Bé oui, après tout, passer ta jeunesse à réaliser qu’on est différent, à te dire qu’il va bien falloir un jour dire à ses parents que tu ne te marieras pas avec la sublime blonde si gentille avec qui tu t’entends si bien... tout ça, c’est bien pour pouvoir un jour en profiter et enfin sortir avec un garçon et le serrer dans tes petits bras. Bon, ça c’est ce dont tu rêves, mais comment trouver la perle rare qui te rendra enfin si heureux ?
Comme tu es jeune, tu es du genre demi-fou et à la vue du garçon le plus mignon de la classe, ton coeur flanche. Ce garçon a beau assener les pires insultes homophobes, il a beau limiter son romantisme au lyrisme désabusé de Thierry Rolland devant un match de foot, le seul cadeau dont il soit capable a beau être un pack de Kronembourg, tu te lances : tu lui fais une déclaration d’amour passionnée après avoir passé la soirée à relire Aragon, Baudelaire et Hugo (attention, on ne parle pas d’Hugo Boss là, même si le mannequin de la pub est très mignon mais je m’égare là, on parle bien du poète Victor Hugo) pour faire de belles rimes en alexandrin. Tu trouves qu’il a de la gueule ce poème et tu l’apprends par coeur. Alors, après l’avoir invité sous un prétexte fallacieux chez toi à un repas aux chandelles où tu as mis tout ton petit coeur, tu récites ce poème composé pour lui.
Mais, ton génie des vers, pas plus que tous les plats que tu lui as amoureusement cuisiné n’a pas dû être évalué à sa juste valeur. Quelques coups de poing et coups de pied plus tard, tu te réveilles à l’hôpital avec deux bras cassés, mais ouf, l’essentiel est encore là. Il n’y a pas touché. Bon d’accord, tu as deux bras cassés et un oeil au beurre noir mais qu’est-ce qu’il était mignon ce con-là ;-) !
Tu prends ton petit calepin et tu écris le premier commandement de tout homo : "Je ne tomberai pas amoureux de l’hétéro le plus mignon.".