Ecrit en 53 jours, un chiffre mythique pour les romanciers car c’est le temps que prit Stendhal pour écrire la Chartreuse de Parme, Ali le magnifique est une œuvre touffue, rapide, « absolument moderne », écrite dans un style ambitieux, vif et résolument contemporain. Du jamais lu !
Alors voilà, c’est l’histoire de Sid Ali B., « le tueur au sac en plastique », « l’homme le plus recherché de l’espace Schengen. ». Une vie qu’il a endossé un peu par hasard, en cédant à une impulsion. Sinon, il est un ado de la cité plutôt pas mauvais en classe. Le genre pétri de contradictions. Qui aime lire, et pas n’importe quoi s’il vous plait, et qui carbure à la sous-culture des marques et du marketing triomphant. Qui méprise les homos avec lesquels il couche pour du fric et aime plusieurs hommes au fil de son histoire. Le genre qui ferait tout pour être star et qui méprise le système dont il aimerait se servir. Le genre macho qui méprise les filles, toujours prêt à les rabaisser, et aime Djamila, sa « Dja » d’un amour respectueux et maladroit.
Et lorsqu’il tente une sorte de coming out sous la contrainte « Alors tu sais que je suis pédé ? » ; c’est peut-être Dja qui a raison quand elle lui dit : « Mais tu n’es pas pédé, tu n’es pas hétéro, tu n’est pas bi, Sid, tu es n’importe quoi. Tu es la seule personne au monde qui te fasse vraiment bander. » Les repères sont brouillés, les limites sont floues. Faux dûr, vrai tendre, Sid Ali n’est même pas un monstre, juste un garçon attachant, né pour séduire que le monde qui l’entoure a, peut-être, rendu fou.
L’orientation sexuelle n’est que l’un des nombreux thèmes abordés par le romancier dans cette œuvre foisonnante, qui passe aussi bien en revue les problèmes d’intégration, déjà magistralement traités par Paul Smaïl dans Vivre me tue, mais aussi la société médiatique et ses idoles, les chansons de Bashung et la coupe du monde de football...
Les 618 pages, je les ai lues presque d’une traite, avec le sentiment d’avoir lu quelque chose de bien plus fort que ces éternels romans nombrilistes et prétentieux qui encombrent les rentrées littéraires. Et tant pis si l’auteur est d’une rare immodestie, son talent fait qu’on lui pardonne tout volontiers.
Sur la polémique à laquelle le roman a donné lieu : le Monde
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Ali le magnifique