Le reportage justement, nous allons y revenir un peu plus longuement.
La voix off : "Vendredi soir, près du boulevard S. dans le XVIème arrondissement à Paris, quartier notoirement connu pour sa faune hétérosexuelle".
On voyait des policiers de la brigade des moeurs nous amener dans un parking un vendredi soir. Silence pesant.
Un officier de police à voix basse : "Vous voyez, ici. Et bien régulièrement, on trouve des hétéros qui baisent entre deux voitures. Comme ça, comme si c’était normal. Et puis, ils ne sont pas gênés en plus."
Au loin, des petits cris étouffés. Les policiers font des gestes pour préparer l’interpellation. La caméra n’en perd pas une miette. Arme à la main, les policiers encerclent les deux victimes et les saisissent. La caméra se hasardent un instant sur les corps dénudés des deux êtres, corps qu’elle voilera à l’antenne pour ne pas choquer comme l’on dit. Ils ont une vingtaine d’années, baissent la tête, maugréent après la caméra. Ils supplient humblement la caméra de ne pas les filmer. Passage coupé au montage, on ne peut pas tout montrer. Les deux policiers jubilent.
L’un d’eux reprend : "Et c’est comme ça tous les vendredis et samedis soirs. Là, il n’y avait que deux hétérosexuels, mais des fois, ils font ça à plusieurs, à trois quatre, en meute."
La voix off : "Changement de décor. Tous les hétérosexuels n’ont pas des rapports sexuels dans des parkings. Ils passent aussi pas des hôtels spécialisés. En voici un. Nous utilisons une caméra caché de peur d’être repéré."
L’hôtel est plutôt spartiate s’adressant de toute évidence à des gens de modestes revenus. Le journaliste a choisi de laisser traîner en fond des petits cris qui semblent provenir des étages au dessus, autant de présomptions pernicieusement juxtaposées.
Le journaliste : "Bonjour monsieur. Est-ce que je peux réserver une chambre pour 2 heures avec cette dame ?"
L’hôtelier : "Comme vous voulez ! J’ai de la place. C’est 300 francs."
Le journaliste : "Mais, il y a beaucoup de gens qui vous font la même demande que nous. Je craignais que l’on ne nous pose des tonnes de questions."
L’hôtelier : "Vous savez, les gens font ce qu’ils veulent. Moi, je ne me mêle pas de leur vie."
La voix off : "N’ayant pu en tirer plus, nous nous rendons aux syndicats des hôtels. Nous obtenons un rendez-vous avec le secrétaire général de ce syndicat."
Le journaliste : "Existe-t-il à votre connaissance ou non des hôtels servant de maison de passe pour les hétrosexuels ?"
Le secrétaire général : "Oui, nous sommes au courant, on essaye de juguler ce phénomène en dressant des listes d’hôtels posant des problèmes à ce niveau. Nous commençons par les avertir et si les problèmes persistent, nous en informons la police."
On revient en plateau brusquement. Silence grave de la présentatrice qui reprend sa mine contrite. La caméra s’attarde sur les visages indignés des débatteurs.