Mais toutes les familles ne sont pas aussi tolérantes et compréhensives que celles de Jocelyn, d’Alex ou de Jean-François. Il arrive malheureusement que la famille rejette l’adolescent en raison de son penchant homosexuel.
Ahmed a 18 ans. Jusqu’à l’âge de 16 ans, il demeurait à Trois-Rivières avec son père et son jeune frère. Ses parents étant séparéss il ne voyait sa mère qu’occasionnellement. Durant l’été 1998, son existence a basculé. Il est tombé amoureux d’un gars de son âge qu’il avait rencontré au début des classes. Le père d’Ahmed n’aimait pas que son fils fréquente ce garçon un peu efféminé. Il le confronte, mais Ahmed nie tout. Quelques semaines plus tard, cependant, le père les surprend en train de s’embrasser. Il entre dans une immense colère et bat son fils, qui décide de quitter la résidence familiale et de se réfugier chez les parents de son copain, qui se montrent compréhensifs. La mère d’Ahmed, alertée par "la belle-famille", vient chercher son fils et le ramène avec elle à Laval. Mais comme Ahmed et le nouveau mari de sa mère ne s’entendent pas très bien, il est convenu qu’Ahmed ira rester avec un cousin plus âgé. Deux ans plus tard, Ahmed reste toujours avec ce cousin qui l’a accepté tel qu’il est. Ahmed n’a plus jamais revu son père.
Isolement encore plus grand en région Si la socialisation avec d’autres gais est loin d’être facile quand on est adolescent, elle devient plus difficile, voire quasi impossible, en région. Comme en témoigne Martin, un gars de Granby qui vient d’avoir 20 ans : " J’ai l’impression qu’il y a pas mal moins de gais dans ma région qu’ici à Montréal. Nous, on a juste un bar (Le Bélier), et il n’est ouvert que depuis peu de temps. Et des jeunes de mon âge, il yen a vraiment pas beaucoup."
Tout comme Martin, la vingtaine de jeunes qui ont pris contact avec le magazine et qui restent à l’extérieur de la région de Montréal et de Québec se trouvent passablement isolés et disent en souffrir à divers degrés. Des quatre qui ne semblent pas en souffrir, trois ont ont un copain et demeurent avec lui. Ce sont les seuls, d’ailleurs, qui ne pensent pas quitter leur région, du moins pour le moment.
Mais, la plupart des autres songent, d’ici l’âge de 19 ans, à quitter leur coin de pays pour s’en venir à Montréal ou à Québec. "Pour les études, c’est certain, mais aussi parce que je trouverai plus de gais. Ici, je me sens bien seul", témoigne Alex, 17 ans, de St-Jérôme. "J’aimerais bien faire ma vie avec un gars de mon âge. Mais comment trouver un gars gai qui me plaise ici ?" renchérit-il.
Sean, 18 ans, habite Sherbrooke. Même s’il connaissait l’existence du Complexe 1317 (le bar gai de la ville), il avoue avoir longuement hésité avant d’y aller. "Entrer dans un bar gai, c’est s’afficher comme gai et ça m’a pris quelques mois et plusieurs visites avant d’en être capable."
Avec les quelques groupes de discussions, ces lieux demeurent tout de même les rares espaces de socialisation où les jeunes gais sont certains de rencontrer d’autres gais. En témoigne ainsi Marc-Alain : "Je vais à l’occasion à la Station D. Il y a pas souvent de gars de mon âge, mais c’est tout ce qu’il y a. C’est un endroit fun et les gens sont plus sympathiques que je ne l’avais imaginé. À part ma chambre, c’est le seul endroit où je peux être tel que je suis."