Je vous propose aujourd’hui un livre étonnant...
Des palissades jaunes, simples, minimalistes... espèces de murs d’enceinte inexpugnables se dressant épars autour des chantiers. Pourquoi donc établir toutes ces barrières ?
Axis était arrivé en ville il y a moins d’une semaine. Il venait livrer un radiateur, un radiateur soufflant le froid ! Quelques jours s’étaient déjà écoulés et pourtant, il percevait l’indicible, il comprenait le pouvoir d’attraction de cette ville, une agglomération aux confins mouvants, à la situation changeante à chaque lever de l’astre lumineux. Aussi, à l’aube naissante, de nouvelles palissades apparaissaient... et la ville, irrésistiblement, se refermait sur elle-même, comme l’hérisson se pelotonne, se protégeant des regards, assassinant les ouvertures sur l’extérieur.
Tout le monde ici se connaît, même les étrangers... Bizarre ! Une étrange impression de déjà vu, de déjà vécu plane dans l’atmosphère, baignant sans cesse les habitants. Les réminiscences sont omniprésentes, implicites, absorbant les esprits, préoccupant les sens, susurrant une anxiété latente et profonde. Faut-il réfléchir ? Axis doit-il tenter d’élucider ces mystères ? Dans cette agglomération recluse, vivant en autarcie, le déterminisme semble régner, majestueux, rebelle, transcendant.
Axis, croise peu de monde. Les habitants se fondent le long des murs. Il y a bien ces deux péripatéticiennes, ce vieux couple qui goûte la débauche mais se pare de strass, le réceptionniste de l’hôtel qui curieusement écrit une chronique en temps réel... mais c’est surtout la présence de Bresel qui enivre la vie d’Axis. Bresel est un jeune accordéoniste arrivé en ville quelques temps seulement avant Axis. Il est beau, il a dans en lui cette candeur de l’enfance et ce caractère déterminé et provocateur de l’adolescent... Il dégage un magnétisme époustouflant, accentué davantage encore par la mélodie qu’il tire de son instrument : une sorte de complainte monotone et mélancolique... une valse triste qu’Axis semble connaître... Les paroles ne sont alors guère nécessaires pour communiquer, et peu à peu, comme ensorcelé, Axis se laisse séduire, oubliant sa femme et sa fille, oubliant sa vie hors de cette ville où foisonnent les palissades jaunes, le jaune, la couleur du malaise !
L’agglomération continue, au fil des pages de se replier sur elle-même, les espaces se restreignent... Le huis clos que l’auteur nous propose devient obsessionnel. Axis a-t-il le droit d’aimer Bresel, en a-t-il le temps ?
Le neuvième jour, Bresel est mort, assassiné... Axis est emprisonné. « Je dis tu à tous ceux que j’aime ». Tiens, il y a comme une tache de sang après le tu ! Que s’est-il passé cette nuit-là ? Qui a tué Bresel ?
Olivier SILLING, l’auteur, nous offre, dans son ouvrage, un huis clos passionnant, captivant... Le suspens est présent et l’approfondissement des caractères psychologiques des personnages ajoute une dose supplémentaire de réflexion. Nous trépidons... Et ces palissades jaunes qui pullulent, et ces quelques habitants qui sont décris au cours de l’histoire ? Qui est responsable ? L’envie, le désir de savoir, la volonté de vérité nous envahit... La dernière nuit se révèle enfin... quand le brouillard de la Slibe s’évapore.
Je dis tue à tous ceux que j’aime, un livre d’Olivier SILLING
193 pages, aux Editions H&O
Prix : 16€