Je n’ai pas toujours su que j’étais homo. Je l’ai compris au fur et à mesure où mes désirs sont apparus. Au collège, essentiellement. Quand on se rend compte que son meilleur ami vous plaît ! Qu’on ne sait pas comment lui dire, qu’on hésite et qu’on se dit, tant pis, j’essayerai après. Et on se rend compte de ce qu’on veut. Qu’on est homo, qu’on a failli faire une grosse bêtise. Ouf ! C’est passé. Oui, mais voilà, ce ne passe pas toujours. Et on rencontre des types plus ou moins compatissants. On se contente de petits instants piqués à l’insu des autres, cachés. Mais jamais rien de romantique...
En fait, le premier petit ami que j’ai jamais eu, je l’ai rencontré lors d’exercices de plongée au lycée, en première. On utilisait le bassin de la piscine du lycée, 4 m de profondeur. Je ne sais toujours par pourquoi, mais subitement je n’avais plus d’air. Plus moyen de respirer, le système bloqué, la bonbonne vide, que sais-je ? Heureusement, un camarade de plongée est là, et se rend compte du problème (merci les signes qui sauvent). Alors que j’aurais cru qu’on partagerait en alternance son air, il me fait un bouche à bouche... Bref, on ne s’est plus quitté pendant les neuf années qui suivirent. Mais ça c’est une autre histoire.
Bon, toujours est-il qu’on a eu une relation amoureuse suivie. Même si on était dans le même lycée et la même filière, S, on n’était pas dans la même classe. On ne se voyait pas tant que ça et on s’écrivait pas mal. Sans passer par la poste, on se transmettait les messages. Aucun élève ne nous a jamais surpris... Seulement, voilà. J’ai tout gardé. Dans une jolie boîte, en dessous du courrier "normal" : lettres de potes, cartes postales de vacances, lettre de cette fille sympa amoureuse de moi et dont mes parents me croyaient amoureux. Jusque là, no problema. Ben en fait, si. Ma mère est une personne très curieuse, possessive et sans aucun remord quand il s’agit de savoir ce qui se passe autour de ses enfants. Je l’avais surprise à lire le courrier de mon frère aîné. J’aurai dû penser qu’elle ferait pareil pour moi. Elle l’a fait, en pire. Elle est tombée sur mon dossier "pd". Genre, photos de mecs tirées de (ses) magazines, textes à la limite entre romantique, érotique et porno, etc. Donc, un soir, en rentrant du lycée, je trouve ma chambre sans dessus dessous. Ma mère en larme. Elle vient de brûler mes lettres et mon dossier dans la cheminée. Elle me demande si c’est vrai. Que devais-je répondre ? J’ai dit oui. Alors là commence la litanie : qu’est ce que j’ai fait au bon dieu, qu’est-ce que j’ai mal fait, ne dis pas ça à ta grand-mère, ton père va te tuer (disons qu’il avait été clair quand on était suffisamment vieux pour comprendre : si l’un de vous ramène un homme à la maison, je le tue ). Donc, elle pleure, et moi j’y peux rien je peux pas supporter qu’elle pleure. Maintenant je m’énerve quand elle me fait le coup, à l’époque je la rassurais. Elle voulait que je guérisse (j’ai bien peur que ce soit incurable, mais bon). Je conviens de n’en parler à personne. Evidemment, je continue à voir Julien, sans lui dire. Je ne sais pas si pendant toutes ses années elle s’est fait des idées, mais bon. Durant toute ma relation avec Julien, je ne lui ai jamais parlé de lui. Même quand il est décédé. Surtout quand il est décédé. J’ai eu la méga dépression, celle dont tu ne te sors pas s’il n’y a pas quelqu’un pour te donner un coup de pied dans le cul. Tout ce que j’avais dit à mes parents c’était que des amis à moi étaient morts dans un accident sous mes yeux, et que je n’avais plus personne autour de moi (c’était faux, mais bon je ne m’en rendais pas compte).
Là, ma mère m’a surpris, puisqu’elle m’a demandé pourquoi je ne sortais pas, pour trouver quelqu’un, homme ou femme. Même si ce n’a pas était l’élément qui a déclenché la fin de la dépression, j’ai commencé à ressortir, et j’ai rencontré Steve, prof d’Anglais dans un lycée de Paris, amateur de nounours (entre temps j’ai pris BEAUCOUP de poids) ; j’ai emménagé à Paris, j’ai changé de boulot. Et un soir, suite à un épisode de Queer as folk ou Six Feet Under, je ne sais plus, j’ai téléphoné à ma mère pour lui dire que j’avais un copain. Un vrai copain. Elle l’a très mal pris. L’illusion de "rémission" disparaissait. Elle m’a dit que je la tuais, qu’elle n’aurait jamais de petit enfant, et que je ferais le malheur de ma famille. Ah bon, et moi là dedans ? Je vais vachement mieux, je suis tout content, et... ben non, moi je ne compte pas. Je passe sur les détails lors de mon premier voyage après cette révélation, mais disons que j’ai dit à ma mère que j’étais heureux comme jamais, et que franchement s’il fallait que je ne revienne jamais, et bien tant pis. Trois semaines après j’apprends pourquoi je ne pourrais pas avoir de neveux. Et là encore ma mère me fait une tirade. "Tu comprends, ton frère ce n’est pas sa faute", etc. Et en plus, à ce moment, mon Steve retourne définitivement au Royaume-Uni. Bof quoi. Enfin, vous voyez le genre. En tout cas, de façon assez surprenante, ce n’est pas le fait que je sois homo qui la gêne, mais plutôt les répercussions sociales que cela pourrait entraîner pour elle. Ceci a tendance à légèrement m’agacer...
Maintenant, je pense qu’elle s’y fait. Elle nous appelle assez souvent, même si elle est toujours embarrassée quand mon copain décroche. Entre-temps, j’ai fait mon coming out à plein d’amis, camarades de classe, un cousin, mon frère, et... mon père. La c’est pas gagné. Même s’il m’a écrit (il ne me parle plus) que la porte de la maison me reste ouverte, tant que je viens seul. Bon, voilà, c’est un peu long
Arnaud
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