Notre bien-aimé rédacteur en chef a laissé entendre au détour d’un mail que nous, ses petites fourmis ouvrières, nous n’écrivions pas assez. J’aurais bien envie de lui dire qu’on n’écrit pas un article comme Sarkozy visite un commissariat ou passe á la télé mais, en fait, non. Victor Hugo disait : « Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous ». Habile introduction pour essayer de caser un ou deux trucs perso dans cette chronique.
Histoire de mettre en haleine les trois lecteurs égarés ici (qui cherchaient désespérément des photos de Jean Galfione sous sa douche (désolé, les gars, on n’a pas ça en rayon... mais laissez vos mails, au cas ou !)), j’aurais pu intituler cet article d’un énigmatique « Le Pacific Princess n’a pas coulé avec le Titanic ». En effet, il n’y a pas longtemps, j’ai eu le privilège de faire un tour sur un immense bateau ou plutôt (appelons un chat un chat) un paquebot ! Je suis entré dans bien des temples du kitch mais, là, ça battait des records : j’avais à peu près autant de chances de trouver une trace de bon goût que de tomber sur Maïté et sa collègue égorgeuse de canards, Micheline, en allant aux toilettes pour hommes. Onze étages, cinémas, piscines, jacuzzi, sauna, bars à thèmes, hôtesses, etc....En fermant les yeux, je pouvais presque entendre le générique de « La croisière s’amuse » (manquaient malheureusement Julie McCoy et le Capitaine Merrill Stubing mais le monde n’est pas parfait, c’est bien connu). Passons la multitude de détails savoureux tels que les passagers qui s’habillent en tenue de soirée pour aller acheter 50 kg de Toblerone au tax-free shop ou encore ce jeune homme de 90 ans accompagné d’une blonde de 20 ans, accrochée á son bras (encore que c’était peut-être l’inverse). Focalisons simplement notre attention sur le « Columbus Night Club » : vaste, enfumé, canapés rouges, petites lampes avec abat-jour verts, serveurs hautains, cocktails aux noms sulfureux... La faune locale était majoritairement composée de jeunes nymphes d’une soixantaine d’années en mal de chair fraîche. Elles chassaient à coups d’œillades suggestives (ce qui leur avait certainement demandé des heures d’entraînement dans les salons de thé du 16ème ou durant les parties de scrabble à la MJC des Violettes).
Bien évidemment, je ne me sentais que moyennement à l’aise. J’avais peur qu’un sourire compatissant de ma part soit interprété comme une réponse positive à cet appel au plaisir. Je me suis donc fait des plus discrets. Oups, j’ai failli oublier de vous parler de l’orchestre. Ah, l’orchestre !!!! Quatre musiciens et une chanteuse qui reprennent les plus grands tubes des années 60 mais version Bontempi (la différence est notable (quand je dis Bontempi, je pourrais aussi dire « Charly Oleg », c’est juste pour situer)). La chanteuse tentait désespérément d’atteindre la note juste mais je crains qu’elle ne cherche encore. Il est somme toute assez difficile de vous décrire exactement ce mélange de sentiments surannés et désuets qui se sont emparés de moi, le tout avec un soupçon de démodé et, disons le, de pathétique. C’était tellement « soirée de l’ambassadeur »...Un bonheur ! Finissons juste avec les paroles de « Love boat ». Je ne sais pas quel est le Baudelaire qui a écrit ça, mais il a tout dit !
"Love Boat, love exciting and new,
Come aboard, we’re expecting you.
The Love Boat soon will be making another run,
The Love Boat promises something for everyone.
Set a course for adventure,
Your mind’s on a new romance.
And Love
Won’t hurt anymore,
It’s an open smile,
On a friendly shore.
it’s Love
Welcome aboard it’s love"
J’en ai les larmes aux yeux.