Fin d’après-midi de fin janvier de cette année. Le froid gerce nos lèvres et la pluie arrose ma bonne vieille ville provinciale. Que faire ? A l’affiche du cinéma, Anatomie de l’Enfer, de Catherine BREILLAT, un film avec Rocco SIFFREDI et Amira CASAR. Ce long métrage est-il un drame, un film sentimental, une introspection ? D’accord, j’entre le voir...
Dès les premières minutes, le décor est planté, une atmosphère glauque. Au fond d’un parking d’une boîte de nuit, deux hommes, salivant, s’innondant de plaisir, enivrant leur organe droit et majestueux. Ce décor rapidement s’effacera pour laisser place à ce lieu où l’action se déroulera, à cet endroit austère et autarcique.Cependant, cette première scène procure aux spectateurs une impression qui demeurera omniprésente et ajoutera à l’ambiance du film une note sordide et surprenante. Rocco SIFFREDi est lui à l’intérieur du club, déambulant sous les projecteurs. Il croise alors une femme, intrigante et inocemment belle, une femme qui se fraie un chemin parmi ces hommes qui n’aiment qu’eux. Dans les sanitaires, elle s’ouvre les veines et Rocco SIFFREDI la sauve... Un pacte est scellé : elle le paiera et lui la regardera dans sa nudité malsaine et répugnante, dans sa sexualité différente. La trame narrative se poursuit ainsi, avec des rebondissements inattendus, jouant avec la sensualité érotique et l’extravagante relation existante entre les deux protagonistes. Ce partage émotionnel durera plusieurs nuits, puis un jour...
Fasciné par le film, je file acheter le livre dont le long métrage est tiré. Il s’agit de Pornocratie, de Catherine BREILLAT également. Et une fois lu, je peux le dire, le film m’apparaît plus beau et plus attachant encore. C’est une oeuvre étrange, bouleversante et tellement enrichissante dans l’expression des émotions et des sentiments. Un livre à lire et un film à voir dès sa sortie en DVD...
Et c’est encore baigné par l’atmosphère décalée et paradoxale de cette Anatomie de l’Enfer que je décide de me rendre dans un bar de la ville pour y finir ma soirée. Ce bar est un établissement gay, une institution ici ! Quand je pousse la porte d’entrée, l’obscurité là aussi, baigne la foule, des jeunes garçons qui ne sont que délicatement dardés par les feux intermittents des projecteurs. Leurs corps se meuvent sous l’emprise d’une musique rythmée et entrainante. Du rose, des strass, des paillettes, des rainbow-flags... une mode tendance, une apparence travaillée, ici, tout est gay, définitivement pédé (pédé est l’un de mes mots préférés !!!). Délurés souvent, plus introvertis parfois, la personne homosexuelle est entière et mystérieuse, sereine et désireuse... La drague est partout, mais jamais oppressante, et comme une prière, chacun cherche à s’exaucer un désir sexuel.
C’est curieux, la thématique du film et de ce bar est la même... sauf qu’ici, l’acte est désiré. Le jeu des caresses, la pulpe des langues tendrement rapeuse sur les torses, les réflexes passionnés sont innés. La beauté des gestes, la beauté des coeurs à cet instant précis... et là encore, la puissance masculine qui n’est trahie que par les formes évadées des pantalons trop étroits !
Quel rapport entre ce film et ce bar ? Serais-je devenu fou ? Non, je fais juste une constatation... les gays ont un appétit sexuel insatiable ! Et c’est pour moi une qualité, quand il est contrôlé. Mais, surtout, je suis à chaque fois surpris par la tendresse qui existe entre ces hommes, ces êtres de virilité, ces êtres qui depuis la nuit des temps sont décris comme des protecteurs, des combattants et qui, entre eux, sont câlins et délicats. Je suis surpris par la tendresse qu’ils mettent dans l’acte d’amour, cette tendresse parfois bestiale mais toujours sincère et humaine. Je suis surpris par les garçons et pour ça, je les aime... Ma soirée était réussie : mon appétit spirituel, visuel et pulsionnel était assouvi... Mes désirs rassasiés, je rentrai chez moi, fatigué, et fidèle à la tradition, je m’endormis épanoui !