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À tous, mais pas tout à fait...
Geneviève, 23 ans : 1996-2003 coming-out
De bonnes réactions, suivies d’un vide...

mardi 16 décembre 2003

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[coming-out reçu le 10 décembre]

Bon, par quoi commencer... J’ai envie ici de raconter mon histoire, et mon coming-out qui s’échelonne sur plusieurs années, et qui me travaille encore en ce moment : selon moi, ce n’est jamais totalement fini, à moins qu’on s’enlise à côtoyer toujours les mêmes personnes.

En fait, oui, ça peut se terminer, mais à la condition qu’on s’accepte totalement, qu’on soit totalement en accord avec soi. J’espère un jour être capable de dire "je suis lesbienne" de la même façon que je dis que je suis une fille, avec la même assurance et la même confiance...

Je suis donc une fille de 23 ans, je suis bien dans ma peau, j’achève mes études, je suis en train de construire ma vie et je crois que je suis bien partie. Il y a exactement un an, 8 mois et 7 jours, je rencontrais une fille qui, je crois, est la femme de ma vie et avec qui j’habite depuis 6 mois dans ce que j’appelle notre petit cocon où on peut être nous mêmes sans se soucier de ce que les gens pensent. Cette rencontre a été l’aboutissement d’un long cheminement, parsemé de ce que j’appelle de "petits coming-out", des moments, parfois très intenses, parfois moins, où j’ai pris mon courage à deux mains pour le dire à une personne près de moi. Un cheminement aussi parsemé de grands questionnements, de moments de doute, de recherche d’une certitude et d’un absolu que je sais impossible aujourd’hui. Je veux donc ici raconter ce cheminement, à partir de mes 16 ans, et peut-être un peu avant, à partir de la découverte de mon homosexualité, et cela avec le but purement égoïste de mieux me comprendre moi-même.

J’aimerais pouvoir dire que j’ai toujours su que j’aimais les femmes, mais ce n’est malheureusement pas le cas. En fait, j’ai quelques souvenirs, des moments où je regardais des filles à la télé et que je les trouvais belles, une professeur quand j’avais 13 ans et pour qui je m’organisais toujours pour me faire belle. Mais selon moi à cette époque, ça ne se pouvait pas. Plus jeune, vers 9-10 ans, j’avais vu 2 lesbiennes dans une série télé (on dirait bien que ce média faisait partie intégrante de mon univers...) et j’ai demandé à mes parents de quoi il s’agissait... Sans les juger, ils m’ont expliquer, en prenant toutefois bien soin de parler "d’eux" ou "d’elles", me laissant sur l’impression que c’était des gens qu’il fallait accepter, comprendre, aimer même, mais qu’il ne pouvait en aucun cas s’agir de moi. Et à ce moment-là, ça ne m’a pas frappé : je ne savais pas que j’étais lesbienne. Sauf que plus tard, quand je me suis mise à regarder des filles, je me suis dit que ça ne se pouvait pas, que c’était impossible et que j’étais mieux de m’enlever tout de suite cette idée de la tête... et ça fonctionnement : j’étais assez bonne pour me contrôler moi-même. J’ai donc vécu par la suite une adolescence quasi normale, avec les éternels papotages avec mes amies au sujet de ces soi-disant beaux gars qui nous entouraient et qui ne m’intéressaient pas du tout... mais bon, je faisais semblant, je me disais que j’étais probablement juste en retard sur elles, que j’avais d’autres préoccupations et que mon intérêt pour la gent masculine n’allait sans doute pas tarder à se manifester... je faisais donc semblant, si bien que souvent, j’en arrivais même à me croire...

À cette époque (vers 15-16 ans), j’avais même oublié cette histoire de fille trouvées belles : l’homosexualité ne faisait pas partie de ma vie, il n’y en avait pas autour de moi, si ce n’est que quelques gars plus vieux de qui mes amies disaient que c’était du gâchis qu’ils soient gais puisqu’ils étaient si beaux... Et puis, à 16 ans, j’ai rencontré quelqu’un, un gars. On s’envoyait des courriels, et à un moment donné, il m’a écrit qu’il m’aimait. Mais c’était complètement absurde : il ne m’avait jamais vue, on ne s’était même jamais parlé, on ne connaissait que nos écrits !!! Sauf que je flottais : enfin je connaissais ce dont mes amies parlaient, j’étais en "couple" et, même sans l’avoir vu, je lui ai répondu que je l’aimais aussi, et à ce moment-là, je me suis dit "Ouf, finalement, je n’avais pas de crainte à avoir à 13 ans, je suis normale"... je ne savais pas qu’il ne suffisait pas d’être en soit disant couple pour être hétéro... Mais bon, il fallait que je passe par là, j’ai fini par le rencontrer et on est resté en couple pendant près d’un an : on s’entendait bien, mais j’ai fini par avoir besoin d’air et, prétextant que mes études me prenaient trop de temps pour pouvoir lui en consacrer, je l’ai laissé.

Et un an a passé avant que je commence à me poser des questions de façon plus sérieuse... C’est que j’ai entendu parler d’une rhumeur à propos d’une personne que j’admirais beaucoup et qui, selon cette rhumeur, était lesbienne. Je voulais que ça soit vrai, parce que cela constituait la clé de mon acceptation : alors que j’avais toujours vu l’homosexualité comme une réalité à accepter, une réalité concernant des gens moins "honorables" et qu’il fallait accueillir comme des gens normaux tout en se comptant chanceux de ne pas être comme eux, je découvrais une personne tout à fait "honorable", une personne que j’admirais énormément et qui était peut être lesbienne. Je me suis alors dit que ça se pouvait peut-être, qu’il n’y avait peut-être pas de mal à ce que j’aie trouvé des filles belles plus jeune, qu’il n’y avait peut-être pas de mal à ce que je sois lesbienne.

Je me suis alors posé sérieusement la question, et j’en ai parlé à une amie très proche, cela sans lui dire que j’étais lesbienne, mais en lui parlant de mon questionnement. Elle a réagi comme je le pensais : elle m’a très bien accueillie et m’a aidée à démystifier la chose. On s’est même souvent amusée par la suite à imagnier qu’on jouerait le couple lesbien pour provoquer des gens qu’on trouvait trop plein de préjugés, sela sans jamais mettre notre plan à exécution et sans être réellement un couple même si, je dois me l’avouer, elle m’attirait un peu. Sauf que je n’avais toujours pas de réponse et ça me tuait : j’avais besoin d’un absolu. J’ai donc pris une décision : malgré la réaction très positive de mon amie, j’allais cesser d’en parler et rester célibataire toute ma vie, c’était selon moi la meilleure solution et, de toute façon, je trouvais que j’avais trop d’ambition pour consacrer du temps à l’amour.

Et le temps a encore passé, environ un an et demi... J’avais 21 ans quand le gros de mon questionnement et de mon coming-out s’est présenté. J’étudie dans un domaine de relation d’aide et, dans certains cours, on n’arrêtait pas de nous dire que, pour bien guider, pour être de bons thérapeutes, il fallait idéalement suivre une psychothérapie nous mêmes. Je me suis alors dit "pourquoi pas, ça me ferait peut-être du bien"... J’étais de toute façon au prise avec plein de petits doutes au sujet de moi-même et de ma vie, je suis donc allée voir une psychologue que je connaissais déjà pour l’avoir vue vers 15-16 ans (pour autre chose que l’homosexualité bien sûr, disons que mes parents m’avaient un peu forcée à la voir à ce moment-là et, malgré cette obligation, elle avait rapidement gagné ma confiance et elle était devenue comme une seconde mère pour moi...) et pour qui j’éprouvais beaucoup d’admiration et d’affection (mais pas d’attirance, à ne pas confondre !)... J’étais toujours convaincue de passer ma vie toute seule, alors je n’avais pas l’intention de lui parler de mon questionnement. Mais après deux rencontres, c’est devenu inévitable : ce cheminement m’amenait à réfléchir sur moi, et ce questionnement était ce qui revenait le plus. J’ai donc décidé de lui en parler, mais, comme je la considérais comme ma deuxième mère, c’était difficile : contrairement à mon amie dont la réaction était prévisible, je n’avais aucune idée de ce qu’elle me drait... Finalement, elle avait deviné avant même que je le dise, ce qui m’a d’abord fait peur parce que j’avais l’impression que c’était écrit dans mon front, que tout le monde le savait. Sauf que ça m’a rassuré : elle ne me jugeait pas, et elle allait m’aider à y voir plus clair.

Par la suite, tout a déboulé : je me suis mise à entrevoir la possibilité de connaître un jour l’amour avec une femme, et donc, je me suis mise à en parler. Modérément au début, je l’ai dit à quelques amis avec qui je me sentais bien, certaines étaient surprises, d’autres s’en doutaient, certaines en ont parlé un peu avec moi, m’ont posé des questions, d’autres se sont sauvées me laissant sur une impression de jugement, mais bon, il fallait sans doute qu’elles avalent la nouvelles, car toutes sont revenues par la suite avec la même amitié, la même acceptation qu’avant.

Et de mon côté, ça cheminait aussi : je venais de rencontrer ma copine. J’étais en amour par-dessus la tête, et disons que ça faisait du bien côté acceptation. Je me suis alors mise à en parler de plus en plus. Le plus difficile, c’était avec mes parents : je n’ai jamais eu une très bonne communication avec eux, mais je ne voulais pas me cacher ni mentir, alors j’ai attendu un moment "propice", c’est-à-dire un moment où je n’avais pas à trop les regarder, je ne voulais pas connaître leur réaction, mais je voulais leur dire, alors je suis allée les voir pendant qu’ils écoutaient la télé (encore la télé !) et je leur ai dit pendant une pause publicitaire avant de me sauver. Après plus d’un an et demi, je n’ai toujours pas eu la réaction de mon père et je ne crois pas que je vais l’avoir à un moment donné, mais ma mère a quand même bien réagi. Au début, elle avait peur que je sois battue (pour elle, les lesbiennes étaient toutes des butchs violentes... j’ai pu lui prouver le contraire avec le temps !), et puis elle a eu de la peine à cause de la perspective de ne jamais être grand-mère car je suis fille unique (ce qu’elle ne sait pas encore, c’est que moi et ma copine, on aimerait avoir un enfant un jour...), mais je crois qu’avec le temps, elle s’est faite à l’idée... Il faut dire qu’elle m’a vue changer, devenir de plus en plus heureuse, et puis elle a rencontré ma copine aussi et elle l’a adorée : tout ça, ça aide ! ;)

Parallèlement à tout ça, j’en ai aussi parlé au reste de ma famille (en fait, ma mère en a parlé de son côté aussi, les nouvelles vont parfois très vite !) et à mes collègues d’étude : je n’ai jamais vraiment eu de mauvaise réaction, juste des petits reculs parfois, des filles qui ont eu peur que je leur saute dessus, ou bien des gens qui m’ont fait de longs discours sur le fait qu’ils acceptent les gais, comme s’ils voulaient se convaincre eux-mêmes...

À présent, je peux considérer que je m’accepte (même si jamais parfois de la difficulté à dire "je suis lesbienne") et que je m’affirme... mais pas totalement ! Je considère qu’il me reste encore du chemin à faire. D’abord, j’ai parfois de la difficulté à en reparler à des gens à qui je l’ai déjà dit, comme si cet élan de courage ne pouvait survenir qu’une seule fois dans certains cas. Par ailleurs, au début de mon coming-out, je me suis donnée une règle : pour ne pas me nuire, je n’allais pas en parler ni dans mes milieux de travail, ni dans mes milieux de stage. J’avais peur des congédiements, peur d’échouer, peur de la discrimination. Encore maintenant, je ne suis pas sortie dans certains milieux, et je trouve cette situation parfois difficile. Je vois souvent des gens qui parlent de leur couple (hétérosexuel), qui semblent heureux, qui invitent leur conjoint ou conjointe dans des soupers ou sorties qu’on s’organise entre collègues de travail ou de stage et je trouve difficile de ne pas pouvoir faire comme eux, de ne pas pouvoir dire "moi aussi je suis en amour". Et pourtant, je suis convaincue que je ne serais pas jugée, mais on dirait que j’ai développé le réflexe de me taire, alors je ne dis rien...

Je suis donc dans une période de vide, une période où le gros de mon coming-out est fait, mais où j’ai encore de la difficulté à me dire... J’entreprend donc de travailler sur moi, de réfléchir, d’écrire, afin de mieux m’accepter et, donc, de davantage me dire, de me doter d’un nouvel élan de courage...

A faire
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Les commentaires

> Geneviève, 23 ans : 1996-2003 coming-out 7 janvier 2004, par Mady
Nouveau message

Geneviève,

Je viens te lire ton long et émouvant témoignage. Bravo d’avoir dit tout ça. Je crois que tu as déjà fait énormément de travail sur toi-même, même si la route est encore longue. Tu es sur la bonne voie... celle de l’acceptation, de l’indifférence par rapport au fameux et si lourd "qu’en dira-t-on ?"...

Tu es "en amour" (tu es québécoise sans doute) -et cette expression est très belle je trouve- et ça c’est l’ESSENTIEL.(d’être en amour).

Tu as tout compris sur toi-même il me semble, et c’est une avancée extraordinaire. Pour ce qui est de prononcer les termes "je suis lesbienne" ça doit être difficile c’est vrai mais est-ce nécessaire ??? (étant hétéro je ne peux répondre à votre place..) si tu dois le dire, peut être peux-tu user de termes qui sortent plus facilement de ta bouche : je suis homosexuelle ou bien je suis avec une amie, ou j’ai une amie... personnellement, le terme lesbienne me heurte aussi -sans que je saches pourquoi...- alors qu’homos (pour les filles comme pour les garçons) me convient parfaitement quand je parle de cela (et j’en parle souvent étant très très concernée..)

Je crois que, en dehors des personnes qui te sont très chères, il n’y a pas nécessité -tant que tu n’en ressens pas le besoin et que tu ne te sens pas en capacité de le faire- à te dévoiler auprès de tout le monde (travail, entourage de copains/copines qui ne sont pas de vrais amis etc...). Fais à ton rythme !

Et pour conclure (oui je suis très bavarde sur les sujets qui m’importent) je te félicite d’avoir si bien compris que le TEMPS était le meilleur allié des parents (et d’autres) pour "se faire à l’idée"...

Quant à votre désir d’enfants, je trouve cela extraordinaire et tes parents ont bcp de chance (même s’ils ne le savent pas encore...)

Amicalement,

Mady

[Répondre à ce message]

> Geneviève, 23 ans : 1996-2003 coming-out 18 décembre 2003, par Legoly
Nouveau message

Si ça peut te rassurer, Geneviève, sache qu’il est possible d’assumer totalement son homosexualité. Je dis que j’aime les hommes comme je dirais que j’aime la pizza. C’est pas compliqué : tout le monde le prend bien, et même souvent, te félicite de l’assumer !

Par contre, pour ce qui est du boulot, là, c’est vrai que c’est différent.

En tout cas, je t’embrasse trés fort.

Legoly

[Répondre à ce message]

> Geneviève, 23 ans : 1996-2003 coming-out 19 décembre 2003, par Geneviève
Nouveau message

Merci Legoly pour cette affirmation qui fait du bien à lire... En fait, je me disais déjà qu’un jour, j’allais réussir à m’assumer totalement, mais de l’entendre (ou le lire) de la part de quelqu’un d’autre m’aide à cheminer dans ce sens.

Déjà, depuis que j’ai écrit ce témoignage, je sens une certaine différence... J’ai recommencé à réfléchir plus, à essayer de voir où est-ce que je me situe dans tout ça, et à a pour effet que j’ai de nouveau envie d’en parler... Ce que j’ai d’ailleurs fait hier, dans un milieu où personne n’était au courant, ouff, ça fait du bien ! ;)

Bon, aller, je t’embrasse aussi !

Geneviève

[Répondre à ce message]

> Geneviève, 23 ans : 1996-2003 coming-out 30 décembre 2003, par Crapabelle
Nouveau message

Je suis dans la meme situation que toi j ai decide de cacher cette partie essentielle de moi "je suis lesbienne" (c est plus facile a ecrire qu a dire)dans le milieu du travail. Et puis un jour je me suis decide a en parler à un mai qui bosse dans le meme domaine que moi, ca s est bien passé, meme si tout le monde n est as au courant loin s en faut j arrive de temps en temps apres mure reflexion a me decider à en parler à certaines ou certains. Mais j ai aussi enormement peur du congediement et des consequences de cetterevelation et je suis trop souvent obligée de me taire. J aimerais tellement moi aussi pouvoir emmener mon amie aux soirées organisées. peut etre un jour... en tout les cas ton message m a fait bcp de bien car j ai pu constater que je n etais pas la seule dans ce cas avec ce ressenti bon courage à toi ...........

[Répondre à ce message]

sourd et gay pas facile !

Je dois dire que dans l’ensemble ça été mon coming-out au boulot d’été, école... J’ai même un mec mignon qui veut sortir avec moi... Reste plus que la famille mais de toute façon j’ai un appart sur rennes donc j’en profite à fond... [Lire...]


Je ne savais pas que je cherchais désespérément quelque chose, et que ce quelque chose, c’était moi.

Mon histoire ? Probablement pas très différente de beaucoup d’autres. Dans les années 50, il n’y avait pas d’internet, pas de jeux vidéos, pas de télévision. Vous imaginez, pas de télévision ? On ne parlait pas d’homosexualité alors, on ne parlait même pas de sexe non plus, d’ailleurs. [Lire...]


Comment j’ai fait mon coming-out

Marié depuis plus de dix-huit ans, j’ai traversé une période de grands troubles tant professionnels que sentimentaux. [Lire...]


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