Fiche Technique :
Film français (2001) réalisé par Robert Guédiguian
Scénario : Robert Guédiguian
Directeur de la photographie : Rénato Berta
Ingénieur du son : Laurent Lafran
Chef décorateur : Michel Vandestien
Date de sortie : 26 juin 2002
Durée : 2h
Fiche artistique :
Ariane Ascaride : Marie-Jo
Jean-Pierre Darroussin : Daniel
Gérard Meylan : Marco
Julie-Marie Parmentier : Julie
Jacques Boudet : Jean-Christophe...
Synopsis :
Elle court, elle court, la maladie d’amour. Marie-Jo est heureuse. Elle vit avec son mari et sa fille dans une belle maison proche de Marseille. Mais une maison qui abrite un lourd secret... car Marie-Jo est malade : prise de la maladie d’amour, entre un mari qu’elle chérit plus que tout au monde et un amant qu’elle a envie d’embrasser sur un banc public. Comment concilier les 2, comment ne pas faire souffrir les 2, comment vivre avec les 2, comment les aimer tous les 2 ?
Mon avis :
Sa femme est une actrice ! Cela fait près de vingt ans que Robert Guédiguian a planté son décor cinématographique : Marseille (sa ville natale), Ariane Ascaride (sa femme), Gérard Meylan puis Jean-Pierre Darroussin (ses deux acteurs fétiches avec qui il est inséparable). Quatre éléments pratiquement indispensables depuis son film « Dernier été » (qui date de 1980) et qui n’est que le premier d’une longue série qui lui ont très vite valus la casquette de « cinéaste de quartier ». Il ne sort de l’ombre (de Marseille !) qu’à partir de 1995 avec son film « A la vie, à la mort » et est enfin reconnu en 1997 avec le succès surprise de « Marius et Jeannette ». Depuis, si ses films ont plus attiré les producteurs que les foules, Guédiguian n’a pour autant pas pris la grosse tête et c’est tant mieux !
Pour preuve, après 2 comédies moyennes, il réalise un vrai film inattendu « La Ville est tranquille », un drame où son trio d’acteurs vedette côtoie une nouvelle venue, la jeune Julie-Marie Parmentier. Inoubliable dans « les Blessures assassines » (de Jean-Pierre Denis, sortie en 2000), elle s’est apparemment installée dans la famille ciné de Guédiguian puisqu’elle joue depuis ce long métrage la fille d’Ariane Ascaride. Ainsi, dans « Marie-Jo et ses 2 amours » Julie-Marie interprète avec finesse la fille du couple Ascaride-Darroussin, prête par amour à redoubler sa première année de fac pour être avec son petit ami mais égoïste et rancunière quand elle n’accepte pas que sa mère parte avec l’homme qu’elle aime... Vous l’aurez compris dans ce très beau film, Guédiguian examine avec soin les caractères de ses personnages qu’il met en scène.
C’est donc cet enfant, Julie, qui rejette sa mère en la traitant de « salope » et qui encourage son père à se bouger pour la faire revenir. C’est ce père, joué par Jean-Pierre Darroussin, excellent en mari trompé et prêt à partager celle qu’il aime lorsqu’il découvre lui-même le lourd secret que cache sa femme. Comment ne pas être ému par cet homme, calme et posé qui continue à vivre comme si de rien n’était alors qu’il sait que celle qui partage son lit voit tous les après-midi de la semaine un autre homme dans un autre lit. Mais l’amour qu’il a pour elle, la peur qu’il a de détruire son mariage et de la perdre, fait qu’il reste dans un silence de détresse, de colère et de tristesse...
Que dire de cet amant dont personne n’aimerait avoir le rôle ? N’y a t’il pas plus diminuant que d’être l’éternel second, « l’éternel fiancé » comme il déteste s’appeler ? Gérard Meylan brille dans ce rôle d’homme blessé et blessant. Ce sont en effet 2 facettes qu’il montre. Celle du désespéré, résigné à passer après, à ne pas vivre le quotidien de celle qu’il aime. Et celle du fou chantant, du joyeux qui brise un couple lorsque Ariane Ascaride quitte son mari. Il découvre alors les plaisirs de la vie à 2 comme de faire les courses dans un supermarché par exemple !
La femme, la mère, la maîtresse, c’est Ariane Ascaride (vous souvenez-vous d’elle en grande sœur de Sami Bouajila dans « Drôle de Félix » ?), femme de 45 ans, en pleine crise du « middle-age », la malade qui confirme « qu’il est plus facile d’aimer un homme que 2 ». Elle n’est heureuse que lorsqu’elle fait l’amour. Le reste du temps, elle le consacre en effet à la réflexion. Et penser à sa situation de femme brisée en 2, qu’elle imagine sans issue, lui rend la vie impossible. Puis c’est le coming-out, les aveux, la libération et le début des problèmes... Ariane est magnifique de bout en bout, femme sourire de Marseille (comme si le soleil et les cigales ne suffisaient pas à notre bonheur !), elle rayonne, se met à nu, se jette à l’eau et danse le rock avec un Jean-Pierre Darroussin qui n’a pas perdu le pas depuis « Un Air de famille » et son rock endiablé avec Catherine Frot !
Ce film est poétique mais pas pompeux, rythmique avec une excellente musique, érotique mais loin du pornographique, véridique où Jacques Boudet, alcoolique philosophe, s’amuse à dire que la boisson, c’est comme l’amour : "ce qui nous fait du bien est souvent un peu mauvais pour la santé..." Méditez un peu là-dessus et allez vite voir ce film !
Revue de presse :
Libération : Guédiguian ? C’est son plus beau film.
Télérama : En osant un tel romantisme nostalgique, Guédiguian a peut-être réussi là son film le plus courageux et le plus poignant. « Amour, amour, quand tu nous tiens », disait La Fontaine. La fin en est une splendide illustration.
Le Parisien : Il y a longtemps qu’un cinéaste français n’était pas allé aussi loin, et d’une manière aussi juste, dans les profondeurs des sentiments.
Les Inrockuptibles : Dégraissé des clichés de l’adultère classique, « Marie-Jo et ses deux amours » confère une superbe dignité à ses personnages souffrant et jouissant sous la lumière radieuse de Marseille. Une réussite.
Le Figaro : Quitte à effleurer les pires clichés de la relation amoureuse, Guédiguian accompagne ses simples héros comme un témoin complice attendri.
Mes liens :
Le site du film qui sent bon la mer !
La filmo de l’excellent Jean-Pierre Darroussin : empressez-vous de voir ses films, rien que pour lui !
Le CV d’Ariane Ascaride, femme de télé, de théâtre et de cinéma ainsi qu’une petite bio de celle qui s’est illustrée dans le film gay « Drôle de Félix »
Portrait complet de Gérard Meylan paru dans le Monde du 24 juin 2002