Guillaume Dustan est amoureux de Nicolas Pages, écrivain rencontré lors d’une séance de dédicace. L’auteur-narrateur se lance alors dans une histoire d’amour quasi à sens unique. Le moment pour lui de revenir sur sa vie, ses amours, ses emmerdes. Il parle de sa vie nocturne, de son passé d’énarque, de sa haine pour son père, de ce qu’il mange, de la drogue qu’il prend...
Lire Dustan
Surtout ne pas mourir idiot. Et ne pas critiquer quelqu’un qu’on a pas lu. Donc le lire pour savoir ce que soi-même, sans prêter l’oreille à la rumeur médiatique, on aura envie d’en dire. Dépasser donc l’image provoc, l’apologie du nokapote, la perruque blonde, bref tout ce qui fait le personnage pour ne s’intéresser qu’à l’auteur.
Qu’est-ce qui reste alors ? Une écriture au fil de la plume, des menus de célibataire tristes comme un restau U et une suite de remarques réactionnaires à faire dresser les cheveux sur la tête. Dustan avoue son "côté Le Pen" devant la brasserie de Pigalle devenue un bar vietnamien, crache des généralités diptérosodomisatrices sur les intellos, se prononce pour l’eugénisme... Et j’en oublie.
Tout au long d’un livre où il fait tout pour se rendre détestable, Dustan gémit sur le manque d’amour qu’on lui porte. Le fait de se prendre pour un grand écrivain, alors qu’il n’est qu’un mauvais imitateur d’Hervé Guibert, tout en crachant sur Perec et sur Proust, n’arrange rien.
Pour rallonger la sauce -plus de cinq cent pages en poche tout de même-, Dustan utiliser la même technique que pour se nourrir : il réchauffe des restes. Brouillons d’articles, morceaux de romans inachevés et même transcription du cahier tenu par sa grand-mère en maison de retraite, Dustan recycle.
Guillaume Dustan reproche à la littérature française de "bien écrire au lieu d’écrire sa vie." Au moins est-il logique en n’accordant aucune attention au style et en racontant sa vie.
Le personnage Dustan
Il voudrait bien nous faire croire, Guillaume, que sa personne est essentielle en politique et en littérature. Comme il nous l’impose et que lui seul en jouit, on se dit qu’il est plutôt, et sûrement, indispensable sur la scène people. Justement, son Nicolas Pages est un parfait condensé de ses célèbres plaisir cyniques.
Pour rappel, Dustan est le « Moi, personnellement, je... » qui se veut de Guibert (il a beau revendiquer Les Chiens [les autres ne l’intéressent pas], son « porno » est complètement à côté du sublime d’Hervé), l’emmerdeur sur les plateaux télévisés, l’emperruqué cul-nu pour le public... cette liste n’étant pas exhaustive. En outre, il prône un niklapolitik, ses opinions étant plutôt indécises : nouvellement Vert pour une raison bien précise, coco des sens, et plus extrême « pour le fun » que d’âme (en fait, Houellebecq est meilleur), il rêve peut-être bien d’Act Up ou des Spice Girls au pouvoir... Passons.
Touchant finalement
Ce n’est pas parce qu’il crache sur l’Oulipo que Dustan ne prend pas son pied à s’amuser avec la littérature : en jouant sur les mots, les sonorités, et surtout, en rendant justement à l’« obscène » son caractère, non pas vulgaire, mais ludique. C’est drôle et désespéré, comme l’épitaphe d’un artiste préfabriqué par des influences qu’il ne maîtrise pas : Guibert, bien sûr. Mais Dustan n’est pas Guibert, Dustan est laid et raté, vide puisqu’il construit son style en faisant de la purée avec celui des autres, plus gratuit et plus pitoyable dans sa provocation entêtée, encore plus adolescent. Mais très intelligent.
Dustan, on l’aura compris, est le pionnier d’une écriture pop (Nicolas Pages en est le meilleur exemple), premier sur la branchouille (mais pas n’importe laquelle : gaiement prononcée pour épater les hétéros, avec naturel, en cachant ses intentions, et avec suffisamment de trips bien à lui pour choquer). Mais la où Virginie Despentes joue la chienne savante et supplie de minables « Baise-moi » avant de faire bon usage de ce qu’on nomme très justement le « trou de balles », Dustan encaisse, chiale et devient vraiment touchant. Sans pour autant oublier l’effet pervers recherché (« Aie pitié de moi, Nicolas ! »), quand le maquillage coule, ça donne de très belles déclarations telles que ce Nicolas Pages, formidable journal intime fourre-tout où l’on découvre tour à tour un Guillaume le conquérant sexuel strass & paillettes, et un Dustan édulcoré dans les décombres de sa misère pourrissante.
C’est de la confession sans risque (autofiction oblige), et non pas de l’impudeur, mais l’échec de cette entreprise aux pieds de Pages reste un aveu non dépourvu de mérite.
Et l’on sait Nicolas Pages, ce bellâtre bien plus discret même si pas moins raisonnable que son compère, mille fois plus doué que lui, simplement en trois livres... Finalement, on le comprend, Dustan.
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Nicolas Pages
Génie divin