La lettre qui va suivre va démontrer que l’homophobie est parfaitement ancrée dans notre société. Tellement habitué à la côtoyer qu’on finit même par ne plus lui prêter attention même lorsque nous en sommes une des principales victimes. Je parle ici de résignation.
Récemment, dans mon école, je tairais le nom pour éviter de lui faire de la pub, un élan d’homophobie a été matérialisé par un article diffusé auprès de tous les élèves de l’école dans le torchon (Pardon journal) de cette même école.
Cette article été la suite logique d’une série d’articles « marrants » sur les aventures d’un petit chat, mais visiblement cette fois ci le chat s’était transformé en trois personnages. Ces trois personnages profitaient de leur aventure pour se mettre des battes de base-balls dans l’anus, se lécher le derrière comme des canins... Bref, un bonheur de lecture surtout quand vous êtes le héros de cette histoire malgré vous.
Je ne parle pas d’homophobie à la légère ici mais réellement d’un portrait de la communauté Gay auquel on essaie tous d’échapper. Il fallait sûrement employer une lecture au 2ème voire 2000ène degré pour pouvoir apprécier l’humour de cet article où peut-être posséder le Q.I d’une huître pour en comprendre la quintessence. Bref, le record de cliché a sûrement été battu avec ce chef d’œuvre et cela remettait en cause toute les belles idée naïves que je me faisais de mon école, surtout que l’article en question a été lu par le directeur de l’école qui permettait ainsi sa diffusion. Les directeurs des écoles d’ingénieurs sont-ils encore illettrés ? Je me suis posé plein de questions, nous étions très peu à comprendre l’impact de ce genre d’article. L’homophobie ne produit pas seulement des morts, c’est sûr qu’il y a homophobie et surtout crime lorsque des Saoudiens sont tués à cause de préceptes débiles, mais on parle aussi d’homophobie lorsque nous subissons les pressions extérieurs dues a des paroles qui font toujours mal…
Donc, en ayant averti d’une part le directeur et d’autre part les responsables du journal en question, il s’est avéré qu’ils n’avaient pas pris « conscience de l’importance à leur yeux de cette article, jugé pas drôle mais sûrement pas homophobe, ayant fait lire cet article à un public plus averti (mûr et extérieur à l’école) j’ai pu être rassuré, je n’étais pas parano ! La suite la voici….
Article diffusé auprès des élèves….
MOTS SUR MAUX
On ne peut jamais revenir sur ce qui est dit ou surtout écrit. Ce n’ est donc pas l’objet de cette lettre. On peut juste tenter d’éclairer les faits. Un article paru dans le Journal de janvier 2002 a eu, du fait même de sa présence sur un tel support, une portée que nous n’avions pas anticipée. Cet article a heurté un grand nombre. Vous nous en avez fait part. La réponse mérite d’ être diffusée autant que l’a été cet article :
Nous voudrions rappeler qu’en choisissant la responsabilité de la rédaction de ce journal, nous entendions garder un esprit plutôt sympathique et premier degré. Mais qu’en aucun cas ce ne soit aux dépends d’autrui. Nous pensons qu’il n’y a rien de pire que des étiquettes qui s’immiscent subrepticement dans les esprits sous la forme la plus anodine et innocente, mais qui ont le pouvoir de changer le regard de beaucoup. La rumeur est pernicieuse, car la démentir peut encore la renforcer. Aussi, sans vouloir tomber dans cet autre piège, nous souhaitons préciser que dans l’idée de l’ auteur il n’était question que de plaisanteries sans suggérer plus que cela. C’est ce que nous y avions vu avec un manque grave de discernement, faute d’ une vigilance suffisante. Nous reconnaissons, en cela, notre responsabilité.
C’est pourquoi nous nous excusons publiquement auprès de toutes les personnes que nous avons blessées et déçues. Cela ne suffira certainement pas, mais les moyens que nous avons ne sont que du papier et notre sincérité.
Sérieusement, l’impact de cette lettre, d’ailleurs très bien écrite, a révélé que le public avait trop peu de connaissance de notre monde, ce qu’il ne lui permettait pas d’avoir le recul nécessaire afin de comprendre l’impact et l’enjeu induit par leur propos qui même pris « au premier degré avec un esprit plutôt sympathique » nous faisait penser à d’autre chose de beaucoup moins sympathique. Le pire c’est qu’à longueur d’année et dans les journaux beaucoup plus sérieux, ceux qui parlent de nous sont souvent étrangers à notre vie.