Je crois que ce texte s’adresse aussi bien aux lesbiennes qu’aux homosexuels, mais comme je suis un garçon, je ne parlerai qu’au masculin. C’est tout ce que je connais, après tout. En plus, c’est l’histoire d’une expérience personnelle.
Je suis homosexuel. Il n’y a pas si longtemps encore, c’aurait été un motif de déprime (et ça l’a été). Mais plus maintenant. Pourtant, je suis toujours aussi célibataire qu’il y a 17 ans et je n’ai toujours pas rencontré physiquement le seul autre homosexuel que je connaisse. Simplement, j’en ai eu marre de déprimer comme un idiot et sans aucune raison valable qui plus est (à part bien sûr celle de mon célibat). A ceux qui me diront que l’homosexualité est un motif suffisant pour broyer du noir, je répondrai : "Arrêtez l’auto-apitoiement !" Personnellement, j’habite dans un trou perdu de 2500 habitants, sans possibilité d’aller en boîte (gay ou pas) ou de rencontrer d’autres homosexuels, et où l’annonce de ma nature me vaudrait probablement une condamnation à mort par lapidation publique (et 2500 jets de pierre, ça doit être douloureux !). J’avoue que j’ai cependant la chance d’avoir des parents qui n’ont pas changé depuis mon coming-out, et quelques amies ouvertes.
Mais ce n’est pas grâce à eux que j’ai arrêté de me taper la tête contre le mur. Un jour de déprime, je me suis juste dit : "Arrête tes conneries et réfléchis : est-ce que tu as vraiment le droit de te plaindre ?". OK, je suis homosexuel, OK, ma vie sera plus difficile que celle de la plupart des hétéros, OK, je n’aurai pas d’enfants, de femme ou de position sociale normale, OK, je risque d’être montré du doigt et insulté. Mais merde, et alors ?! C’est tout ! Rien de plus grave ! D’accord, je vais continuer à me cacher encore un certain temps pour éviter d’attirer l’attention des tarés qui vivent dans ce monde mais une chose est sûr, c’est que plus jamais je n’aurai honte d’être ce que je suis. Je suis homosexuel, mais je ne suis pas que ça ! J’ai une personnalité, des opinions, des centres d’intérêt, des espoirs, comme tout le monde. Tout ça me définit mieux que le terme réducteur "Gay". Et je pense que je suis un gars bien, alors pourquoi me dévaloriserais-je à cause d’un problème qui n’en est pas un ? Qu’est-ce qu’il y a de honteux à préférer les garçons ? C’est vachement cool, au contraire : on a la même composition physique, les mêmes hormones, les mêmes désirs, la même façon de penser... Bref, il y a toutes les chances pour qu’on se comprenne mieux que des couples hétéros !
Et au fur et à mesure que le temps a passé, l’absence de honte s’est transformée en fierté. Je peux désormais dire que je suis fier d’être homosexuel, et que je ne changerai pour rien au monde. Je suis en paix avec moi-même, j’ai définitivement cessé de m’auto-flageller à cause de ça. C’est assez difficile à expliquer, mais aussi ridicule que ça paraisse, j’adore mon homosexualité. Je ne l’affiche pas ouvertement, je ne suis pas maniéré, mais si quelqu’un me posait la question directement, je répondrais la vérité sans rougir, parce qu’il n’y a pas matière à rougir. J’ai décidé d’aller de l’avant, de vivre ma vie, et je méprise tous ceux qui sont contre mes préférences sexuelles.
Pour ceux qui ne croient toujours pas que l’homosexualité est supportable (même au fin fond du trou du c.. du monde) et qui voudraient ne pas être marginaux, voici une phrase que mes parents disaient dans mon enfance, qui m’est revenue récemment et a été un beau point final à mes déprimes : "Être normal, c’est faire partie du troupeau de moutons que forme le peuple français." Eh bien voilà, l’homosexualité est un moyen de ne pas être un mouton sans pour autant être un hors-la-loi ou un drogué. Evidemment, si vous voulez à tout prix être intégré dans la société, ce n’est pas ça qui va vous remonter le moral, mais franchement j’ai du mal à comprendre un homosexuel voulant appartenir entièrement à une société aussi intolérante, même si elle évolue petit à petit. Je sais que j’ai besoin de la société, mais je la regarde d’un oeil lucide et je prends qu recul par rapport à elle, pour qu’elle ne puisse pas me faire de mal.
J’espère que ce message aidera ceux qui en souffrent à réaliser que l’homosexualité n’est ni une tare, ni une maladie, et qu’en avoir honte revient à faire le jeu de ces abrutis d’homophobes. Re-la-ti-vi-sez ! L’homosexualité ne signifie pas que le bonheur est inaccessible ! Soyez fiers de votre différence ! Puisez-y votre force !
Retourner au témoignage de Guillaume
|