Vous êtes co-responsable de la commission nationale gaie et lesbienne des Verts. Quel est le rôle de cette structure ? Quel genre d’actions peut-elle mener ?
"Tout d’abord, nous avons voté récemment la modification de notre intitulé en Commission Gais Lesbiennes Bi Trans (pour Transsexuel-les et Transgenres). En effet la question de l’exclusion concerne d’autres types d’orientations sexuelles et de choix personnels."
"Outre des communiqués diffusés en rapport avec l’actualité (condamnation des arrestations des 52 du Caire en Égypte, décapitations en Arabie Saoudite, décision de la Cour Européenne contre l’adoption par un homme se déclarant gay), nous prenons position lors des débats nationaux (PaCS, adoption par les couples de gais ou lesbiennes). Comme toutes les commissions nationales chez les Verts, notre rôle consiste à alimenter le débat en interne, afin d’aboutir à des prises de position du parti, adoptées par le conseil national, le « parlement » des Verts."
"Par ailleurs, nous travaillons en très grande proximité avec les associations spécialisées, particulièrement au sein de l’Inter L.G.B.T, qui regroupe les principales associations nationales et régionales et organise notamment la Lesbian and Gay Pride, qui devient d’ailleurs en juin 2002 la Marche des Fiertés Gaies Lesbiennes Bi et Trans. Un nom un peu compliqué, mais qui a le mérite de ne pas oublier des personnes dont la vie est souvent complexe à cause du regard de la société et du non-respect de leurs droits. En revanche, nous sommes sans doute davantage "programmatiques" qu’"activistes". Nous ne pouvons participer à toutes les actions, mais nous répondons présent-e-s aux principales (textes, marches de soutien, etc) et sommes solidaires des autres actions, du fait même de notre présence à la structure fédérant les actions communes, à laquelle nous participons activement."
Cette structure est unique en son genre. Selon vous, pourquoi les autres formations politiques sont-elles en retrait sur cette question ?
"En effet, les Verts sont le seul parti politique à avoir créé, dès 1985, une Commission nationale spécifique, autonome et non intégrée dans une Commission "Social", "Femmes", ou "Sida" dont bien entendu l"action est importante et nécessaire, souvent complémentaire, mais cela ne visibiliserait pas notre propos d’une manière spécifique. D’autres partis disposent d’un groupe de travail ou d’une association proche, mais pas sur un plan d’égalité avec les Commissions jugées par eux visiblement plus importantes ou méritant leur autonomie."
"Dans le cas des associations proches de partis, leur position est d"ailleurs souvent ambiguë, puisqu"elles peuvent assumer plus ou moins les positions du parti dont elles dépendent. Et même si leur propos est souvent proche du nôtre, il n"engage pas leur parti, qui souvent va moins loin qu’elle. Nous "assumons" mieux ! Par ailleurs, nous avons obtenu et fait voter que notre Commission dispose de deux co-responsables, l’un homme et l’autre femme, Elisabeth LOICHOT, à parité, la problématique étant spécifique et il paraissait délicat d’aller représenter le Mouvement en externe dans une organisation Gay stricte en étant femme, et dans une structure lesbienne en étant homme, l’imagination ayant une limite..."
Lors de la campagne des municipales de 2001, plusieurs responsables politiques, de tendances diverses, ont fait leur coming out. Qu’avez vous pensé de cette démarche ?
"Globalement, je suis pour tout ce qui peut contribuer à une visibilisation positive de l’homosexualité, non comme une valeur élitiste mais dans le sens d’une stricte égalité de droits entre homos, bi-sexuels, transexuel-les et hétérosexuel-les. Lorsque la démarche d’annoncer clairement son orientation sexuelle ou de son choix de genre (transgenre) est faite en respectant la dignité de celui/celle qui l’effectue, elle contribue à faire en sorte que le regard de la société évolue de manière progressiste, dans la perspective qu’il n’y ait plus de différences de traitement en fonction de ce critère, très personnel. Mais lorsque cela devient un "outil" électoral, très ostentatoire, dans un sens positif ou négatif, cela ne me paraît pas une bonne manière de favoriser une ouverture d"esprit chez le plus grand nombre."
"S’il existe une culture gaie/lesbienne spécifique, elle ne doit pas devenir un prétexte à un communautarisme exacerbé, qui donne un alibi à certains pour faire peur en annonçant l’existence d’un "lobby gay" (forcément animé d’intentions obscures et menaçantes, bien entendu). Très souvent d’ailleurs, la connotation de "lobby" est associée à l’idée d’argent et de pouvoir. A la différence des pays anglo-saxons où le libéralisme a incité les minorités à exister par le lobbying, ce qui là-bas n’est pas péjoratif, en France il est surtout synonyme d’avantages et de privilèges. Ce qui ne correspond naturellement pas à notre vision démocratique, visant à dénoncer toutes les inégalités qui sont faites en raison d’une "différence" supposée."
Vous n’aimez pas beaucoup le communautarisme ?
"Bien sûr, on peut se sentir "au chaud" dans une communauté, mais pouvoir choisir de ne pas s’y enfermer, d’aller à la rencontre de toutes et tous, et de ne pas céder à la tentation du repli sur des relations sociales exclusives avec des gens qui partagent la même orientation sexuelle ou les mêmes choix de vie que soi-même. Ca n’a pas de sens, c’est complètement appauvrissant intellectuellement, d’orienter la totalité de sa vie et de ses activités en fonction de ces seuls critères. Alors qu’il est plus intéressant de choisir des moments à partager avec des gens dont on se sent plus proche, et d’autres avec des gens différents. Sinon, on aboutit à l’effet inverse : on remplace une discrimination par le concept très nord-américain de "discrimination positive" qui semble compenser les inégalités, mais qui au contraire renforce les catégorisations, au point que si l’on n’arrive pas à se définir clairement sous une "étiquette", on n’existe pas."
"Notre combat permanent, avec les Verts et dans le cadre d’un programme d’écologie politique, -respectueux de tous les choix individuels, à condition qu’ils respectent l’autre-, est de parvenir à une réelle égalité de droits, surtout pas à des droits spécifiques. A quel titre d’ailleurs ? Etre gay, lesbienne, bi ou trans serait un gage de perfection et d’égards particuliers ? Heureusement non ! En revanche, trop de comportements dictés par la haine sont encore constatés aujourd’hui pour stigmatiser l’homosexualité, et créent des situations graves, psychologiquement et parfois physiquement."
"Contrairement à ce que déclarent péremptoirement quelques psychanalystes, l’homosexualité n’est pas une manifestation d’un refus de l’autre, du différent, et où l’on se rassurerait en ne recherchant que celui ou celle qui vous ressemble, dans une immaturité sexuelle infantile."
Et personnellement, quel rôle joue votre orientation sexuelle dans votre engagement politique ?
"J’espère bien aucun rôle particulier ! Il serait dangereux de tomber dans les excès que je dénonçais précédemment, et de réagir en fonction de sa propre orientation sexuelle, face à toute situation qui se présente, nécessite un choix politique, une action générale qui concerne toute la population à égalité de droits ! Bien entendu, les choix personnels, qui vous ont déjà fait partager des situations spécifiques, permettent de mieux appréhender les cas similaires, et l’on se sentira plus proche de certaines revendications que d’autres. Mais, que ce soit dans le cadre associatif, et à présent depuis plus d’un an dans celui de mon mandat d’élu local, il n’est évidemment pas question d’appliquer la fameuse "discrimination positive" et de favoriser des personnes ou des structures dont je serais plus proche. En revanche, participer à rétablir l’égalité de traitement lorsqu’elle n’était pas respectée, alors là oui ! Et j’espère que ma modeste contribution sera utile."
"Concrètement, certaines associations de gays ou lesbiennes étaient exclues de tout dialogue avec la Mairie de Paris ; la nouvelle municipalité a établi des échanges de même nature que toute autre association, sportive, sociale, etc. Des discriminations criantes s’appliquaient à des personnes ; toutes n’ont peut-être pas disparu, mais un signal clair a été donné dans le sens de l’égalité de traitement. Sans doute les opposants réactionnaires ont-ils tendance à attribuer ce respect de la démocratie républicaine à l’orientation sexuelle du Maire de Paris, parce qu’il a fait le choix de la rendre publique, ce qui a été d’ailleurs un signe fort et visible, très positif, mais insinuer qu’il y a une faveur municipale particulière indue envers les gays et lesbiennes serait calomnieux. Lui reproche-t-on à ce titre, d’avoir fait avancer la parité dans les nominations d’ajointes et d’adjoints au Maire et dans les Directions ?"
"Maintenant, si votre question consistait discrètement à savoir s’il existait une cause personnelle qui nécessite un coming-out personnel (rires), je vous répondrai que, d’une part, je dis souvent que je ne m’interdis personnellement aucun désir, aucune rencontre, sous la réserve permanente qu’ils respectent la personnalité et la volonté des autres, et d’autre part, qu’en fonction des interlocuteurs et de la possibilité de faire avancer la banalisation des orientations sexuelles minoritaires, je suis plus ou moins radical. Face à des gens fermés, il faut faire preuve de dureté, mais ne pas donner prise à des dérives qui renforceraient leur homophobie. En clair, la manière digne dont Bertrand Delanoë a procédé, en en parlant une fois parce que cela était un symbole fort, puis plus pour ne pas événementialiser et que la campagne ne soit que focalisée là-dessus, m’apparaît comme un modèle... A la différence d’élus plus anonymes avant que l’on ne parle de leur spécificité sur le sujet, très médiatisée, et qui les a réduits au rôle d’alibi dans leur parti, occultant tout le reste de leur travail d’élu. Je ne souhaite pas être réduit à la spécificité d’une orientation sexuelle. Les élus se doivent d’être ceux de tous et toutes, et pas uniquement au service d’une communauté ; c’est parfois le risque d’une communication non maîtrisée... Ou sciemment orientée pour se créer une notoriété, je laisse chacun juge de ce qu’il a à faire, et ne donnerai pas de leçon là-dessus."
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(Photographie : Guillaume de Fenoyl. Tous droits réservés)