Quels moyens de lutte contre l’homophobie envisagez-vous ?
"Globalement, les Verts souhaitent le vote d’une loi pénalisant l’homophobie et la lesbophobie en tant que tels. A ce jour il n’est pas possible d’attaquer, ou très difficilement, de tels agissements. Les députés Verts ont d’ailleurs fait une proposition de loi dans ce sens. Il reste des vides juridiques à combler (par exemple en matière du droit de la Presse). Nous souhaitons que la France s’aligne sur le droit européen, qui inclut explicitement l’orientation sexuelle, parmi beaucoup d’autres, dans les motifs de discriminations combattus et sanctionnés. Cela reviendrait à aligner l’homophobie et la lesbophobie sur le racisme et l’antisémitisme dans leur traitement par la loi. Cela est inscrit clairement dans notre programme."
Chez les jeunes :
"Pour favoriser la disparition des complexes naissant lors de la découverte de son orientation sexuelle dans sa famille, nous misons sur l’ouverture d’esprit plus grande que facilitera une toujours plus grande visibilité et "normalisation" dans le regard porté. On occulte complètement ce sujet dans les motifs de tentatives de suicide chez les jeunes. C’est criminel : un trop grand nombre de jeunes mettent fin à leurs jours à cause de ce mal-être. N’oublions pas que ce n’est pas le fait d’être homosexuel-le qui tue, c’est l’homophobie et l’intolérance que ces jeunes ont rencontré dans leur vie de tous les jours. Nuance. Dans les établissements scolaires, même si la situation a progressé grâce à des circulaires précises du Ministère de l’Education nationale et à du matériel pédagogique théorique adapté, c’est toujours un sujet tabou. Je ne parle même pas des instituteurs et professeurs contraints de masquer leur orientation sexuelle par peur des attaques haineuses de certains parents, qui les assimilent instantanément à des pédophiles, ou les accusent d’avoir orienté leurs enfants. C’est scandaleux. Il y a encore des consignes plus claires et fortes à mettre en place."
Dans le monde du travail :
"Les projets de législation dont je vous parlais à l’instant envisagent les situations du monde professionnel et associatif."
Sur le plan international :
"Il serait nécessaire que les condamnations formelles, auxquelles nous contribuons attentivement et ardemment, puissent prendre une forme concrète, au-delà des communiqués et des manifestations qui doivent demeurer. Des sanctions politiques plus appuyées, des sanctions économiques à l’extrême, comme on sait parfois les appliquer dans d’autres domaines, me paraîtraient efficaces ; mais là je parle à titre personnel."
Dans les pays en voie de développement, l’épidémie de SIDA fait des ravages. En Europe, la prévention recule. Quels moyens votre formation envisage-t-elle pour lutter de manière beaucoup plus efficace contre le SIDA et les maladies sexuellement transmissibles ?
"Votre question est très pertinente sur le fond, bien sûr, et je vais vous livrer mon point de vue. Mais au premier abord, sa proximité avec vos autres questions -et aussi le thème de votre site Internet- me trouble un peu. En effet, la plupart des gens ont tellement l’habitude d’associer homos et sida, que parfois j’ai l’impression que cela renforce le sentiment que cette terrible pandémie ne concerne que les homosexuels. Cette croyance a d’ailleurs des effets dévastateurs : par le fait que justement ce soient des associations gaies et lesbiennes qui se soient le plus mobilisés au départ dans la lutte contre la maladie, parce que les personnes n’ayant que des pratiques homosexuelles ont été les premières victimes, elle contribue à renforcer l’idée que cela « ne concerne que les pédés » (ne riez pas, je l’entends parfois encore avec colère actuellement). Comme si 40% des victimes n’étaient pas hétérosexuelles. Mais surtout, ce non-dit renforce l’insouciance criminelle de ceux-celles qui ont des pratiques à risques hétéros et homos, mais ne se considèrent pas culturellement ou socialement comme gay ou lesbienne. On a bien raison aussi, de ne pas souhaiter pas se "classer" spécifiquement. Mais de ce fait, ces personnes ont tendance à penser qu’ils-elles ne sont pas concerné-es. Ce qui est tragique pour la transmission de la maladie et son dépistage, puisqu’on refusera par principe d’y être attentif. Alors que ceux-celles qui ont des pratiques à risques exclusivement homosexuelles, seront beaucoup plus sensibilisé-es et soucieux-ses de son/sa partenaire, même occasionnel-le."
Notre site s’adresse avant tout aux jeunes gays, souvent moins informés et moins sensibilisés que les générations précédentes. C’est pourquoi nous parlons aussi de prévention sur monchoix. Mais nous n’ignorons pas les dangers multiples de l’amalgame entre homosexualité et Sida. D’après pas mal de témoignages que nous avons reçu, la réaction première de beaucoup de parents lors du coming out de leur enfant est de s’inquiéter du Sida.
"Je l’avais bien compris comme cela, naturellement, étant donné les témoignages, souvent émouvants, que vous recevez. Et dans un site comme le vôtre, il est pertinent que des informations de prévention figurent aussi..."
L’amalgame entre homosexualité et Sida ne suffit tout de même pas à expliquer une certaine insouciance vis-à-vis des risques.
"Le fait que les familles occultent systématiquement la vraie cause de décès lorsque le VIH en est à l’origine. C’est à mon sens encore plus criminel pour l’évolution de la perception de la présence dramatique de la maladie dans le quotidien. Parce que presque personne ne peut se souvenir d’avoir eu dans sa famille un parent mort du Sida : on n’en voit nulle part, c’est étrange, non ? Alors qu’il y a en France chaque année encore plus de 3000 décès pour cette raison (sans compter plus de 37.000 personnes qui ont déjà disparu pour cette raison depuis 20 ans) il n’y a que les proches, ami-e-s (et pour le coup les membres des communautés dont nous parlions tout à l’heure) pour le savoir. Posez la question à des jeunes : ils ont parfois vu disparaître des parents pas très âgés, voire très jeunes, de cancers, de crises cardiaques, de suites de toxoplasmoses, jamais d’un Sida. C’est dévastateur : le risque étant supposé éloigné ("je ne suis pas homosexuel assumé dans mon esprit, et en plus il existe des traitements au cas où, donc pourquoi me protéger lors de rapports sexuels ?")"
"Les efforts de prévention ne peuvent que reculer, comme vous dites, dans les pays occidentaux, qui peuvent encore se payer le luxe de croire qu’ils sont très peu concernés. Alors que les pays plus défavorisés, l’Afrique en particulier, où il n’est plus temps d’avoir ces délicatesses assassines, ne peuvent que se résoudre à constater que leur population est décimée systématiquement, sous le regard de moins en moins solidaire des pays "riches" : les résistances des grands groupes pharmaceutiques à appliquer des prix préférentiels aux pays du Tiers Monde, avec la complicité passive de gouvernements de plus en plus centrés sur leurs propres ressortissants, les abandonnent à leur sort dans la plus totale indifférence du grand public occidental."
"Je vous remercie de vos questions fort intéressantes, et de m’avoir laissé la place d’y répondre de manière complète et non réductrice comme trop souvent..."
(Photographie : Guillaume de Fenoyl. Tous droits réservés)