Quand Yourcenar lui consacre un bref essai en 1980, Mishima est mort depuis dix ans déjà. De son vrai nom Kimitake Hiraoki, il était né en 1925 dans une famille bourgeoise japonaise déclinante. Il commence à écrire très jeune et c’est avec Confession d’un masque qu’il obtient la reconnaissance littéraire.
Confession d’un masque est une oeuvre saisissante car elle raconte l’enfance et l’adolescence d’un jeune japonais dont les ressemblances avec Mishima sont frappantes (même âge, contexte familial...). Mishima analyse remarquablement l’admiration du narrateur pour un de ses camarades plus âgé, cette admiration se muant rapidement en un désir. Des pages qui décrivent l’attirance foudroyante pour ce corps, la recherche de la nudité de l’autre.
Mishima détaille aussi les fantasmes du jeune homme qui tourne autour de la mort et du sacrifice humain. On sent dans cette fascination pour la mort la place de la culture japonaise. Mishima est mort en novembre 1970. Politiquement réactionnaire, il avait participé à un coup d’état raté. Pour obéir au code de l’honneur des samouraïs, Mishima s’est donné la mort lors d’un seppuku (suicide rituel).
Il montre aussi l’évolution d’une amitié avec la soeur de son meilleur ami. Comment une admiration se mue progressivement en un amour. Comment l’amour de la fille pour lui l’entraîne progressivement. Le narrateur dans le même temps s’interroge sur sa normalité, tellement la femme exerce peu d’attrait à ses yeux. La simplicité avec laquelle il en parle scandalise ses camarades dont la pudibonderie dissimule mal le désir du corps féminin.
Folio qui a lancé cet été ses livres à deux euros propose d’ailleurs quatre nouvelles dans le recueil intitulé Dojoji et autres nouvelles de Mishima, qui permettent de découvrir cet écrivain si attaché à la culture ancestrale de son pays.
De Mishima, on peut aussi lire deux autres classiques. Le marin rejeté par la mer raconte l’histoire de Noboru, jeune adolescent qui vit seul avec sa mère et découvre fasciné la relation de celle-ci avec un marin. Cet homme le fascine parce qu’il incarne pour lui un modèle de virilité et de dureté. Mais le marin est un brave homme. Noboru et sa bande de petits durs ne le supportent pas et montent un plan pour le supprimer.
Mais le plus beau roman de Mishima, c’est sans doute Au pavillon d’or. L’action se déroule pendant la seconde guerre mondiale et lorsque le Japon est occupé par l’armée américaine. Inspiré d’un fait réel, le roman raconte l’histoire d’un jeune moine suicidaire qui veut détruire le pavillon d’or, joyau de l’architecture religieuse japonaise. La crudité de certaines descriptions et l’intensité des sentiments, toujours présentes chez Mishima, atteignent ici une sorte de perfection.
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Dojoji et autres nouvelles
La Musique
Une soif d’amour
Confession d’un masque