Il advint que quelques personnes finirent par clamer leur hétérosexualité, montrant qu’elles n’étaient pas si terrible ou si débauchée qu’on voulait bien le faire croire. Une ou deux célébrités en fin de carrière touchèrent miraculeusement quelques âmes sensibles.
A la télé, on eut un débat sur l’hétérosexualité. Nous le relatons ici avec quelques détails pour faire sentir l’ambiance dans laquelle se tenait ce débat. Elle était diffusée à une heure de grande écoute dans une émission grand public. Elle réunissait :
Jacques S., représentant de l’Association des Parents Responsables (APR), association qui avait toujours été très critique avec les parents hétérosexuels.
Paul D., député bisexuel dont un certain penchant vers l’hétérosexualité avait été révélé par des hétérosexuels militants lui reprochant son hétérophobie.
Henri M., médecin qui affirmait que l’hétérosexualité était aussi dangereuse que contagieuse.
Mathilde F., ministre de la famille connue pour ces positions conservatrices. Les mauvaises langues raillant son physique peu avantageux la qualifiait de monosexuel.
Jeanne K., chanteuse populaire ayant il y a peu dévoué son hétérosexualité.
Françoise H., mère d’un jeune hétérosexuel qui préfèrera parler à visage couvert de peur de représailles.
La présentatrice commença avec le ton grave qui sied à l’hypocrisie comme de coutume dans ces émissions :
La présentatrice : "Bonjour, mesdames et messieurs. Ce soir, nous allons parler d’un problème qui vous concerne tous : l’hétérosexualité. Vous allez dire : ça ne peut pas arriver chez moi. Non, pas mon enfant. Il a été bien éduqué. Vous avez même peut-être déjà arrangé les fiançailles, alors qu’il traîne le soir dans le XVIème. Je voudrais commencer par Françoise H.. Elle cache son visage pour des raisons que vous comprendrez tous. Françoise, comment avez-vous découvert l’hétérosexualité de votre enfant ?"
Françoise H. : "Ca a été long. Il a été par ailleurs, je veux le dire un fils parfait. Il est très travailleur, va avoir une belle situation et je ne veux pas que ces histoires sordides ne gâchent une prometteuse carrière. Vers 15 ans, à l’âge où l’on fréquente toujours un garçon en l’embrassant en douce, quand on croit le regard des parents ailleurs, il était très sociable mais n’avait pas de petit copain. Je pensais qu’il était solitaire. Et puis, vers 16 ans, il a commencé à mal s’habiller. Il s’installait devant les matchs de foot avec des bières, rôtait comme un hétéro. J’ai pris très peur. J’ai renouvelé sa garde robe avec des tee-shirt "I’m not gay but my boyfriend is". Mais, il ne les portait pas. Il s’excluait au fur et à mesure des autres garçons. Je sais même qu’un gros lui a fait des avances qu’il a brutalement rejeté. Enfin, j’ai eu la certitude de son hétérosexualité, un jour où je l’ai vu surfé sur un site hétérosexuel. Je n’ai rien dit à ma femme qui l’aurait probablement rejetté." Elle explose en larmes.
La présentatrice : "Je comprends, je comprends... Et vous lui en avez parlé ?"
Françoise H. : "Oui, mais il s’est muré dans son silence. Il refuse d’en parler. Vous comprenez : notre unique enfant. Nous qui rêvions d’être grand-mère. Nous n’aurons jamais d’êtres à serrer dans nos bras. Ou alors, nous aurons une ribambelle de macaques qu’ils traîneront derrière eux clandestinement. Je ne veux pas de ça, vous comprenez ?"
La présentatrice : "Oui je comprends."