Résumé
Mais qui est donc Urbain Pilupe ? Si l’optimise est une vertu, sans doute pourrait-on classer Urbain parmi les vertueux. Mais s’il y a du candide en lui, il y a aussi du rebelle. Pour ce rejeton des années cinquante, le parcours sera tortueux, d’une enfance inquiète à une adolescence vagabonde en passant par l’érotisme libérateur d’une communauté Flower Power. Puis la rencontre de Lily von Stup, le travesti dont il tombera, presque par mégarde, amoureux, va bouleverser sa vie...
Un destin n’est jamais scellé. De nombreuses péripéties l’attendent encore, des sollicitations inattendues. Au final, saura-t-il refuser les compromis, tracer son propre chemin ?
Extrait
Urbain Pilupe naquit de la géométrie. Pas de chance. On sait que le cadastre est une chose sérieuse. L’enjeu consiste à ne laisser aucun pouce de terre vierge. Tout doit être mesuré, au centimètre près. Aujourd’hui, il existe des satellites, les techniques se perfectionnent. Mais en ce temps-là, le seul moyen fiable était de dérouler la chaîne, qu’il pleuve ou qu’il vente, de patauger dans la cour des fermes, de planter dans cette gadoue des jalons rouges et blancs.
Et certains, quand ils n’étaient pas d’humeur trop maussade, car la vie ici-bas est difficile, vous offraient une tasse de café, un infâme jus de chaussettes, puis vous parlaient chicanes et bornes déplacées.
Sans compter ces chiens errants qui se faisaient un plaisir de vous enlever un morceau de fesse, histoire de vous enseigner leur sens très personnel de la propriété !
Un jour, ils furent deux géomètres à venir au village. Ils sortaient d’une 4 CV grise. Ils se garèrent sur la place de l’église. C’étaient de beaux jeunes gens vigoureux et préoccupés. L’un avait le visage glabre et de belles dents, l’autre portait une barbe bien taillée. Ils installèrent leur théodolite au bord de la nationale, près de la neuvième maison. Ils se mirent sans tarder à l’ouvrage. Leurs gestes étaient précis et lents.
Cora Pilupe cousait, derrière ses rideaux. Elle le disposait que de peu de lumière. Elle s’usait les yeux, ainsi, on le lui avait souvent répété. Elle refusait d’en démordre. Elle n’entendait pas gaspiller l’électricité. Elle économisait.
Cora Pilupe n’était plus une vraie jeune fille. Les villageois la considérait comme une demoiselle réservée, très comme il faut, qui avançait en âge. Elle habitait une jolie maison à deux étages, toujours bien tenue, dont elle n’occupait que le rez-de-chaussée. Elle aimait son métier, même s’il lui rapportait à peine de quoi vivre. Elle aimait cette indépendance. Il lui arrivait de surprendre, la nuit, quand elle ne dormait pas et tendait l’oreille, provenant des pièces vides, des cris de nouveau-né. Alors son cœur se serrait, elle se massait le ventre, car tout peut arriver.
Elle prit sa décision très vite. Elle ne pouvait laisser passer sa chance. Elle n’ignorait rien de l’opinion des villageois à son sujet. Elle n’en tirait aucune fierté. Elle se leva, ouvrit la porte, et, du seuil, souhaita à ces inconnus la bienvenue : il faisait si beau temps.
Les deux géomètres l’écoutèrent sans broncher. Ils avaient l’habitude. Le mur du voisin empiétait sur son verger, prétendit Cora Pilupe, sûre de son bon droit. Le premier des jeunes gens, celui qui était si mignon, avec son visage lisse, ses joues si roses, son teint si frais, la suivit et ferma les volets. Il se nommait Gérard. Puis il reparut et, au soleil, ses joues étaient encore plus roses, son teint encore plus frais. Ainsi fut conçu urbain : les voisins vous cherchent des poux dans la tête, et l’on naît par hasard.
Ce qu’ils en pensent
Dans la plus pure tradition du roman d’apprentissage et du conte, un récit bref et dense, mené tambour battant, où tendresse et dérision, émotion et drôlerie le disputent à de plus robustes appétits.
Fiche signalétique
Titre : Les Appétits d’Urbain Pilupe
Auteur : Christian-Yves Lhostis
Maison d’édition : H&O Editions
Nombre de pages : 155 pages
Prix : 13€
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