Le grand Vizir (toute ressemblance avec le prénom de notre bien-aimé rédacteur en chef est le fruit du hasard) nous a demandé d’écrire un article pour l’anniversaire de ce merveilleux site d’Utilité Publique qu’est monchoix.net.
Trouver un thème ???? Je suis bien en colère contre George W. mais son rapport avec le site n’est que très lointain (et c’est tant mieux diront les mauvaises langues...). L’adoption par les couples homos ? Le dernier livre à la mode sur la question gay ? Tout ça dépasse de loin mon domaine de compétence...Alors, je vais suivre l’exemple de tous ces gens qui nous envoient leurs témoignages et je vais un peu parler de moi... Tant pis... Lançons-nous...
Ma vie, jusqu’à il y a quelques années était basée sur un secret que j’étais le seul à connaître et que l’on peut énoncer simplement :
« je suis différent, je préfère les garçons et c’est pas bien ! ».
Tout un programme... Ça a toujours été ainsi et j’ai eu beau regarder autour de moi, rien ne me ressemblait. Les copains de mon village jouaient au foot pendant que je lisais. Ma personnalité se construit alors autour du sentiment d’être anormal, cette solitude, la peur que ça se sache.
Le collège arrive. Beurk. Toutes ces poussées d’hormones environnantes me renvoient brutalement à ce truc que je préfère ne pas nommer de peur que ce soit vrai. Chaque matin, je me réveille en espérant que ce truc sera parti, un peu comme un rhume. Ou le ver solitaire. Ou quelque chose qui nous dérange, qui fait partie de nous et qu’on n’a pas demandé à avoir. Mais non, c’est là. Bien là. Alors j’écris. Beaucoup. Pour tenter d’exorciser. Je lis. Comme je ne serai jamais le « petit copain idéal », tâchons d’être le meilleur ami, le fils parfait, le meilleur élève. À vomir, croyez-moi... Ça ne change rien, bien évidemment, à cette douleur qui est bien présente. Chaque jour, se lever, se battre contre cette partie de soi qui prend de plus en plus de place malgré mes efforts désespérés pour être quelqu’un d’autre, « quelqu’un de bien »... Il m’arrive même de dégueuler sous la douche certains matins, tellement c’est insupportable.
Les filles ? Bof... Même si « techniquement » tout fonctionne, le cœur n’y est pas. Mais plutôt crever que d’essayer avec un garçon ! Je m’étourdis alors dans un tourbillon malsain d’activités, de travail, de livres, de théâtre, d’écriture, de n’importe quoi, de peine, de solitude, de doutes, de silences, de mal-être.
Et puis arrive ce jour, où, épuisé, las, on est face à cette décision simple : accepter l’évidence et dire LE mot ou se laisser mourir de l’intérieur, à petit feu.
On dit alors le mot, ou plutôt on le murmure : homo... Mais 200 coups de couteaux dans la moelle épinière auraient vraisemblablement été plus agréables. Les clichés débarquent alors comme un raz-de-marée : solitude, SIDA, le Queen, paillettes, drogue, back room, Marais, etc... On se résigne et on se dit qu’on n’a pas vraiment le choix même si c’est pas reluisant.
Vient alors la première lettre à un ami. Beaucoup de larmes pour l’écrire. On l’envoie, on regrette. On attend une réponse. Qui arrive d’ailleurs. Très positive. « Ça ne change rien », « c’est bien »... Des mots simples mais qui font un bien fou. Et puis le temps passe. Les coming-out s’accélèrent et sont de moins en moins douloureux. Ça devient presque l’usine car on veut mettre tout le monde au courant. La famille ????? Euh... bah... mmmffff... non. Plus tard. Pas prêt.
Commence alors une vie plus libre. Une vraie vie... mais avec quelques années de retard !
Faut-il se dire que c’est dommage d’avoir attendu si longtemps ? Faut-il avoir des regrets ? Non. Mon histoire n’a rien de bien original par rapport à celles que l’on peut lire sur ce site entre autres. Je me demande simplement où est passée cette vie de doutes, de peurs aujourd’hui que tout va bien.
« Nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le chemin de la nuit » écrivait Khalil Gibran (lisez son livre intitulé « Le prophète », pendant que j’y suis).
Je me suis demandé pendant un long moment à quoi pourrait servir d’écrire un tel article. J’ai finalement trouvé : pour remercier tous les gens qui m’ont aidé à accepter « l’inacceptable » et qui m’ont montré que, finalement, être pédé, c’est pas plus grave que d’être hétéro. Alors merci...