Vous avez bien du entendre parler de Christine Boutin. Mais si, mais si, celle qui s’était violemment opposée au PaCS lors de la discussion parlementaire. Elle est candidate à l’élection présidentielle cette année et c’est une des rares (la seule à notre connaissance, mais nous n’avons pas vu les sites de tous les candidats) à consacrer une partie de son site aux homosexuels à travers un article sur le PaCS. Nous proposons donc le contenu de l’article en question avec le commentaire contradictoire dans le texte (lien vers l’article) et cette version plus brève et synthétique (on ne pourra pas nous accuser de mauvaise foi de déformer le propos de Madame Boutin).
Ce texte a un défaut énorme : il mélange la critique sur le fond du PaCS et la critique portant sur son principe même en ramassant un ensemble d’arguments plus ou moins exacts dont certains relèvent de la pure mauvaise foi.
1) Une argumentation sur le fond mal étayée : Christine Boutin voit dans le nombre de personnes pacsées (100 000 en deux ans) une preuve de désaffection alors que nombre de lois sont votées en France pour moins de personnes. Elle parle aussi de la multiplication des PaCS blancs. Ces craintes, comme les propos qu’elles cite, sont toujours approximatifs (proportion de PaCS hétérosexuels, nombre de PaCS frauduleux...). Elle conteste les chiffres officiels sans proposer aucune donnée crédible en face. Le style est polémique. Mais, le plus grave, c’est qu’elle attaque le principe même du PaCS au nom des imperfections actuelles du texte. La critique sur le fond, même justifiée (ce qui n’est pas le cas ici) ne peut pas remettre en cause l’idée même du pacs !
2) Attaquer le fond sans oser affirmer que c’est le principe que l’on refuse : Madame Boutin propose l’abrogation du PaCS pour des raisons de fond sans proposer quoi que ce soit pour le remplacer. Voilà pour Madame Boutin en synthèse les imperfections du PaCS :
a) « Le terme « pacser » a pris dans le langage courant une connotation péjorative. Il traduit une relation précaire et de calcul financier »
b) « L’analyse des chiffres du PaCS ne peut faire l’impasse sur le scandale des PaCS frauduleux, dont le taux est ignoré ou sous-évalué »
c) « Le refus de l’adoption homosexuelle a été l’argument principal et public de notre opposition au PaCS. » La conclusion d’une telle position devrait être de proposer un contrat ou un mariage civil homosexuel, bref un texte plus approprié. Et, c’est là que la démarche politicienne saute aux yeux. Madame Boutin n’est pas contre le PaCS pour le remplacer par mieux, mais pour abroger ce texte (« je souhaite en 2002 son abrogation ») qui va à l’encontre de sa philosophie.
3) Nier l’évidence pour ne pas avoir à réfléchir sur l’idéologie sous-jacente de ses positions.
a) Madame Boutin choisit sciemment de nier l’homophobie en la présentant comme un moyen d’étouffer un débat légitime. Est-il besoin de rappeler le mal que peut faire les mots de « pédé », « tapette » ... ; pour des jeunes qui cherchent à s’assumer. Est-il possible de trouver humain que l’orientation sexuelle soit à ce point objet de dérision dans une société démocratique ? Comment pouvez-vous prétendre aimer les homosexuels en ignorant à ce point les problèmes dont ils souffrent ? D’ailleurs, remplacer le mot de pédé par arabe, juif ou noir dans les insultes suffirait souvent à faire prendre conscience de l’acuité du problème et surtout de l’absurdité de cette phrase : « l’arsenal législatif actuel semble pouvoir répondre à l’attente légitime de tout citoyen d’être respecté ».
b) De même, le relativisme systématique des chiffres ou études qui ne vont pas dans son sens ôte une grande partie de la crédibilité supposée du document (« les quelques études pseudo scientifiques », « un gonflage artificiel des données chiffrées », « les chiffres officiels, déjà faibles, doivent être revus à la baisse »).
c) Le droit à l’adoption est également escamoté : madame Boutin le présente comme le repoussoir absolu en donnant l’argument censé tout justifier : « Comme la majorité des Français, nous restons attachés au droit de l’enfant à être élevé par un papa et une maman ». On voit d’ici le méchant homosexuel venant réclamer son enfant en l’arrachant des mains des gentils parents ! Au contraire, la réalité est différente : ouvrir le droit à l’adoption, c’est offrir plus de possibilités à la justice pour le bonheur de l’enfant ! Au nom de quoi exclure a priori une partie de la population du droit à l’adoption ? Est-il préférable qu’un enfant soit élevé par la Ddass ou par un couple homosexuel stable ?