Dans le monde des médias, Serge Moatti est un touche à tout hyperactif. Réalisateur de nombreux téléfilms, présentateur de l’émission de débats Ripostes sur France 5, réalisateur attitré de François Mitterrand avant d’être celui de Lionel Jospin, c’est une des figures de la génération 68. Tout l’intéresse ou presque.
C’est donc naturellement que Moatti a voulu parler des homos. Mais pas de manière objective, comme quelqu’un qui sait et met en scène ses certitudes. Plutôt comme un hétéro de base qui s’assume en tant que tel, et va à la rencontre de personnes très différentes, avec des questions qui semblent parfois maladroites, mais dont il sait que tous les hétéros se les posent. Quelques images d’archives ponctuent l’ensemble.
La série d’entretiens commence avec deux hommes âgés (78 et 86 ans), qui témoignent d’une époque dominée par la peur. Vifs et drôles, les deux témoins parlent des lieux de drague, notamment des anciens urinoirs. Pas très plaisant. Mais bon, c’était ça ou rien, ou presque... Les deux témoins parlent aussi de leur association "les gays retraités", qui permet à ses membres de s’entraider et de briser leur solitude.
Puis Moatti donne la parole à un garçon de quarante ans, mais qui a l’air plus jeune. Il le questionne notamment sur ses quelques expériences avec des filles. Visiblement, le documentariste a du mal avec le désir que peuvent ressentir les homos. Son interlocuteur lui répond à chaque fois du tac au tac. Ca marche moins bien avec les femmes, c’est tout.
Il y a aussi un homme d’une cinquantaine d’années, qui parle de l’homme avec lequel il a vécu pendant si longtemps. Moatti se fait pudique. Il ne posera pas de question sur la fin. Un écran noir conclut en disant que l’homme en question est mort du SIDA à la fin des années 80. Entretemps il a surtout été question d’amour.
Un jeune prof qui enseigne en banlieue intervient pour dire que pour un ado de la cité, s’assumer en tant qu’homo est impossible. Que les jeunes machos prennent l’homosexualité comme une mise en cause de leur propre virilité et ne le supportent pas.
Moatti interroge aussi deux femmes. Avec elles, il se dit que la communication sera peut-être plus facile. Il a en commun avec elles d’aimer les femmes après tout. La première le déçoit par son dégoût des hommes, et de leur sexe, si "laid".
Son autre interlocutrice est plus jeune. Elle est enceinte aussi. Un ami homo est le Papa du bébé. On sent Moatti sous le charme. Il se fait camelot. Il est à la limite de se lancer dans un numéro de marchand de foire pour vanter les qualités du pénis !
A la fin du documentaire, Moatti avoue qu’il n’a plus trop de certitudes. Ou plutôt une seule, il y a autant de manières de vivre son homosexualité que d’homosexuels.