Le 5 juin 2004, Noël Mamère a marié un couple de gays. Et un autre maire français a annoncé qu’il ferait la même chose le 24 juillet... Le débat sur le mariage entre homos fait rage, en ce moment. Comment en est-on arrivé là ? Petit retour en arrière.
À la mi-mars, des personnalités publient dans Le Monde un manifeste pour l’égalité des droits, le mariage homo et l’adoption par des couples gays ou lesbiens. Fin avril, plusieurs maires tiennent une conférence de presse à Paris en annonçant qu’ils sont prêts à célébrer des mariages homos si on le leur demandait. Un peu plus tard, Noël Mamère précise qu’il va d’ailleurs marier deux gays. Depuis, les réactions ont été nombreuses.
Jack Lang a été l’un des premiers à se déclarer pour le mariage entre personnes du même sexe. Il a été suivi par Delanoë, Strauss-Kahn, et même par quelques (rares) élus de droite. Mais les critiques ont été nombreuses aussi, et l’actuel ministre de la Justice ne veut pas entendre parler de mariage gay...
Soit, chacun peut avoir ses opinions, mais Dominique Perben a l’air un peu à côté de la plaque. Démonstration : il veut avant tout interdire l’homophobie. Très bien, mais... refuser aux couples gays et lesbiens certains droits accordés aux couples hétéros, il appelle ça comment ? Ensuite, il prétend que le Code civil français est très clair : le mariage serait exclusivement l’union d’un homme et d’une femme. Les partisans du mariage gay et lesbien ont justement joué sur le Code civil : celui-ci ne dit pas clairement que le mariage doit avoir lieu entre deux personnes de sexe opposé ; cela dit, il est vrai que quelques articles parlent de l’« époux » ou du « mari » et de sa « femme »... Toujours est-il que des députés de droite (dont Christine Boutin) ont déjà déposé des propositions de loi pour « sécuriser » le mariage. Si celui-ci était vraiment défini clairement, de telles propositions auraient-elles été déposées ?
Ensuite, Perben parle de la « jurisprudence » française. Il est vrai qu’un mariage considéré comme « homosexuel » (en fait, l’un des partenaires était trans) avait été rejeté... mais c’était lorsque l’homosexualité était encore criminalisée ! Il était donc clair qu’on n’allait pas autoriser une telle union... Notre bon garde des Sceaux cite encore les droits de l’homme : « À partir de l’âge nubile, l’homme et la femme ont le droit de se marier et de fonder une famille. » Selon lui, cet article est très clair : l’homme et la femme ne peuvent se marier que l’un avec l’autre. Visiblement, Perben n’est pas très bon (ou plutôt il ne veut pas l’être) en analyse grammaticale : un élève de collège aurait compris que le pronom « se » n’est pas forcément réciproque (la phrase n’est pas « l’homme et la femme ont le droit de se prendre pour époux »...). Et puis Perben a dit que Noël Mamère n’aurait pas gain de cause à la Cour européenne des droits de l’homme (car le maire de Bègles a bien indiqué qu’il y déposerait un recours au besoin). Perben prétend cela parce que la même cour avait débouté deux homos qui voulaient adopter un enfant mais qui n’y avaient pas été autorisés... Seulement, il oublie que, pour la cour européenne, le mariage n’a rien à voir avec l’adoption. Le Parlement européen a d’ailleurs même déjà « suggéré » aux États membres qui ne l’avaient pas fait d’autoriser le mariage gay et lesbien...
Le Parti socialiste a annoncé qu’il est pour le mariage homo, mais plusieurs socialistes ne sont pas de cet avis : Ségolène Royal, Lionel Jospin... En fin de compte, la plupart sont réservés. Il reste tout de même Dominique Strauss-Kahn, Jack Lang et Bertrand Delanoë, qui sont pour, et le disent haut et fort. Quant aux Verts, ils ont annoncé qu’ils déposeraient « dès le 6 juin » une proposition de loi pour « définir plus clairement » le mariage si celui de la veille devait devenir nul.
Bref, les passions s’enflamment... Ce qui est amusant, c’est que, pendant ce temps, plusieurs événements ont eu lieu : le premier mariage gay a eu lieu au Québec, l’Espagne a annoncé que le mariage homo serait possible avant la fin de l’année.
Bien sûr, si on compare la situation en France à celle de l’Arabie saoudite, on se dit qu’ici on est bien loti. Mais, dans un même temps, on pense à tous les « sales pédés, sales gouines » qu’on entend quotidiennement, et aux droits que les gays et les lesbiennes n’ont toujours pas.
Certains pensent que le mariage est quelque chose de réac’, de bourgeois... bref, ce ne serait pas compatible avec la Gay Pride (car, évidemment, nous sommes des clowns qui écoutent de la techno à longueur de journée, c’est bien connu !). On peut penser que le mariage, effectivement, est dépassé. Dans ce cas, pourquoi ne pas améliorer le PaCS et supprimer carrément le mariage ? Aïe...