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Mon histoire
Mon histoire n’est pas très originale, mais elle vaut la peine d’être racontée pour ceux qui sont en mal de témoignages... Elle ressemble un peu à celle de Legoly, publié il y a quelques mois sur le site, c’est à dire que le coming-out a été un nouveau début...
Petit contexte d’abord : j’ai déménagé à l’étranger quand j’étais encore jeune, et assez mal vécu ce changement. J’ai eu du mal à m’adapter à ma nouvelle ville. Et bref j’étais un anonyme dans ma classe, sans ennemis ni amis, rien de bien spécial.

Vers le début de ma quatrième je commençai à me rendre compte que j’étais homosexuel, pas la peine de vous expliquer comment, vous avez tous du vivre ça un jour ou l’autre. Inutile de dire que je ne l’ai pas très bien pris, et que j’ai longtemps essayé de me convaincre que ce n’était pas vrai. J’en ai parlé à ma mère en lui demandant si c’était possible, ou un truc du genre, elle m’a dit que tout allait bien se passer, que je me faisais des idées et que bien entendu que non. Je sais plus aujourd’hui ce que je lui ai dit exactement, ou à quel point ça peut s’apparenter à un coming-out. Mais vu que je ne lui en ai jamais reparlé et lui ai rapidement dit que c’était n’importe quoi, je pense qu’elle a du refouler ça et bien oublier.
En tout cas, ça ne m’a pas aidé à m’accepter moi-même et pendant une bonne année je me torturai pour me convaincre que c’était trop dégueulasse, que j’étais attiré par les filles et pas par les garçons, et que tout allait bien se terminer comme toujours. Mes premiers fantasmes étaient d’ailleurs plutôt hétéros, mais je m’identifiais plus à la femme qu’à l’homme, comme je m’en suis rendu compte (je précise ne pas avoir de tendances trans, bien que je n’aurai aucune honte à le reconnaître si tel était le cas), mais sont bien vite devenus homos. Je pouvais plus vraiment le nier, et donc je me suis accepté envers moi-même.
Mais pendant les deux années qui ont suivis (troisième et seconde), c’était une sexualité purement intérieure : je ne peux pas dire exactement ce que j’éprouvais, mais mon homosexualité que j’avais admis n’entraînait pas dans mon esprit une vie homosexuelle ; je me rappelle m’être fait un petit roman sur une fille, et je me rappelle que je me heurtais tôt ou tard sur l’obstacle de mon homosexualité.
L’année de troisième a été assez dur au point de vue personnel et au sein de ma classe, ce qui m’a supprimé toute confiance en moi ou toute assurance ou toute sociabilité. J’ai entamé en seconde un processus de remontée avec quelques amis qui sont aujourd’hui très proches. Mais le coming-out ne me venait pas à l’esprit, l’homosexualité restait intérieure, et il n’y avait aucune contrainte de m’assumer par rapport aux autres. J’ai commencé à la fin de cette année à tomber légèrement sous le charme d’un mec de ma classe, mais bien entendu dans mon esprit il s’agissait d’un pur sentiment amical. J’ai pu dire bien plus tard seulement que c’était plus intense que ça.
Passons à la première : toujours sous le charme du mec, j’ai fait une petite crise de déprime en début d’année parce que l’amitié partait en fumée (en fait parce que j’obtenais pas ce que inconsciemment je désirai en fin de compte). Cette première crise extérieure de mon homosexualité a eu comme conséquence de me faire rendre compte qu’il fallait que je fasse mon coming-out. Mais à qui ? Je me suis fixé une date en février, me promettant de l’avoir fait à cette date. J’avais plusieurs amis à qui j’aurai pu me confier, mais je voulais - eh oui j’étais jeune j’étais fou - que le coming-out soit une occasion spéciale pour quelqu’un d’important, comme si c’était plus pour l’autre que pour moi-même que je le faisais.
Au début de l’année 2003, j’étais tombé sous le charme d’un autre mec de mon lycée, avec qui j’avais eu de longues discussions, et je m’étais promis de lui faire mon coming-out. Je ne m’étais pas alors avoué que j’étais amoureux, et rétrospectivement le coming-out était une sorte de déclaration, je mélangeais tout et n’importe quoi et c’est ce qui a provoqué la crise majeure.

En effet, j’en voulais trop bien entendu ; et je lui avais dit que j’avais un truc d’important à lui dire, mais à plusieurs reprises je me suis retrouvé à deux doigts de lui dire mais ça n’a pas eu lieu, surtout parce que j’ai reculé, j’ai pris peur. J’en ressentais le besoin tellement fort d’arrêter de jouer un rôle, d’arrêter de mentir, d’arrêter de jouer la comédie, de pouvoir commenter tranquillement sur un mec dans la rue, de pouvoir m’assumer avec l’extérieur comme je m’étais assumé avec l’intérieur ; mais en même temps j’étais terrifié, je n’osais pas aller jusqu’au bout.
Pourtant une ou deux fois j’étais tellement près que l’échec de mes tentatives m’enfonçait profondément ; à cela s’ajoutait mon intérêt assez intense pour le mec dont je parlais, et que je commençais à m’avouer. Et le résultat du mélange était pas bon : dépression de plusieurs mois, mais ça aurait pu être bien bien pire, je le reconnais. J’ai envisagé le suicide à plusieurs reprises, mas je pourrais pas dire à quel point j’aurai osé le faire (même si il y a eu des jours où...). J’avais l’impression d’étouffer, de mentir à tous mes amis... C’était de plus la première fois que je m’avouais amoureux d’un garçon. D’habitude j’appelais ça "amitié" et il m’arrivait de me dire - tout à fait hypocritement- que j’aimerai sortir avec cette fille, ou celle-là (pour me convaincre que tout était pas perdu ?).
Bref, jusqu’à la fin de l’année scolaire j’ai joué à ce jeu ; j’ai failli le dire à 2 autres ami/amie, mais là encore j’ai été trop lâche. Ma date limite de février était explosé depuis bien 4/5 mois. Et j’allais de plus en plus mal.
Ce qui était triste c’était que je devenais de plus en plus sociable, que j’avais de plus en plus de copains/ines et que tout allait bien de ce côté, mais que j’arrivais pas à concrétiser la chose qui me tenait vraiment à cœur.
L’été je suis revenu voir mes quelques copains parisiens que j’avais gardé et nous sommes allé dans un voyage ensemble pendant trois semaines. Y’avait notamment un ami et une amie dont j’ai toujours été très proche. Dès le début, je me suis dit qu’il fallait arrêter ce cirque, que c’était plus possible et que c’était une excellente occasion pour enfin faire ce coming-out et arrêter toutes ces dépressions et tortures. Bien entendu, plus facile à dire qu’à faire. Une nuit, je me remuais beaucoup dans mon lit (détaillons la partie cruciale, le tournant) et il me demande ce que j’ai (on était dans la même chambre, comme l’indique l’histoire). Je lui réponds que y’a un truc que j’arrive pas à dire depuis un an et ça me tourmente, mais nouvelle lâcheté, on en parlera demain. Il me dit ok.
Le lendemain : toute la journée je l’évite, terrorisé. A la plage je lui dis plus tard là on a pas le temps, on marchait sur la route je lui dis je préfère être assis, etc... Quand on rentre là où l’on restait, y’avait tout le monde et l’occasion était ratée. Frustré, je monte sur le toit et je déprime. Je décide de dormir là ce soir. Mais soudain, grand accès de courage, je décide que trop c’est trop. Je descends dans la chambre, mon ami était à demi endormi. Je lui dis que il faut vraiment que je lui dise parce que j’en peux plus et je m’assois (en plus fallait qu’on chuchote pour que les amis dans la chambre d’à côté entendent pas). Après 2 bonnes minutes de silence où j’arrive qu’à sortir des onomatopées confuses ou des "ce que j’avais à dire c’était que...", je dis enfin "je suis homosexuel". Comme si le monde allait s’arrêter, je ressens un immense vide. Il me demande si c’est vrai. Je dis oui, prêt à m’effondrer en larmes. Et il me dit qu’il l’accepte tout à fait, que rien ne change, etc... Mais un pote entre dans la chambre, alors faut qu’on arrête la conversation. Le lendemain, on la continue pendant une bonne heure, voie plus. Je lui dis des choses que je n’avais jamais dites à personne, je lui raconte tout ce que j’avais sur le cœur depuis 5 ans, tout ce que j’avais éprouvé et que je ne pensais jamais dire. (bon peut-être pas tout, mais vous pouvez imaginer que ça faisait une sacrée différence). Ca fait super ridicule, mais j’ai eu quelques fois les sanglots à l’œil quand je parlais tellement ça me vidait. Mais tout s’est bien passé.
Trois jours plus tard, je l’ai dit à mon autre amie, qui m’a pris dans ses bras, m’a montré son amitié, m’a fait elle aussi des confidences, etc... Au cours des trois prochaines semaines, j’ai parlé aux deux à plusieurs reprises. Au début, je me sentais quasi-dénudé devant eux, mais je me suis vite habitué et c’est instauré une plus grande amitié/complicité/amitié.

Mais le temps de quitter Paris était revenu, et me revoilà dans ma chère ville pour une année de terminale. Pendant près de deux mois, j’avais l’impression de flotter. J’étais en statu quo, je n’avais pas le courage de refaire un coming-out, qui aurait été une nouvelle première, puisque mon monde quotidien est complètement séparé de mon monde parisien. Pourtant, quelque chose avait changé et je sentais que toute hésitation devenait bête. J’avais envisagé pendant l’été de faire un coming-out à un ami de ma classe, mais quelques commentaires homophobes qu’il a fait en septembre m’en ont dissuadé. En fin de compte, un autre ami a eu la chance de l’entendre pour la première fois : il me posait des questions sur mon été, et je lui avais menti en disant que y’avait une fille pour échapper à ces questions. Me sentant mal après de pas m’être assumé, et aussi parce que je lui faisais quand même confiance, je lui ai dit un soir. Là encore, comme la première fois, j’avais l’impression que je tremblais et que j’étais totalement vide/effondré. Il a cru que c’était une blague, j’ai du répéter une nouvelle fois. Discussion intéressante ; j’étais ma foi soulagé. Il m’a dit qu’il considérait cela comme un non événement, et que cela ne changeait rien à la façon dont il me voyait. Sur le coup, j’étais pas sur de comment le prendre, mais sa façon de voir la chose m’a ENORMEMENT influencé ces derniers 6 mois, et je comprends entièrement aujourd’hui : j’en suis arrivé à un point où un nouveau coming-out est un non événement, quasi une banalité. Si au début de l’année, c’était une étape très éprouvante, ça s’apparente plus aujourd’hui à un jeu. En tout cas la vision optimiste de cet ami depuis quelques mois m’a aidé à dédramatiser la situation, à commencer à faire des blagues, à commenter sur les mecs, à me libérer, me décoincer, etc...
En l’espace d’un mois, je l’ai dit à 4 de mes amis. Immense progrès. Je changeais au jour le jour, et toute cette situation se dédramatisait. Fin novembre, j’ai craqué par rapport au mec qui m’avait torturé l’année dernière (sur un chat, je vous passe les détails vous en avez assez) et lui ai dit que je l’avais kiffé (premier coming out où j’avais même pas à dire que j’étais homo). Il a accepté le fait que je sois PD, mais a eu du mal à admettre que j’ai pu être amoureux de lui. Mais c’était plus très grave et aujourd’hui on se reparle normalement. Fin décembre, j’avais dit en tout à 10 personnes. Quant j’étais avec ces amis-là, je n’hésitais jamais à commenter un mec, à montrer mon homosexualité, à m’assumer, à considérer ça EXACTEMENT comme j’aurai fait si j’avais été hétéro. TOTALE libération. Au début, chacune de mes paroles, ou chacune de mes actions avec mes amis, surtout avec 2/3, était comme une nouveauté fabuleuse et jamais expérimenté auparavant. Aujourd’hui, ça me parait évident, et je comprends plus comment je faisais y’a quelques mois. Complicité énormément renforcée avec les filles, amitié renforcée avec les mecs, bref je n’ai encore eu aucune réponse négative/choquée, au contraire (presque) que de l’enthousiasme.
Par rapport à y’a 6 mois, je me reconnais plus ; je peux passer 2 heures à commenter les mecs avec une amie ou faire comme si c’était un non événement avec mes amis. Expression en vogue : j’ai gagné mon droit à l’indifférence. Je suis comme les autres. Mais pd. Mais ça n’a aucune importance.
Bon côté négatif, c’est que je n’ai jamais embrassé de mecs. Soit j’ai 16 ans, c’est en même temps super vieux et en même temps jeune. J’estime que je viens de m’assumer y’a quelques mois et que je viens depuis quelques semaines à arriver à un point satisfaisant de libération. Je n’ia peut-être pas encore l’assurance nécessaire pour flirter librement, à vrai dire tous mes complexes ont pas disparu ; je sais pas quand j’en aurai l’occasion ou où, et si j’aurai les capacités pour parvenir à quelque chose. Mais je me dis que au train où vont les choses, y’a pas de raison pour que je m’améliore pas au point d’arriver à la confiance en soi maximale.
Bref un coming-out en plusieurs étapes qui a aboutit aujourd’hui au droit à l’indifférence, même si ça me procure parfois une petite originalité que j’avoue adorer. Tout s’est bien passé, j’espère que ça le continuera. Il faut dire que je suis dans un milieu relativement tolérant, et j’ai de la chance. Je n’ai pas encore fait mon coming-out familial, mais mes parents ne sont pas particulièrement conservateurs. Leur choc viendra juste des problèmes personnels (surtout le désir d’avoir un petit-enfant, etc...).
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A faire
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