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Fiche technique :
Film français réalisé par Claire Denis
Scénario de Claire Denis et Emmanuèle Bernheim d’après son livre homonyme
Musique de Dickon Hinchliffe
Directrice de la photographie : Agnès Godard
Monteuse : Nelly Quettier
Durée : 1h30
Date de sortie : 11 septembre 2002
Fiche artistique :
Valérie Lemercier : Laure
Vincent Lindon : Jean
Hélène de Saint Père : Marie
Hélène Fillières : la femme fatiguée
Florence Loiret : la jeune fille au flipper
Grégoire Colin : le jeune homme en parka
Synopsis :
Friday night fever ! Paris, décembre 1995. C’est la fin de la semaine, mais pas seulement. C’est aussi la fin d’une vie en solitaire pour Laure (Valérie Lemercier) qui a fait ses paquets et qui se prépare à rejoindre son petit-ami avec qui elle emménage samedi dans "LEUR" appartement. Mais entre temps, vendredi soir, au détour d’un embouteillage, elle tombe parc-choc contre parc-choc sur Jean (Vincent Lindon) qu’elle prend en auto-stop. Le temps d’une nuit, ils auront plus à faire qu’à dire !
Mon avis :
Initiales V.L. Valérie Lemercier et Vincent Lindon. Leurs initiales ne sont pas l’unique point commun qui les rassemble. Ils sont aussi d’excellents acteurs qui dégagent une beauté charismatique rare.
Lui, on ne peut pas dire que ce soit un sex-symbol, pourtant Vincent Lindon est beau. Franchement depuis "L’étudiante" avec Sophie Marceau, il n’a pas beaucoup changé, il dégage toujours autant. Elle, ce n’est pas, physiquement parlant, la femme très féminine, pourtant elle est de plus en plus belle. De ces débuts dans "Palace" ou "L’opération corned-beef" jusqu’à ce "Vendredi soir", Valérie a grandi pour devenir cette Femme mûre et naturelle qu’on aimerait bien avoir dans son lit...
Le chanceux est donc Vincent Lindon, le séducteur, qui, pour une nuit, "a essayé", comme le dit si bien Florent Pagny, Valérie Lemercier, la séduisante, le tout sous la caméra de Claire Denis.
Claire Denis et l’homosexualité
Avant de réaliser ses propres films, Claire Denis a été assistante de grands réalisateurs tels que Jim Jarmusch, Wim Wenders ou Costa-Gavras. Très fidèle au niveau de son équipe de tournage, on retrouve Agnès Godard à la photographie depuis son troisième long-métrage. De même Jean-Paul Fargeau a été son co-scénariste depuis son premier film en 1988 jusqu’au précédent "Trouble every day" en 2001. L’image homosexuelle apparaît violemment dans son film de 1994 "J’ai pas sommeil" sur l’histoire d’un tueur en série gay qu’a d’ailleurs vu Valérie Lemercier et qui se dit qu’il faut absolument qu’elle travaille avec la réalisatrice. En 1999, Claire Denis tourne "Beau travail" avec notamment Denis Lavant et Grégoire Colin. Une plongée dans le milieu des légionnaires en Afrique (continent où a été élevée la réalisatrice) et qui fait la part belle aux corps d’hommes et dont le pseudo-érotisme fera parler de lui dans le milieu gay.
Un film d’une poésie sensationnelle
Dans ce "Vendredi soir", on retrouve d’ailleurs Grégoire Colin dans un petit rôle au début du film. Valérie Lemercier lui propose de le prendre en auto-stop. Il lui répondra "non" poussant le destin vers une autre rencontre des plus poétiques et des plus charnelles !
La poésie qui se dégage du film est vraiment très belle. Claire Denis s’attache à montrer les petits riens qui donnent de la valeur aux personnages principaux et les éloignent des stéréotypes. Laure, jouée par Lemercier, par exemple, est très soigneuse dans le film, chouchoutant sa voiture qu’elle a mis en vente 15 000 F (2 286,74 euros dirait-on aujourd’hui) : "Vous êtes folle" lui lance un automobiliste intéressé. Laure s’en fout, c’est ça ou rien ! Il y a également des détails dans l’histoire, des clins d’oeil drôles, comme lorsque Laure et Jean quitte le bar pour aller à l’hôtel et que sur la plaque de la porte on lit "Tirer" : oui c’est ce qu’il vont faire !
Belle poésie également dans de nombreux thèmes que Claire Denis exploite dans son film. Il y a tout d’abord "la poésie des couleurs". Le rouge et le noir s’entrechoquent dans presque toutes les scènes. Rouge passion, pour symboliser la force des sentiments et le caractère interdit de l’acte, dans les néons de la ville, le chauffage de la chambre d’hôtel, les feux des voitures embouteillées ou les feux tricolores de Paris. Et le noir obscur pour signifier l’inconnu (les personnages ne se connaissent pas et peut-être ne connaissent-ils pas le goût d’une aventure si soudaine), couleur prédominante avec la nuit et ses lieux sombres (y compris les lieux publics comme la pizzéria ou l’hôtel).
Ensuite, il y a "la poésie des vitesses". Claire Denis, au début, passe la première avec un film lent où Laure prend le temps d’emballer ses affaires et d’essayer une ancienne robe qu’elle n’a pas mis depuis des lustres, puis ce sont les embouteillages sur le périph’ avec une scène magique où Laure observe. Elle regarde ce qui l’entoure, les gens autour d’elle, les femmes fatiguées, les enfants dans la lune, les jeunes filles qui se remaquillent, Jean dans sa voiture. Puis Claire Denis passe la seconde, c’est Jean qui est au volant. Il accélère dans les petites rues de Paris et tout s’enchaine plus vite, les désirs, la passion. Arrivés à l’hôtel, Claire Denis rétrograde et filme deux corps qui s’étreignent jusqu’au petit jour. Les chairs sont mises à nues et sont montrées au plus prés, en plan sérré (une spécialité de Claire Denis que vous aurez saisie si vous avez vu "Beau travai" et/ou "Trouble every day").
Un beau film donc, charnel et poétique, qui déplaira aux spectateurs avides d’action ou d’explosion mais qui réjouira les fans de Vincent Lindon et Valérie Lemercier, une Valérie bien loin de sa fausse image de "bourgeoise mal baisée" et de sa vraie image d’icône gay.
Revue de presse :
Studio : Un film coup de foudre dans la lignée de "In the Mood for Love" !
Première : Lemercier et Lidon, inconnus dans la maison Denis, profitent de l’opportunité adultérine pour surprendre. Beau travail, oui.
L’Humanité : On aura rarement aussi bien senti et filmé la rencontre éphémère entre deux êtres et ressenti combien la contrainte de forme aboutit à un beau souffle de liberté.
Les Inrockuptibles : A partir d’un matériau très mince, la rencontre d’un homme et d’une femme dans un embouteillage, Claire Denis réussit un bel exercice de style.
Les Cahiers du cinéma : "Vendredi soir" reste à la surface d’un fantasme bourgeois (une nuit avec un inconnu) sans que ce dernier accède à son dépassement charnel.
Mes liens :
La rencontre entre Claire Denis et Valérie Lemercier dans une interview parue dans Le Monde
Pour tout savoir sur Vincent Lindon, retrouvez son site officiel