J’avais 17 ans lorsque j’ai eu ma première aventure. Jusque là, je n’avais que la vague idée d’être homosexuel. Mais aucune certitude. Avec le recul, je me rends bien compte que je regardais beaucoup plus les garçons et les hommes, que les filles et les femmes. Souvenez-vous de Steven, dans Dynasty... A 9 ans, je n’avais d’yeux que pour lui. Mais à cet âge-là, que sait-on de sa sexualité naissante ?
A l’age de 17 ans, donc, j’ai eu l’opportunité de coucher avec un homme. Je faisais du Videotex à cette époque ; il s’agissait alors de l’équivalent du Minitel, en Suisse. Je discutais sur un site de dialogue, et, de manière anodine, nous en sommes venu, un mec et moi, à discuter d’initiation sexuelle. J’en mourrais d’envie. Je l’ai fait.
Le lendemain, j’étais très mal. J’avais besoin d’en parler. J’avais alors une amie de 35 ans, très proche, ma confidente. Elle venait de quitter la région, je devais donc lui téléphoner. Dans ma tête, un scénario catastrophe se préparait : elle va me détester, me rejeter, me dire que je suis dégueulasse, anormal... Je pris le téléphone, composai le numéro, et, le coeur battant, attendit qu’elle réponde. Je la vousoyais au moment des faits :
"J’ai quelque chose à vous avouer... Je sais pas comment le dire... J’ai honte... J’ose pas... C’est dur........ "
"..."
"Hier soir, j’ai couché avec un homme"
Elle éclata de rire... et me répondit :
"C’est tout ? Mais à ton âge, moi aussi j’ai essayé avec une femme"
et j’ai été choqué... Choqué, et soulagé. Que la première personne à qui je l’annonce réagisse de cette manière m’a été très bénifique, vous pouvez l’imaginer.
Quelques mois et aventures plus tard, je l’ai annoncé à mon frère. Lui m’a répondu nonchalamment "Et alors. Chacun fait ce qu’il veut avec son cul..."
Voilà qui était encore une réaction inattendue, mais tellement agréable. A vrai dire, aujourd’hui, je me rends bien compte qu’il ne savait pas trop quoi dire d’autre. J’avais 17 ans, il en avait 19. Mais celà a été encore une fois une réaction rassurante.
Quelques mois plus tard, je rencontrais mon premier amour, avec qui je suis resté 12 ans et demi. Lorsque j’ai déménagé de ma ville natale pour le rejoindre, j’ai annoncé à ma mère qu’il était plus qu’un colocataire, que nous étions amoureux. Sa réaction ne m’a pas beaucoup étonné, mais était assez inattendue. "Tu fais ce que tu veux, de toute façon, c’est parce que tu n’as pas eu la patience d’attendre qu’une fille veuille de toi. C’est une solution de facilité". C’est une façon de voir les choses n’est-ce pas. Mais elle m’a resservi cet argument après ma rupture, imaginant que, puisque je n’étais plus avec lui, j’irais peut-être me remettre avec une femme... C’est beau l’espoir d’une mère. Mais, inutile dans ce contexte.
Bref. Ma famille a toutefois bien accepter mon ami durant 12 ans, même si ça s’est fait progressivement, et j’étais un membre de sa famille, même si les débuts étaient plutôt houleux.
Si je fais ce témoignage aujourd’hui, ce n’est pas tant pour le coming-out que pour la vie gay au quotidien. Coming-out, ça ne veut pas dire grand chose.
Faire un coming-out à ses parents, mais le vivre en secret, ou faire un coming-out auprès d’un ou d’une collègue et rester dans la honte ne sert à rien.
Un coming-out, c’est accepter son statut d’homosexuel, et le vivre pleinement. Ne pas feindre s’intéresser aux femmes lorsque les collègues parlent d’un beau cul ou d’une belle paire de nichons. Ne pas prétendre être célibataire pour ne pas avoir à dire qu’on vit avec un autre homme, ne pas refuser de tenir la main de son amour en public pour "ne pas choquer", ne pas refuser un baiser furtif sur le quai d’une gare, lorsqu’il vous dépose au boulot, de peur qu’un collègue vous aperçoive.
L’homosexualité n’est pas une tare, ni une honte. Le vivre comme tel, le rend comme tel. Mon ex disait : "je ne veux pas qu’au bureau ils sachent. Ca ne les regarde pas. Et en plus j’ai des collègues qui n’aiment pas les PDs. Ils racontent des mauvais gags dessus".
Hé bien moi, je rigole tous les jours avec mes collègues sur des gags sur les PDs, et ils savent tous que je le suis. S’ils ne le savent pas, ils l’apprennent par d’autres collègues. Ils me charient et je les charie. Certains font semblant de m’allumer, mais nous savons tous que c’est un jeu.
Jamais, depuis mes 17 ans, je n’ai été repoussé, houspillé, insulté parce que j’étais homosexuel. Mais je ne me vexe pas lorsque quelqu’un raconte un gag sur les gays, ou lorsqu’un mec s’exclame "ha, c’est pas un sport de PD". Car je sais que je ne suis pas la cible de la remarque, et que ce n’est qu’une expression comme n’importe quelle autre. J’aurais tort de me sentir agressé. J’ai d’excellent rapport avec tout le monde.
Je fais un travail en clientèle, et un jour, à un client qui me demandait "Vous n’avez pas d’enfant, mais avez-vous l’intention d’en avoir", j’ai répondu "Il y a peu de chance, je vis avec un homme".
C’est ainsi que, depuis que j’ai l’age de 18 ans, les gens qui m’entourent apprennent que je suis homosexuel.
La plus grande erreur que l’on puisse faire, c’est d’aller vers quelqu’un et lui dire : "Il faut que je t’avoue que je suis homosexuel". Il n’y a rien à avouer. Soyez sûr de vous et fier.
Je suis homosexuel. J’aime les hommes. J’ai vécu 13 ans avec un homme, et j’espère rencontrer quelqu’un pour faire encore un bout de chemin. Mais j’ai bien l’intention de le vivre librement, et ouvertement comme je l’ai toujours fait, et je souhaite à tous de pouvoir le vivre ainsi.
Quant à ceux qui pensent nécessaire de vivre cachés, je leurs demande pourquoi ? que craignent-ils tant ? et comment espérer que l’homosexualité soit acceptée, si soi-même on ne l’accepte pas ?
Par : Akim