Quelques temps plus tard, dans l’émission animée par la transsexuelle à la mode Thomas-Eve Line (nous précisons pour le lecteur qui n’est pas au courant de l’ensemble des particularités de l’époque que les transsexuels s’affirmaient au moyen d’un prénom composé avec un prénom masculin et un féminin). Cette émission était à la recherche du dernier ragot colportable, traquait le fait qui déclencherait la stupeur d’un public imbécile représentatif de la population. Cela fonctionnait si bien que l’animatrice inondait les journaux de sa présence, que ses shows avilissants étaient annoncés avec moult publicités et qu’entre la constipation passagère du boa et les derniers tours de magie pitoyables d’artistes en fin de carrière qui revivait leur heure de gloire sous des applaudissements enregistrés, elle décida de parler du coming out (hétérosexuel). Elle réussit à faire venir un hétérosexuel qui témoignait à visage couvert. Elle les fit entrer sous les huées de quelques spectateurs et les applaudissements d’autres.
Thomas-Eve Line : « Bonjour Jacques, vous avez 42 ans, vous occupez une fonction assez importante dans une grande société et vous êtes hétérosexuel. Nous vous remercions de bien avoir accepté notre invitation. » L’animatrice tendait alors le micro à quelqu’un du public :
« Bonjour, je m’appelle Adrienne. Je voudrais juste savoir comment est-ce que vous pouvez éprouver du désir pour une femme, avoir envie de la pénétrer. C’est écœurant vous ne trouvez pas ! Pourquoi ne pas enfin admettre ce que tout le monde pense et vous faire soigner ? »
Jacques : « Le désir est quelque chose de très compliqué madame. Savez-vous vous-même pourquoi vous préférez les femmes ? Et pourquoi une femme aurait le droit de désirer une autre femme et pas un homme ? » Une partie du public sifflait, une autre applaudissait, l’animatrice tendant un sourire angélique pour réclamer le silence. Elle reprit :
« Mais, justement, avez-vous essayé de changer ? » « Non. » « Pourquoi ? Ce ne serait pas plus simple ? » « Parce que je suis un homme libre, que je fais du bien à mes partenaires, que je les rend heureuses, que je trouve du bonheur et du plaisir et que je ne vois pas au nom de quoi vous auriez le droit de me faire changer. »
L’animatrice tendait le micro à un autre invité :
« Je me présente, je m’appelle Henri et je voudrais bien réussir ma vie. Et je pense qu’être hétérosexuel aujourd’hui, c’est se barrer la route ! Je n’ai rien contre vous contre les hétérosexuels mais il y a tellement de gens haineux, malintentionnés que ça ne vaut pas le coup ! Et je ne comprends pas pourquoi justement vous ne faites pas cette concession. »
Jacques : « Parce que c’est mon identité, je suis hétérosexuel. »
L’animatrice : « Alors, j’appelle maintenant Anthony qui à 22 ans a décidé de vivre au grand jour son hétérosexualité. » Et ledit Anthony sous le regard médusé de la plupart des spectateurs. « Alors, Anthony, ça va ? »
Anthony : « Parfaitement ! Elle est pas mal votre maquilleuse, je lui aurais bien mis une cartouche ! »
L’animatrice : « Nous sommes dans une émission grand public exceptionnellement en direct , Anthony, modérez vos propos ! »
Anthony : « Arrêtez votre hypocrisie ! Ne me faites pas croire que les homos ne pensent pas autant que les hétéros au sexe. Simplement, moi j’ai pas honte de lui dire ! Le sexe, c’est génial ! » Suivaient les huées du public, calmées par l’animatrice heureuse de tenir là un specimen se prêtant si volontiers à la caricature. Anthony, revigoré par tant de haine, pérorait sous un large sourire.
L’animatrice : « Comment l’ont pris vos proches, votre famille, vos parents ? »
Anthony : « Mes parents, je ne les vois plus depuis des années, je ne suis plus un fils, je suis un hétérosexuel. Mes amis ne m’ont pas tous lâché heureusement, je vis de petits boulots. Quand j’ai réalisé mon hétérosexualité, je l’ai dit à tout le monde. J’avais une copine alors. Un de mes pères m’a dit : « je te présente le fils de Paul et Stéphane, vous allez passer les vacances ensemble et vous avez intérêt à baiser compris. Ensuite, on vous fiance et après vous ferez ce que vous voudrez. » Le fils de Paul et Stéphane était un garçon très bien élevé mais coincé. Ces papas espéraient le décoincer en lui faisant passer une semaine avec moi. Mes papas à moi me donnaient une proie facile, mais je n’en avais pas envie ! C’est une fille que je voulais. Du coup, on a passé avec le fils de Paul et Stéphane une super semaine, lui dans ses livres, moi avec les filles. Le malheureux, on l’a pris pour un hétéro car il avait passé une semaine avec moi. Mais enfin il s’est marié avec François le fils de Jeanne et Florence. Au passage, François est un impuissant notoire. Enfin, voilà ma vie ! »
L’animatrice laissait la parole à un spectateur : « Vous ne pensez pas que vous pourriez aller voir dans un centre pour vous soigner et vous réconcilier avec vos parents qui doivent vous aimer ? »
Anthony : « S’ils m’aiment, ils n’avaient qu’à pas me jeter à la porte quand ils l’ont fait ! » Le public huait et l’animatrice concluait :
« Ce sera le mot de la fin. A tout de suite pour la seconde partie de notre émission consacré aux problèmes d’impuissance chez les hommes. »