! Tu sais que je sais que tu sais !
xxxxxxxx
Inutile de vous dire que je n’ai pas pu me retenir de pleurer. La joie, la fin du stress, et un soulagement profond d’avoir enfin pu parler. Il a fallu attendre encore 2 mois a peu prés pour que nous en parlions en tête à tête. Depuis j’ai emmené ma soeur en boites gays, elle a de nombreux amis gays et elle a un mec qui fait craquer tous les homos....le pied. Lors d’une conversation elle m’a quand même avoué que c’est mon attitude à l’époque où j’étais amoureux de XXXXX qui lui a fait avoir des doutes. J’avais paraît il les mêmes réactions d’un mec amoureux d’une nana quand j’attendais le coup de fil de ce copain, lorsqu’il m’avait téléphoné, ou lorsque je l’avais vu. Comme quoi, l’amour ...... Elle m’a aussi avoué que lorsqu’elle a été sûr d’elle, elle en a parlé à mon frère et à sa copine du moment ( qui est devenu depuis sa femme). Ils ont même décidé un jour de tous venir me voir pour aller au Mac Do...pour m’aider mais sans que je le sache...lol...
Quant à mon frère je ne lui ai jamais parlé de son attitude lorsqu’il a su. Je ne sais pas comment il a réagi à l’époque. Je sais juste que maintenant nous parlons sans gêne de cela, qu’il a déjà vu un de mes copains. Il est très cool pour ça et je l’en remercie.
D’ailleurs voici l’e-mail qu’il m’a envoyé pour mon anniversaire (2001)