Commencée en 1996 à l’initiative d’étudiants de Virginie, cette manifestation a pris de l’ampleur d’année en année jusqu’à devenir un événement national. Cette année - le 21 avril - il a rassemblé environ 300000 étudiants et lycéens dans environ 3000 établissements américains.
Après avoir recueilli les témoignages de deux étudiants français qui ont participé à l’événement dans l’université Wesleyan au Nebraska Journée du Silence aux États-Unis , nous avons interrogé Tyler E. Richard, le président de Plains Pride, l’association étudiante qui organisait l’événement sur le campus.
Combien d’étudiants participent à vos activités ? Parmi les participants, y a-t-il des étudiants non GLBT(*) ?
Plus de cinquante personnes sur le campus ont participé à cette journée d’action : surtout des étudiants, mais aussi des membres du personnel et des professeurs. Cela inclut une large proportion d’étudiants non gay. Beaucoup des défenseurs les plus acharnés de l’égalité de sexe et de genre sont ceux que nous appelons des « alliés », c’est-à-dire des personnes non GLBT qui soutiennent les GLBT.
Quand et comment l’organisation Plains Pride a-t-elle été créée ? Comment a-t-elle été accueillie sur le campus ?
Un groupe d’étudiants s’occupant des questions GLBT existe depuis le début des années 80 sur le campus de Wesleyan. Plains Pride est enfin devenue une association étudiante reconnue par l’université en 1998, fruit d’une lutte assez acharnée : l’étudiant qui a proposé de faire de Plains Pride une organisation étudiante officielle a été victime de harcèlement et a reçu des menaces de mort. Notez que cette personne était un « allié ». Des étudiants et des professeurs, révoltés par le traitement infligé à cet étudiant, ainsi que d’autres personnes du campus ont organisé un rassemblement. Le même jour, le Conseil des étudiants et le président de l’université ont officiellement reconnu Plains Pride en tant qu’organisation étudiante.
Quelles sont vos principales activités ?
Mis a part le fait de sponsoriser sur le campus des journées de sensibilisation importantes comme le Jour du Silence, Plains Pride a d’autres activités plus centrées sur le groupe lui-même. Celles-ci comprennent l’invitation de conférenciers pour parler de divers problèmes concernant les personnes GLBT (par exemple le président de PFLAG Omaha, l’équivalent de Contact en France), regarder des films gays et lesbiens, ou des sorties en groupe. Notre but premier est de promouvoir une atmosphère sure et accueillante pour tous les étudiants, quelle que soit leur orientation sexuelle. Ceci peut se faire de plusieurs manières et la façon dont le groupe s’y prend change d’année en année.
Etes-vous satisfait du Jour du Silence qui a eu lieu la semaine dernière ?
Je l’étais de deux manières différentes : par les étudiants qui ont participé ; et par ceux qui n’y ont pas participé mais qui ont compris pourquoi certains étudiants restaient silencieux. Même pour ceux qui n’ont pas l’impression de nourrir les préjugés et d’encourager la discrimination que les étudiants GLBT rencontrent, un événement comme le Jour du Silence peut rappeler ce que certains étudiants ont à faire face chaque jour.
Voici les liens vers quelques sites Internet qui présentent des articles à propos Jour du Silence qui peuvent être utiles pour parler de cette action au niveau national. Je pense qu’il est aussi important de noter que ce n’est pas Wesleyan qui a commencé ce projet et que beaucoup d’autres établissements y participent.
http://www.glsen.org/cgi-bin/iowa/all/news/record/1655.html http://www.365gay.com/newscon04/04/042104silence.htm www.dayofsilence.org
Comment sensibilisez-vous le campus à votre action ? Est-ce par le journal de l’université ?
Nous utilisons des posters, des banderoles ; et nous disposions (pour le Jour du Silence) d’une boite d’affichage remplie d’animaux en peluche et de jouets bâillonnés. Pour cet événement, il n’y avait pas beaucoup d’information dans le journal du campus, bien que d’autres de nos activités en aient plus bénéficié. Nous avions également un stand dans l’un des principaux bâtiments du campus pour que les étudiants puissent s’inscrire.
Est-il difficile d’être gay aujourd’hui sur un campus universitaire américain ?
Malheureusement, oui. J’ai moi-même été victime et témoin de harcèlement contre des personnes à cause de leur orientation sexuelle. Cela va du mot « PD » écrit sur les portes des chambres en résidences universitaires aux e-mails de haine. Heureusement, depuis que je suis sur ce campus, je n’ai pas eu à faire face a des actes de violence physique sur une personne pour cette raison. En plus de la possibilité d’être harcelé par d’autres étudiants, la plupart du programme scolaire ne prend pas en compte les personnes GLBT. Beaucoup de cours qui traitent de la sexualité et des genres excluent l’idée que tout le monde sur cette planète n’aime pas forcement une personne du sexe opposé. Je suis actuellement dans un cours que tous les étudiants doivent suivre, un cours censé enseigner aux étudiants à cultiver un certain bien-être, mais dans lequel l’idée qu’un étudiant de la classe peut ne pas vouloir fonder une famille comprenant un homme, une femme et deux enfants biologiques, n’est pas discutée. Mais le plus frustrant est de constater à quel point certains sont ignorants. Les gens ne sont pas volontairement blessants ou discriminatoires mais ils ne prennent pas le temps de penser a leurs paroles et a leurs actions et a quel point ils peuvent être blessants envers un autre être humain.
Quels sont vos projets et vos espérances dans l’avenir ?
Eh bien, en fait, je voudrais sauver le monde à travers l’amour et les sourires. Je veux que, quand je quitterai ce monde, il soit meilleur pour tous ceux qui y vivent. Je ne veux pas que les gens souffrent physiquement, mentalement ou émotionnellement parce qu’ils se sentent différents et marginaux. Je crois fermement qu’en m’exprimant par la colère, la violence, et qu’en insultant n’importe quelle personne qui ne serait pas d’accord avec moi, j’irais a l’encontre de mes convictions. Beaucoup luttent pour l’égalité à travers la législation, rendant les lois justes et égales pour tous. Même si ces combats sont valables, celui que je mène consiste juste à parler aux gens et les apprécier, quelle que soit leur identité.
Merci beaucoup a Basti et a Sunshine d’avoir pris le temps de faire tout cela. Je suis très honoré de l’intérêt que vous m’avez porté ainsi que de ma contribution à votre site internet.
Monchoix : C’est nous qui te remercions pour ce témoignage.
Propos recueillis par courrier électronique en anglais et traduits en français. Réalisation : Basti et Sunshine.
(*) GLBT : Gays, Lesbiennes, Bisexuels et Transgenres
Voir aussi :
Marthelette : l’envie de se mobiliser pour la Journée du Silence