Jérôme, 27 ans, une histoire sinueuse
le long cheminement vers l’acceptation
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vendredi
28 janvier 2005
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« C’est ainsi, je n’ai rien à y redire. »
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Je me prénomme Jérôme et j’ai 27 ans. J’ai connu une adolescence plutôt calme mais mélancolique : j’étais un jeune homme romantique, sombre quelquefois, très sensible, un peu étranger au monde extérieur, montrant peu d’intérêt pour le collège. Les seules choses qui m’intéressaient vraiment étaient la musique, la littérature et l’histoire. J’ai grandi dans le rêve, l’évasion vers le lointain.
Vers 11/12 ans j’ai pris conscience de mon attirance pour les garçons. Difficile à accepter bien sûr. Je ne savais rien de l’homosexualité, et je n’ai appris que lentement grâce aux livres et aux films. Cela restait théorique, très éloigné de ma réalité. Je n’étais pas vraiment épanoui. A 15 ans, j’ai eu une aventure amoureuse avec un garçon durant un séjour en Allemagne : quelle révélation ! Je n’étais pas le seul dans mon genre et je pouvais plaire ! Après, j’ai eu pendant plus d’un an (3ème/2nde) une relation avec un camarade de classe. Au lycée, ce fut le désert sentimental : ça m’a laissé le temps de me mettre plus sérieusement au travail ! Mes expériences auprès des filles ne furent pas vraiment concluantes, c’est le moins qu’on puisse dire. J’essayais pourtant de me convaincre que cela pouvait éventuellement fonctionner, que j’étais peut-être bi. Une forme d’homophobie intériorisée persistait en moi.
Il est difficile de demeurer tout seul, même lorsqu’on est jeune : on a envie de profiter de la vie immédiatement. Nos jeunes années méritent mieux que la solitude. Bien souvent, on appréhende ce que l’on désire ardemment : moi, j’avais peur de tomber amoureux, de m’attacher, de décevoir. On attend tellement de l’amour, on désire tellement apporter quelque chose dans la vie de celui qu’on aime, que tout cela en devient presque effrayant. J’ai eu parfois tendance à m’isoler, à l’instar de nombreux jeunes gays, à me forger une armure face aux autres. Je sais parfaitement que je peux avoir l’air froid de prime abord. Tel un crustacé j’ai une carapace solide, cependant à l’intérieur je suis vulnérable, émotif. J’éprouvais des difficultés à saisir et exprimer clairement mes sentiments ; ça ne facilite pas la communication. J’aurais eu bien besoin de trouver un ou des modèles, de connaître plus de gays, pour façonner mon identité. C’est l’exploration de la vie qui permet de construire une identité (homosexuelle notamment) heureuse. Cela, je ne l’ai bien compris que progressivement. Je suis resté longtemps quelqu’un qui se cherchait, qui déambulait parfois dans sa vie sans vraiment la contrôler. J’avais du mal à être gay face à la société bien sûr, mais surtout face à ma famille : cela me paraissait inimaginable d’en parler.
Mes aventures masculines à l’université furent variées et contrastées, cependant je ne m’acceptais toujours pas réellement en tant qu’homosexuel. La rencontre avec K., une amie d’une vieille connaissance, a marqué une rupture dans ma vie. Elle est tombée éperdument amoureuse de moi, et j’ai été comme séduit, totalement désorienté. Je ne crois pas que quiconque ait jamais été ainsi amoureux de moi auparavant. Quel bouleversement ! Je pouvais me conformer à la norme sociale tout en étant aimé, heureux même ? J’ai eu la faiblesse de m’illusionner un moment, avant que la réalité ne me revienne en pleine figure : je m’étais pris au piège moi-même, tout seul. Après qu’elle ait obtenu le CAPES, je l’ai suivie à Reims. Pourquoi ne pas avoir tout arrêté à temps ? J’ignore ce qui m’a entraîné dans cette fuite en avant, cet abîme. Je l’ai suivie pour partir le plus loin possible de ma famille, pour ne pas renoncer à avoir des enfants, par peur de la solitude, de devenir « une vieille tante », par désir d’autodestruction peut-être. Quand j’ai enfin mis un terme à cette comédie pathétique, je m’en suis voulu de l’avoir leurrée, de l’avoir faite souffrir.
Depuis lors, presque deux ans ont passé, et je me suis efforcé d’accepter et de vivre pleinement mon homosexualité, de trouver un équilibre. Les peines et les joyeux élans du cœur se sont succédés... En février dernier, je suis enfin parvenu à franchir un pas décisif : j’ai dit à mon père que j’avais quelqu’un dans ma vie, et qu’il s’agissait d’un garçon. Il a été étonné, mais ne l’a pas mal pris, concluant par : « C’est ainsi, je n’ai rien à y redire. » L’échange fut plutôt bref, mais quel soulagement ! Quant à ma mère, ce fut bien plus houleux : elle a hérité de ses origines italo-juives des talents de tragédienne... Après m’avoir fait une scène, demandé si ça me pourrait me passer, et mis ça sur le compte de mon père (c’est parfois terrible les parents divorcés !), elle s’est relativement calmée. Fondamentalement sa réaction m’importe peu. Elle devra bien s’y faire, c’est son problème, son problème à elle seule. Ce fut avant tout une parole libératrice pour moi, une question de franchise, de dignité. Je suis ressorti épuisé de cette confrontation, mais la vérité et la liberté sont des combats qu’il faut mener.
Aujourd’hui je suis plus serein, je suis simplement moi-même. Aujourd’hui je suis heureux et fier d’aimer !
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commentaires |
> Jérôme, 27 ans, une histoire sinueuse
16 mars 2005, par ticarabin
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Salut, Jérôme ! J’ai beaucoup aimé ton témoignage, et il m’a touché plus que d’autres...peut-être parcequ’on a le même âge et un peu le même parcours émotionnel. En tout cas, merci d’avoir témoigné !! J’éspére que tout va pour le mieux pour toi en ce moment, et je te souhaite beaucoup de bonheur !
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> Jérôme, 27 ans, une histoire sinueuse
5 mars 2005, par josirys
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salut jérome,j’étais ravie de te lire, et content que se n’ais plus un pois pour toi.en te lisans je me suis retrouvé,moi aussis comme toi je me suis menties pendant longtemps.en tout cas sa me fait plaisir que maitenant tu vie pour toi et que tu as trouver quelqu’un.gros bisous a+ josirys
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> Jérôme, 27 ans, une histoire sinueuse
29 janvier 2005, par RadamanthysFr
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Super, la description de ton histoire ; j’ai exactement le même parcours que le tien : plutôt solitaire qud j’étais jeune, dans mon monde (drogué à la musique alors que j’aurais pu tomber dans des travers bien plus malsains...), et ayant eu une pseudo-histoire avec une fille (à laquelle j’ai eu toutefois la franchise de dire d’emblée que j’avais une attirance pour les garçons, mais elle n’a rien voulu savoir, de fait, c’est moi qui ai provoqué la rupture !). Maintenant je m’assume sans montrer ni vraiment cacher que je suis gay, et je suis heureux avec mon ami que je connais depuis 3 ans, comme quoi :) Si ça te dit de me contacter, fais moi le savoir @++
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