Parmi toutes les histoires d’amour Lesbienne ado, je n’en ai jamais connu d’aussi longue, palpitante et tortueuse à la fois.
Je viens de rentrer en 5ème, j’ai 12 ans. Ma vie s’écoule entre les bagarres avec mon frère et mon refus de l’autorité parental. Je suis en pleine crise d’ado, refuse les vetements un peu trop féminin à mon gout et regarde furtivement les filles de mon age. C’est vrai, j’étais un peu garcon-manqué. Je ne me posais pas de questions, pour moi, c’étais ni bien, ni mal jusqu’à ce qu’elle, nous l’appelerons "B", vienne chambouller ma vie.
Nous voici donc au mois d’octobre 1992. Pendant les pauses, j’évacuais les cours en me défoulant à embêter les copines dans la cours.
Puis en attendant que l’on appelle ma classe pour passer au self, une fille viens vers moi, l’air furieuse et me demande d’aller voir sa copine et de lui dire quelque chose pour la calmer.
Je ne comprenais pas ce qui se passait, je n’avais meme jamais fait attention à cette messagère. Je ne prête donc pas attention à cette intervention et continue de dicuter avec mes copines.
10 min passèrent quand un autre luron, toujours aussi furieux nous arrete la conversation et s’adresse à moi. Cette fois, c’était assez. Les copines et moi voulions savoir qui m’embetait comme ca... Le luron me montre alors "B" du doigt.
Elle était une silhouette parmi la file qui allait rentrer au self. Poussée par les copines qui me conseillaient d’aller "la calmer", j’étais bien décidée de l’engueuler pour que ce cinéma finnisse. Je ne la connaissais même pas moi cette fille...
Me trouvant devant elle, impossible d’ouvrir la bouche... Toute motivation, toute colère, toute fierté avaient disparues. Mon coeur, sans que je sache pourquoi, c’est mis à battre tellement fort que j’avais peur qu’elle l’entende. Je tremblais je ne l’avais jamais vu auparavant pourtant. Peut etre parce qu’elle venait de rentrer en 6eme...
La messagère de tout à l’heure étais dos à elle. Elle se retourne et me dit alors : enfin, dit lui quelque chose qu’elle arrete de parler de toi tout le temps, on peut meme plus bosser en cours nous... Je me mis à rougir comme si je venais de comprendre. Je me ressaisis et me dit qu’après tout, c’est moi l’ancienne ici, donc à moi de gérer la situation. Puis les copines me regardaient et m’attendaient.
Je m’adresse alors à "B" avec un air dédégneux : "pourquoi tu parles de moi ?" La messagère se retourne à nouveau avec un grand sourire : "parce qu’elle est amoureuse de toi !!!"
B se mit à rougir et prend un air gênée en inclinant légèrement la tête vers le bas. J’ai trouvé ca tellement mignon.
"C’est vrai tu es amoureuse de moi ?" Oui me répondit elle en me regardant d’en bas. Nos regard se lachaient plus. Je cherchais à savoir ce qui étais dans le sien. J’avais jamais vu un regard comme le sien, jamais on m’avait regardé de cette manière non plus. Derrière l’humidité de ses larmes d’embarrassement, je percevais une sorte de chaleur qui m’attirait.
J’ai sentit que B étais en cet instant vulnérable et fragile, ce qui me faisait encore plus fondre. Je voulais... la protéger, ne pas la decevoir ou lui faire de mal... mais comment lui dire ? Mon ton se fit plus doux pour que la pillule passe mieux :
"Et je suppose que tu saoules tes potes parce que tu veux sortir avec moi, c’est ca ?"
J’ai eu droit a un grand sourire tout tremblant : "oui c’est ca, tu veux bien ?"
Et là, j’ai eu la réponse la moins blessante possible : "j’aimerais bien, mais c’est pas possible..."
A l’époque, je ne connaissais meme pas le terme "homosexuel". J’étais trop naive... Quel dommage...
L’humidité de ses yeux fit place à de vrai grosses larmes. J’avais mal de la voir ainsi, mais quand elle me demanda pourquoi, il fallait bien que je lui dise puisque qu’elle n’avait toujours pas remarqué que j’étais une...
"Je suis une fille..."
Elle me fit dos pour se plaquer les mains au visage face au mur. La honte qu’elle évacuait m’était insuportable... Je m’en sentais responsable. Je souffrais attrocement de la voir ainsi...
D’un geste hésitant sur son épaule, je lui propose qu’au moins on reste amies...puisque j’en avais envie aussi. Lorqu’elle me refit face, j’ai commencé par lui proposer de manger ensemble au self, ce qui la fit arreter de pleurer. Après qu’elle ait accepté, je me sentais en paix avec moi meme et je me suis jurée de faire attention à elle, qu’elle ne souffre pas à cause de moi... Je n’avais plus envie de la laisser, je voulais etre gentille avec elle... et meme plus que ca.
On faisait tranquillement connaissance, mais petit à petit, on s’éloignait respectivement de nos groupes d’amis pour passer le plus clair de notre temps ensemble. On pouvait compter l’une sur l’autre...jusqu’à un certain point. On n’osait pas aller plus loin, par timidité sans doute ou par ignorance d’un autre monde que celui de l’hétérosexualité dans lequel rien d’autre ne faisait place.
Les amis et ma famille me trouvaient étrange, changée depuis ma rencontre avec "B". Je ne parlais plus que d’elle, je revais d’elle et faisais les plus petits détails pour elle.
Au collège, des jeunes nous traitaient de lesbiennes et toutes sortes de choses, mais moi, je n’y pretais pas attention tant nous étions fortes faces à ces remontrances.
Puis en grandissant, B s’est lassée et étais fatiguée de cette méchanceté et ne supportait plus tous cela. Elle n’assumait pas, tout simplement mais ne voulait pas m’abandonner. On se voyait moins mais il y avait toujours ce truc dans ses yeux quand elle me regardait. Beaucoup de sacrifices, preuves d’amour réciproque furent prouvés durant maintenant 13 ans. Aujourd’hui, cela continue.
Nous ne sommes jamais sorties ensemble et pourtant nous sommes toujours ensemble par le coeur et la pensée et savons toutes les deux, pour en avoir parlé souvent, qu’elle est l’amour de ma vie et que je suis le sien. Mais nous n’avons jamais partagé autre chose que nos sentiments.
Moi qui m’assume depuis elle, je trouve cela vraiment dommage et c’est là mon plus grand regret. J’ai l’impression de passer à coté de ma vie, celle qu’on aurait dû vivre B et moi...
Aujourd’hui, elle est mère de famille et je le sais malheureuse en amour, mais je la soutiens... Pourquoi me direz-vous ? Par amour et par respect de ses choix, et oui. C’est aussi une preuve d’amour ca...
Moi, je vis avec une femme en penssant encore à B très souvent malgré moi le soir.
B et moi nous voyons quelques fois par an vu nos vies respectives...
Personnellement, je ne désespère pas qu’elle fasse un jour son coming-out, puisque malgré la méchanceté des Hommes dans sa société, elle n’a pas dit son dernier mot, puisqu’au fond elle me regarde toujours de ses grand yeux amoureux.
Par : grenouille