Jean et Paul, deux frères jumeaux, ont été élevés comme un ensemble indifférencié. Dans leur famille, on les appelle même Jean-Paul comme s’il s’agissait d’une seule personne. Et leur mère qui n’a vécu que pour être enceinte étouffe ses derniers nés de son amour.
Jean et Paul vivent une relation incestueuse et exclusive. Ils conçoivent leur gémellité comme quelque chose qui les distingue du reste du monde, et les rend supérieurs. Jusqu’au jour où Paul se révolte, exige d’être habillé différemment et de marquer son indépendance. Toujours son frère le ramène vers lui. Jusqu’au jour où Sophie, amoureuse de Paul, prend la fuite devant cette relation qui ne lui laisse aucune place. Jean se lance alors à sa poursuite dans un tour du monde qui est une manière de continuer à vivre la gémellité.
A l’histoire de Jean et de Paul répond comme un écho celle de leur oncle Alexandre. Celui-ci vit aussi loin que possible de sa famille. Homosexuel libéré avant la lettre -il vit dans les années 1930- il est le "prince des gadoues", un surnom qu’il doit à son entreprise d’enlèvement des ordures ménagères. Alexandre incarne une homosexualité élitiste, hautement méprisante envers les hétérosexuels.
Les chapitres qui lui sont consacrés, où il parle à la première personne, sont souvent hauts en couleur. Il décrit sobrement ses relations clandestines, et de manière plus détaillée ses premiers émois au collège -vécu par lui comme une parenthèse enchantée avant la désolation du monde hétérosexuel- ou son amour pour le jeune Daniel. Parfois insupportable à force d’orgueil, l’insolence d’Alexandre le scandaleux et son amour de la vie le rendent en fait très attachant.
Pour Jean, l’homosexualité de son oncle est comme une incapacité à faire le deuil du jumeau qu’il n’a pas eu. La théologie catholique, souvent avec la complicité d’un prêtre également psychanalyste -Tony Anatrella- exploite ce thème afin de présenter l’homosexualité comme une incapacité à aller vers l’autre. L’autre ne pouvant bien sûr qu’être du sexe opposé, sinon on recherche en l’autre un miroir de manière immature.
Rien de tel chez Tournier, dont l’oeuvre développe une théorie assez originale sur la sexualité. Pour faire simple et dans ses propres mots : "Finalement, le rapport entre sexualité et procréation est accidentel, et c’est un accident malheureux. La solution pourrait être un érotisme qui serait complètement dégagé des voies de la procréation. En ce sens, l’homosexualité est un petit début".
On retrouve aussi dans Météores ces digressions si typiques de Tournier : sa lecture du Tour du monde en quatre vingt jours de Jules Verne, un éloge du jardin japonais, et le portrait émouvant d’un jeune handicapé mental obsédé par les calendriers.
Bref, un roman foisonnant, peint à fresque, qui vous invité à l’évasion et vous incite à réfléchir. De la littérature en fait.
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Les météores
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Une page consacrée à Michel Tournier