"L’homme a ce choix : laisser entrer la lumière ou garder les volets fermés » Henry Miller
J’aime voir dans cette citation la question de l’acceptation de soi. Le problème est simple : est on prêt à accepter celui qu’on voit dans le miroir chaque matin (c’est-à-dire faire le deuil de celui ou celle qu’on ne sera jamais) ou bien va t’on s’enfermer dans un mensonge perpétuel et s’efforcer tant bien que mal de paraître ?
Cette épreuve est réservée à chacun. C’est peut-être même un des défis majeurs de chaque homme. Certains s’en accommodent très bien. Mais, dès qu’une quelconque différence est présente, ça se corse.
En regardant autour de moi (et pas seulement dans mon cheptel d’amis homos...), un constat banal à se faire trépaner (ça ne veut rien dire, mais j’aime bien ce mot) s’impose : n’est heureux que celui qui a accepté qui il (elle) est.
Un tel s’enferme dans le monde merveilleux de la nuit, des paillettes, ne fréquente plus que des homos et devient même hétérophobe et misogyne, tout ça pour éviter d’affronter sa différence. On ferme les yeux et on se laisse emporter dans un tourbillon artificiel en espérant que cela ne s’arrête pas. Un autre est sur le point de se marier avec une charmante jeune fille car faire face à sa réalité est insoutenable. Ou encore ce garçon qui ne voit d’autre solution que de partir loin pour pouvoir prononcer ce mot si douloureux. Ou tous ces autres qui ont honte, qui se cachent, qui ont peur. Peur de leurs familles, d’eux-mêmes, peur de vivre, en fait, de se lancer, peur de ce que dira le voisin.
Alors, est-ce le seul regard des autres qui pousse tant de personnes à refuser une partie d’eux-mêmes ? Je ne crois pas. Ça serait trop facile, trop simple.
Alors pourquoi est-ce si difficile d’être soi-même et de l’accepter ?
Parce que nos chers parents ont fait trop de projets pour nous et qu’on a peur de les décevoir ?
Parce que c’est plus facile de suivre le vent apaisant de « normalité » qui souffle sur nous et nous emmène dans les verts pâturages de l’uniformité ?
Parce que s’accepter implique qu’il faut faire face à nos défauts, nos doutes, nos faiblesses, nos démons ?
Parce que s’accepter implique une petite dose de lucidité et que « la lucidité est la blessure la plus proche du soleil » (René Char).
C’est vrai qu’il ne fait pas bon être différent et, surtout, il ne fait pas bon le montrer ! Peut-être car il faut alors faire preuve d’un peu plus de courage et que cette liberté acquise effraie ceux qui n’ont pas tenté leur chance.
Je ne sais pas comment on fait pour s’accepter. Je me dis juste que c’est long et pas forcément agréable. C’est certainement plus facile quand on n’habite pas à la campagne la plus profonde ou quand ses parents ne sont pas les présidents du fan-club local de Christine Boutin. Certes.
Il y a un an, j’étais pas au mieux de ma forme. Et depuis, tout est rentré dans l’ordre, tout a pris un sens. Je ne me réveille plus chaque matin en me disant : « Putain, t’es homo ! Fais chier.... ». Je ne sais pas vraiment pourquoi. J’ai dû entrouvrir les volets et la lumière en a profité pour entrer...