Dans l’actuelle campagne présidentielle, on entend peu parler d’homosexualité dans les médias généralistes. L’adoption du PaCS aurait-elle donné à certains l’impression que la question posée par les droits des gais et des lesbiennes était réglée ?
"Si l’on "parle peu d’homosexualité" comme vous dites, dans la campagne électorale, c’est peut-être parce que cela est devenu un "non sujet", qui fait de moins en moins débat au sein de la société française, et dans ce cas l’on ne pourrait que s’en réjouir. L’homosexualité, à mon sens, n’est pas un « douloureux problème » en tant que telle, puisque c’est son choix personnel pour chacun-e. Les difficultés autour de ces choix de vie proviennent du rejet social de ce qui apparaît à certains (mais de moins en moins heureusement) comme marginal et immoral. Je suis cependant moins optimiste, car j’ai l’impression que lorsque les médias généralistes traitent le sujet, c’est quasiment toujours sur un mode évènementiel et spectaculaire ("le pouvoir des gays", la Gay Pride) qui mettent en avant des cas extrêmes, et contribuent à marginaliser toujours davantage les gays et lesbiennes qui ne se reconnaissent pas dans les schémas des jeunes gens très beaux, parisiens du Marais, sortant beaucoup la nuit avec de multiples partenaires "clones", et à très hauts revenus dans la mode ou le spectacle. Les jeunes qui se découvrent, en régions, dans un petit village et dans une famille modeste, rencontrent des difficultés à s’assumer, et ces modèles ne les aident pas du tout, renforçant leurs complexes."
Le débat sur le PaCS a été rude. Maintenant qu’il est entré dans les faits, ses défauts se font plus criants. Quelles évolutions du PaCS les Verts sont-ils prêts à soutenir ?
"Les Verts, s’ils se sont comme la plupart, satisfaits du statut donné à des couples de même sexe (notamment parce qu’il ne s’agit pas d’un statut particulier, mais bien d’une égalité de traitement) reprochent depuis le début au PACS sa durée discriminante d’un délai de 3 ans pour l’imposition commune, le fait qu’il ne s’agisse pas d’un véritable acte d’Etat-civil, et qu’il ne soit pas signable en Mairie pour ceux qui le souhaitent (en effet nous avons intégré la réserve des couples qui ne souhaitent pas la publicité qui existe avec la publication des bans pour le mariage). Le statut du conjoint étranger n’est pas du tout traité, même si le PaCS peut faire partie des éléments pris en compte au cas par cas, par les Préfectures."
"Nos différents programmes reprennent constamment ces propositions depuis des années, ceraines dispositions sont par ailleurs préconisées dans le rapport parlementaire sur l’évaluation du PACS, par les députés Patrick BLOCHE et Jean-Pierre MICHEL ; nous espérons que les aménagements souhaités seront étudiés par la prochaine législature."
"Et sur ce sujet, très concrètement, l’accueil en Mairie des couples pacsés qui le souhaitent, a été créé à la Mairie du 9ème arrondissement de Paris par le Maire Jacques BRAVO, où je siège en tant que Maire adjoint, sur la base du programme des Verts. Cela fut un moment très important symboliquement, auquel je suis particulièrement fier d’avoir participé."
"Mais la notoriété de la création du PACS reste souvent associée au Parti Socialiste, qui a bien entendu été déterminant par son poids à l’Assemblée Nationale, alors que les Verts ont inscrit depuis de nombreuses années des dispositions favorables à l’époque pour le Contrat d’Union Civile, puis ce qui est devenu le PACS, comme le Mouvement des Citoyens, dont nous n’oublierons pas, alors que nous sommes en profond désaccord aujourd’hui sur de nombreuses positions politiques, que le député Jean-Pierre MICHEL, et les instigateurs de ce travail, Gérard BACH-IGNASSE et particulièrement Jan-Paul POULIQUEN, ont eu une implication qui force le respect ; justement parce qu’ils ont subi des attaques publiques, menaces et insultes totalement intolérables, dont l’homophobie était un non-dit méprisable. Nous garderons longtemps en mémoire les phrases haineuses proférées à l’Assemblée par certains députés et députées (« envoyons les homos chez le vétérinaire plutôt qu’en Mairie », etc, ou la défense quasi mystique d’une famille idéalisée que l’homosexualité mettrait soi-disant en péril, c’est surréaliste.) et dont le Journal Officiel garde la trace stupéfiante, au cas ou certains feraient preuve d’amnésie."
Iriez vous jusqu’à ouvrir le mariage républicain aux couples de même sexe ?
"Sur un plan de principe, si l’on veut supprimer toute discrimination, nous sommes tentés de répondre oui, en précisant bien qu’il ne s’agit en aucun cas d’un statut particulier de « mariage homo », mais de l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, nuance capitale qui était souvent occultée par les opposants au PaCS, car cet oubli renforce les fantasmes sur l’homosexualité qui mettrait en péril la société. La contradiction de ces traditionalistes attardés arrive très vite lorsqu’on traite de l’homoparentalité, des gens homos qui veulent avoir des enfants, ce qui est légitime, et là on attend la réponse cohérente de la Droite frileuse sur ces questions. En suivant leur logique sur "les homos sont un danger, ils ne peuvent pas voir d’enfants", eh bien favorisons donc toutes les formes d’adoption et de parentalité ! D’autant que personne ne stigmatise, et c’est bien normal, les couples hétéros qui ne peuvent pas avoir d’enfant : où est la logique ?"
"Sur la question du mariage, il serait bon que coexistent les différentes formes de couples d’aujourd’hui : concubinage, PACS et mariage, mais le statut très contraignant du mariage, particulièrement les difficultés juridiques pour y mettre un terme, et sa connotation "ringarde" voire machiste, n’en font pas toujours un modèle souhaité par les personnes concernées elles-mêmes, comme la publication obligatoire en Mairie entre autres. Les féministes ont longtemps lutté contre ce statut "patriarcal". Par ailleurs, si le PaCS a donné un statut égal aux couples, ce dont nous nous félicitons, je suis attentif à éviter le risque que le seul statut légitime de l’homosexuel-le en France devienne celui du couple : les seuls homos acceptables seraient les homos mariés ou pacsés ? Ce serait bigrement excluant pour les personnes célibataires..."
Depuis l’adoption du PaCS, la question de l’homoparentalité est l’une des plus débattues et aussi celle qui suscite les réactions les plus tranchées dans l’opinion. Dans ce contexte, que peut-on faire de concret ?
"Plusieurs cas de figure dans l’homoparentalité : nous souhaitons que les difficultés que rencontrent aujourd’hui les gens qui ont eu un enfant, puis ont un compagnon ou une compagne de même sexe, disparaissent (droits de garde, etc). Sur l’adoption, les Verts sont on ne peut plus clairs : c’est le seul parti à avoir pris position formellement, à une très large majorité, en faveur de l’adoption par des couples de même sexe. Mais nous sommes également favorables à ce qu’aucune ségrégation ne s’opère à l’encontre des individus qui souhaitent adopter et ne veulent pas cacher leur homosexualité, ce qui est la plupart du temps nécessaire aujourd’hui."
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(Photographie : Guillaume de Fenoyl. Tous droits réservés)