Janvier 2003, je regarde R. qui est beau et V. qui est belle. Puis pense, V. est plus belle que R. n’est beau.
Alors là, je ne comprends pas pourquoi cette fille est dans ma tête constamment. J’écris des lettres, des poèmes sur elle, oh, je sais, ce n’est pas la première, mais elle, c’est pire que tout. Je pense être bi, non lesbienne.
Je rentre chez moi, toute triste, je n’ai plus envie de parler à personne, d’ailleurs, je ne cesse de pleurer. La vie est si dure à 15 ans, je ne sais pas ce que j’ai, peut-être que je suis lesbienne. Non, moi, c’est impossible, ça ne peut pas m’arriver à moi !
J’écris des lettres, j’écris des romans, je pleure, il y a de l’incompréhension dans mes sentiments, dans mes émotions. Puis, je craque, c’est la première fois que je craque comme ça. J’envoie un texto à une amie que je connais seulement depuis 4 mois. Je lui marque je suis bi, que ce n’est pas de ma faute. Elle le prend bien. Pourtant, le jeudi matin, il faut que je la revoie et c’est la première fois que je vais rencontrer une personne qui sait que j’aime les filles. Je baisse la tête, j’ai trop honte de moi. Puis, on commence à en parler et lui annonce à table, enfin que mon véritable destin sera avec une fille et non avec un homme.
Suite à ça, j’avais besoin tout d’un coup de le dire à tout le monde. Mais V. me monte trop à la tête, l’internat est fermé, je ne peux plus la voir le soir, ni le matin en me levant.
Signes de déprime, je reste au lit, puis un soir, mon père me dit que si j’ai un problème, il suffit que je le dise (suite à une dispute) Enervée, je vais les voir et leur dis que je pense être lesbienne ou bi. Je leur ai dit que je suis mal dans ma peau, ils m’ont emmenné chez un psy, je voulais y aller sans le vouloir véritablement.
Je regrettais de leur avoir dit. Mon père est venue me voir dans la chambre, pour me dire bonsoir, et il m’a dit "ne le répète pas" J’ai voulu faire l’ignorante en lui demandant "pourquoi ?" "parce que les autres vont se moquer de toi". Il ne fallait pas me dire ça, j’ai commencé à croire à ses paroles et pourtant, j’ai commencé à sortir du placard, mes amies, mes copines, je leur disais, leur écrivais...j’ai fait une petite dépression, je n’arrivais finalement pas à m’accepter mais j’aimais trop V. à présent.
A la fin de l’année, je suis allée la voir et je lui ai tout balancé "je suis lesbienne et amoureuse de toi" On a fait connaissance, j’ai vécu de bons moments avec elle mais je savais pertinemment qu’elle était hétéro. J’ai dû la quitter, on s’est un peu écrit. Voulant me suicider pour elle, lorsqu’elle l’a su, elle m’a grondé, elle m’a expliqué qu’il ne fallait pas faire de choses pareilles pour ces choses-là, qu’il y avait de la beauté dans quelques endroits du monde.
J’ai donc commencé mon combat. Au fil des mois, j’ai bu, j’ai fumé pour l’oublier et pour oublier les pensées que j’avais. Et puis, finalement, j’ai de la force qui est venue. Maintenant, plein de monde est au courant. Plein de monde m’entoure et m’aime.
Demain c’est la fête des mères, et il y a une lettre sur mon bureau pour ma mère, je vais lui confirmer mes désirs, ainsi qu’à ma marraine. Je le vis très bien, je suis heureuse et fière de l’être, d’être moi-même et d’aimer la vie.
Il n’y a qu’un seul inconvénient, c’est la solitude sentimentale. Ici, dans ma ville, il n’y a rien pour nous aider, je ne sais pas vraiment comment faire pour trouver quelqu’un. Maintenant que je sais ce que je suis, je sais ce qu’il me reste à faire. Bon courage à tous.
Ceci est un message d’espoir.
A faire
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