Quatrième partie
Quelques années passent encore et sort en 1999 le dernier album connu à ce jour, « Innamoramento ». Toujours suivi par son public Mylène resplendit de positivité. Certains noteront pourtant dans les titres des deux derniers albums le son mort qui ressort d’anoMORphosée et d’innoMORamento, bien que les racines de ces mots n’aient rien à voir...
Le livret qui accompagne le CD commence par une citation de Francesco Alberoni : « L’amour naissant, l’innamoramento italien. L’étincelle dans la grisaille quotidienne. Le bonheur mêlé d’inquiétude parce qu’on ignore si ce sentiment est partagé. Un état transitoire qui débouche parfois sur l’amour. Un phénomène comparable aux mouvements collectifs révolutionnaires ».
Chaque communauté peut se reconnaître dans ces mouvements révolutionnaires, on pourrait penser à la Gay Pride qui chaque année nous permet de signifier que l’on existe, que l’on est là, et non pas par esprit révolutionnaire juste par esprit de revendication, juste pour se dire que l’on peut faire parti du processus qui changera le monde.
Cet album, je le qualifierai d’aérien, non content parce que sur la pochette elle est perchée sur une cage au-dessus de l’eau (il y a quelques années on l’aurait plus volontiers vue dedans) et sur les produits dérivés du concert, elle est sur une échelle mais aussi parce que l’on dirait qu’elle a enfin appris à regarder vers le haut et malgré les doutes et questions toujours présents, elle sait à présent regarder les choses avec plus de philosophie, de maturité, d’acceptation...
Dans le premier extrait de cet album « L’âme stram gram » on la découvre pour les besoins du clip filmée par le réalisateur de « Histoires de fantômes chinois », elle aura souvent travaillé avec de grands réalisateurs, comme si faire un film était un peu son but caché mais que l’échec cuisant de « Giorgino », le seul film qu’elle ait fait, avec Laurent Boutonnat comme réalisateur, et qui sort en 1994 lui passe l’envie de refaire du cinéma et elle ne s’est pour l’instant pas risquée à nouveau à cela. Aussi elle se « contente » de Besson, de Ferrara...autant de cinéastes avertis pour la mettre en avant, ce qui marche très bien.
Dans le clip de « L’âme stram gram » elle côtoie encore le côté ambigu avec lequel elle joue depuis toujours, elle est deux, elle et sa sœur jumelle d’invention, on remercie le progrès technologique ! Et la fusion entre ces deux sœurs est vraiment touchante, se rejoignant jusqu’au bout de ce que peut leur donner la vie.
Les idées qu’elle aborde ici sont toujours plus ou moins les mêmes, de l’amour inconditionnel, de la perte d’un être aimé, de la vieillesse qui arrivera, à la chanson plus engagée. Elle commence à poser ses jalons en tant que compositeur et crée 5 des musiques de l’album. C’est l’album qui me semble le plus fini, comme si elle venait nous conter la fin de l’histoire, d’un mal qu’elle nous a raconté depuis le premier album quand elle a commencé à prendre la plume.
Dans cet album, elle semble faire une révélation, dans la chanson « Optimistique-moi », chanson qui parle une nouvelle fois d’amour mais qui semble y mêler autre chose, la compréhension du passé par l’autre, et le passé dont elle parle ici est lourd de sens dans ma compréhension de la chanson, je laisse à votre interprétation une histoire d’amour cassante et l’idée du père... : « Tu te fous de mes ténèbres, comme de tout et comme du reste...C’est ça le temps qui passe « fais fi des signes du ciel du ciel seuls les faits sont ton bréviaire... » c’est ça le temps qui passe, tu dis « assez des histoires, ton passé est préhistoire... »c’est ça l’amour, c’est quoi l’amour ? Crucifie-moi Ponce Pilate, noie-toi dans l’eau écarlate, l’amour est loin ; papa était plus malin, quand il disait tout bas : « petit bouton de rose, aux pétales humides, un baiser je dépose » optimistique-moi, papa, optimistique-moi, quand j’ai froid... ».
Elle fera fort pour les clips de cet album, puisque celui de « Je te rends ton amour » sera censuré dès sa sortie et interdit de diffusion avant une heure avancée de la nuit, certes, nous pouvons y voir Mylène se rouler dans une marre de sang au beau milieu d’une église... Encore aujourd’hui on ne touche pas impunément aux institutions établies, on se souvient également du clip polémique de Madonna « Like a prayer » qui date d’il y a une dizaine d’années, dans lequel elle embrassait un Jésus sur sa croix dans une église.
Afin de satisfaire son public, le nécessaire sera fait afin que tout le monde puisse trouver le clip dans le commerce quelques jours après sa censure, on pourrait dire qu’elle aura encore voulu jouer de notre portefeuille mais sachant que tous les bénéfices ont été intégralement reversés au Sidaction, on ne peut que s’incliner devant la lutte contre la censure.
Ce n’est pourtant pas la première fois que Mylène participe à une action contre le sida, dans les années 90 elle contribue à une compilation d’artistes Urgence contre le sida en faveur de la lutte contre le sida, dans un premier temps, elle leur propose la chanson « Que mon cœur lâche » qui jugée trop violente, lui est refusée, le clip signé Besson, envoie une Mylène ange sur terre qui va constater tout ce qu’il s’y passe, on a d’ailleurs bien l’impression de se balader dans un back room, tout style de couples se mélangent là.
Les paroles de « Que mon cœur lâche » sont effectivement pimentées : « Bien trop brutal L’amalgame La danse des corps L’amour à mort Amour poison Collision La peur s’abat Sur nos ébats Toi entre nous Caoutchouc Tu t’insinues Dans nos amours C’est pas facile Le plaisir Apprivoiser Ton corps glacé Que mon cœur lâche Mes rêves d’amour excentriques N’ont plus leur strass Mon stress d’amour est si triste Que mon cœur lâche Mais fais-moi mal Abuse des liens et des lys Les temps sont lâches L’amour a mal Les temps sont amour plastique Quel mauvais ange Se dérange Pour crucifier Mes libertés Moi pauvre diable J’ai si mal Vertige d’amour, amour blessé. »
Elle proposera alors une chanson plus vieille, « Dernier sourire », qui est à broyer le ventre de n’importe qui l’écoutant et ayant déjà perdu quelqu’un de cher : « Sentir ton corps, tout ton être, qui se tord, souriant de douleur, sentir ton heure, poindre au cœur, d’une chambre, qui bannit le mot tendre, sentir ta foi, qui se dérobe, à chaque fois que tu sembles comprendre, parles moi encore, si tu t’endors, si c’est ton souhait je peux t’accompagner, qui te condamne, au nom de qui, mais qui s’acharne, à souffler tes bougies ? Est-ce te mentir ? Est-ce te trahir ? Si je t’invente des lendemains qui chantent, vois-tu le noir au fond de ce tunnel ? Sais-tu l’espoir quand jaillit la lumière, ton souvenir, ne cessera jamais de remuer ton couteau dans ma plaie. »
Je vous laisse imaginer l’ambiance de cette chanson en concert, beaucoup de larmes, et pas que celles de la chanteuse...
Voilà mon tour d’horizon de la carrière de Mylène Farmer, j’ai sûrement oublié des évènements, des paroles, des choses importantes, mais les plus essentielles pour moi sont là.
Depuis la tournée d’Innamoramento, nous avons eu droit à une compilation (la seconde !) nous gratifiant de trois inédits, et depuis quatre ans nous attendons un nouvel album, en gros des nouvelles fraîches d’un devenir qui intrigue, qui questionne, qui plait ou qui ne plait pas, mais qui passionne. Etre en devenir, devenir un être...
Photos
Galerie (certaines des photos sont extraites des sites cités)
La galerie Photos Mylène farmer
La suite du dossier prochainement, en attendant vous pouvez surfer sur les sites suivants.
Les articles du dossier :
Mylène Farmer : Les débuts
Mylène Farmer : 1986-1988
Mylène Farmer : Années 90
Mylène Farmer : Au tournant du millénaire
Liens
Quelques sites Internet de référence sur l’artiste :
http://www.mylene.net
http://www.mylene-art.com
http://www.mylene-farmer.biz
http://www.ame-stram-gram.com