Ah Noël ! C’est tout de même une drôle d’époque. Les villes se parent de leurs guirlandes étincellantes, les sapins envahissent les rues, l’air sent bon l’épine et le vin chaud... la musique religieuse parfois même, nous baigne un peu plus encore, dans une ambiance chaleureuse et paisible.
J’adore, j’apprécie particulièrement cette sensation d’intemporalité qui relègue les odeurs oppressantes de la pollution et l’indomptable vélocité de l’individualisme de la vie urbaine, cette impression de jeunnesse éternelle dans laquelle je retrouve un monde serein, un monde qui oublient les affres des vicissitudes malheureuses et quotidiennes, ce monde qui laisse place aux sourires et à la joie.
Le jour déclinant, j’entreprends de regagner mon foyer , encore fasciné par cet univers sublime. Dans la voiture, ma vieille automobile bruyante, je suis bercé par le nouvel opus de Zazie, que les critiques, unanimes, qualifient d’intimiste et profondément inspiré. C’est vrai qu’il est merveilleux, mais déjà, les paroles traduisent un mal-être, une étonnante mise en perspective de la gaieté forcée ! Cette impression de bien-être que nous laissons échapper malgré nos peines et nos incertitudes, parce que c’est Noël... Et par cette époque hivernale, où le brouillard incise la vie de ses nappes grises et mystérieuses, je croise des voitures... dans les fossés ! L’étincelle d’un monde serein et magnanimes s’éteint, les Fêtes de Noël supportent bien des fards...
Je me réfugie, aussitôt rentré, dans ma bibliothèque. Un livre, il faut que je lise, que je retrouve une sorte de bonheur. Je compulse les titres. La Douceur, celui-ci, il me plaît. La Douceur est un livre de Christophe HONORE. Les lettres forment des mots qui créent des phrases qui font naître une histoire, une histoire difficile, dans un style d’écriture délicat. Mais le roman est dans sa construction bien structuré et le lecteur arrive à cheminer vers la douceur de la lecture, la douceur de l’histoire, la douceur du monstrueux, la douceur de l’Amour ! La relecture s’avère tout de même presque obligée tant les détails et les subtilités de l’auteur sont parfois implicites. Mais, si le découragement ne vous a pas envahi, alors vous découvrez avec effroi et passion, l’histoire de Steven.
Steven est un garçon de 11 ans, un garçonnet qui se cherche, qui découvre sa sexualité et sa diversité sexuelle. C’est un enfant généreux, au grand coeur, un enfant manipulable, candide... attiré ou amoureux de Jérémy, un camarade qui va l’entraîner dans la beauté des relations affectives et dans l’insupportable, dans l’ineffable ! Steven apprendra à connaître son corps, découvrira ses désirs, cotoiera le sexe, les pulsions et le crime. Et quel crime ?
Les années coulent, des années que l’on souhaite cathartiques, idoines à l’oubli. Mais le passé resurgit, réminiscence rongeante, sacrifiant le bonheur, brisant les sourires. Ce passé que chacun devra comprendre... et accepter, malgré l’amour et l’horreur !
La Douceur est un roman "noir", morbide et extravagant, cru, parfois choquant. Un livre flirtant avec la métaphysique et les Idées, refoulant la censure, favorisant la libre expression de ses protagonistes... dans le bien comme dans le mal ! Mais quelles sont les normes, quelles sont les limites de l’acceptable. Par amour, sommes-nous prêts à tout ? La Douceur n’est-elle que douceur, caresse ? L’univers sémantique est ici bouleversé, les pensées se bousculent... douceur, sexe, cruauté, amitié et amour, avons-nous tous des fantasmes aussi fous ?