Le côté obscur des chroniques
Au petit garçon qui voulait savoir la suite, et qui à défaut exigeait qu’on lui relise toujours la même histoire, le grand père agacé avait dit : "Pourquoi toujours vouloir savoir ce qu’il y a ensuite ?! A la fin on meurt."
C’est un peu dans cet engrenage que s’engage le lecteur sur le deuxième versant -les trois derniers tomes- des chroniques de San Francisco.
Avec les années 1980, les héros de Maupin se réveillent au temps du SIDA. Et le lecteur encore sous le charme du docteur Jon Fielding doit faire le deuil lui aussi, brutalement.
Ce n’est pas la faute de l’auteur, c’est juste que l’époque ne prête plus au délire comme avant. Mrs Madrigal a bien du mal à aider ses "enfants". Mary-Ann est devenue ambitieuse avec les années quatre-vingt, et elle semble s’éloigner des lecteurs au fur et à mesure que ses émissions de télé ont davantage de succès.
On en veut encore !
Pourtant il ne faut pas bouder son plaisir. Entre les camps de lesbiennes radicales qui refusent la présence des petits garçons, les télévangélistes obsédés, les gourous givrés qui habitent dans des jardins publics ou la venue à San Francisco de la reine d’Angleterre, on ne s’ennuie pas une seconde.
Chez Armistead Maupin, les lesbiennes radicales peuvent épouser des Lords anglais qui rêvent d’être chauffeurs de taxis à San Francisco. Un homo endeuillé peut devenir l’ami d’un jeune gay aborigène battu par son père. Même assombri par l’hécatombe, le conte de fées reste un conte.
Tant et si bien que quand Armistead Maupin déclare, d’un air mystérieux, qu’il ne dit pas qu’il n’y aura plus jamais de suite aux chroniques... on a envie de lui dire : quand ?
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