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Le miracle de la prose
Jean Genet
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vendredi 30 août 2002, par Monchoix.net

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Né à Paris en 1910, Jean Genet est abandonné par sa mère à l’Assistance publique puis adopté par un couple de paysans morvandiaux. On l’envoit en maison de correction dès l’âge de dix ans, pour un vol qu’il n’avait pas commis. Ce séjour est le premier d’un long parcours délinquant entre la France et l’Espagne. Voleur et mendiant, il est incarcéré à plusieurs reprises avant de s’évader et d’intégrer la Légion étrangère, qu’il déserte très rapidement.

L’oeuvre

C’est en 1942, dans sa cellule à Fresnes, qu’il compose le poème Le Condamné à mort et son premier roman, Notre-Dame-des-Fleurs. En 1948, lors de sa dixième condamnation, le soutien que lui apportent certains écrivains reconnus (parmi lesquels Jean Cocteau et Jean-Paul Sartre) lui permet d’échapper à la relégation. À cette époque, sa carrière littéraire et théâtrale est déjà engagée. Les premières versions de la pièce Les Bonnes et des romans Miracle de la rose et Querelle de Brest ont paru. Querelle est un roman policier "pornographique" illustré par son ami Jean Cocteau. Il décide pourtant de rompre avec l’écriture.

Modeste, malgré sa notoriété croissante, il se consacre après la guerre à un militantisme politique, en soutenant notamment les ’Black Panthers’, les Palestiniens contre Israël (Jean Genet, dit-on, était antisémite) ou, avec Michel Foucault, des détenus et des ouvriers immigrés.

Il revient finalement à la littérature en 1956, avec les pièces Le Balcon puis Les Nègres, immense succès en 1958. Avec Les Paravents et la pièce inédite The Screens en 1962, Genet met un terme à sa carrière littéraire. Il consacre désormais sa vie à la réécriture de la quasi-totalité de son œuvre (seuls Journal du voleur, Les Nègres et quelques pièces inédites ne connaissent aucune modification) et à son engagement politique.

Exprimant de façon croissante son désir de mourir, et après l’échec de plusieurs tentatives de suicide, il rend l’âme dans la nuit du 14 au 15 avril 1986, dans un hôtel parisien. On parle alors de ’chute accidentelle’, mais on attribuerait plutôt son décès à un suicide.

Une conception délinquante et transgressive de l’homosexualité

Dramaturge, poète et romancier, Jean Genet n’a laissé trace dans les manuels scolaires que d’une œuvre théâtrale pourtant peu revendiquée par l’auteur (toutes ses pièces ont été écrites « sur commande »). Il s’est distingué parmi les écrivains français du XXe par sa marginalité et par sa sublimation des marginaux, qui sont au cœur même de ses ouvrages.

En valorisant l’homosexualité, le vol, le crime, la trahison, la prostitution et les travestis (Notre-Dame-des-Fleurs, Querelle de Brest, Pompes funèbres, Journal du voleur, etc.), il a fait pénétrer dans la littérature française les ’vices’ de ses idéaux érotiques (« "Pédé, qu’est-ce que c’est ? Pédé ? C’est un enculé ? [...] Moi aussi j’suis un enculé." » [Querelle de Brest]).

Le but de Jean Genet est de magnifier la face réprouvée du monde, sûrement par provocation (« C’est en haussant à hauteur de vertu, pour mon propre usage, l’envers des vertus communes que j’ai cru pouvoir obtenir une solitude morale où je ne serai pas rejoint. » [Pompes funèbres]), plaisir masturbatoire (« S’ils ne sont pas toujours beaux, les hommes voués au mal possèdent les vertus viriles. » [Journal du voleur]) et contentement personnel, plutôt que par lutte pour une cause quelconque : « La poésie ou l’art d’utiliser les restes. D’utiliser la merde et de vous la faire bouffer. » [Pompes funèbres], « Sans doute, l’une des fonctions de l’art est-elle de substituer à la foie religieuse l’efficace de la beauté. Au moins de cette beauté doit-elle avoir la puissance d’un poème, c’est-à-dire d’un crime. » D’où son surnom de « poète du crime ». Car, qu’il signe un roman ou une pièce, l’écriture de Jean Genet reste celle d’un poète : ses descriptions minutieuses, sensuelles et esthétiques du corps « mâle » en sont la plus belle démonstration.

Son théâtre est très solennel : comme le veut sa conception de l’art dramatique, chacune de ses pièces est une célébration. Il y rapproche le désir de la mort et fait se côtoyer des passions contradictoires. Peu à peu, son théâtre va prendre une tournure ’politique’ en mettant en avant, comme il le fait dans ses romans, les victimes et les marginaux.

D’aucuns s’étonneront que Jean Genet ne s’engageât pas dans la lutte homosexuelle. Sans doute ne faut-il pas chercher à tout prix la raison de son désintéressement, mais on peut supposer que sa vision de l’homosexualité tendait à préserver une sorte de ’mal’ dont il était fier et qu’il n’eût sans doute pas voulu voir mise au rang de ’normalité’.

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-  Journal du voleur
-  Les Bonnes

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Les commentaires

> Jean Genet 21 septembre 2002
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Pour clarifier mon propre article :

Il faut relativiser le "désengagement de JG". Il s’est tout de même battu au début pour dépénaliser l’homosexualité.

Puis après...

Ian

[Répondre à ce message]

> Jean Genet 14 février 2004
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Genet est surtout un perpétuel amoureux qui transforme tout ce qu’il touche en poésie. Il donne envie d’aimer, aimer les hommes dans toute leur puissance. c’était également un homme généreux et hypersensible. Il était un orphelin, qui a toujours recherché des racines et une famille, d’où son engagement pour les plus démunis. Jean Genet était bourré de défauts (il a tout de même volé son premier éditeur, Marc Barbezat, le seul a l’époque a vouloir le publier sans se protéger derrière l’anonymat, ce que Gallimard n’a fait qu’une fois que Genet était déjà connu et reconnu). Bref c’est un homme complet, "le plus grand poète", comme le qualifiait cocteau.

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> Jean Genet 19 février 2004, par thyB.
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Et de toutes façons, si effectivement l’homosexualité est indissociable de l’oeuvre de Jean Genet, (et du personnage par la force des choses), elle ne l’est QUE parce qu’il est question d’amour(s), de sensualité masculine et de beauté des corps et des âmes. Jamais il n’est question de revendication, quelle qu’elle puisse être, de combat pour la cause des homos. Les luttes que Genet a mené, en tant qu’homme et par conviction, ne transparaissent finalement que marginalement dans son oeuvre, y compris dans "un amoureux captif". Lui aspirait à autre chose. Jean Genet a atteint une beauté, une vérité et même une splendeur qui est précisemment en train de me bouleverser, un peu plus jour après jour. J’ai déjà 22 ans.

[Répondre à ce message]

> Jean Genet 16 décembre 2004
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tu a tort genet et le plus grand poéte de la littérature est exprime a travers son poème le condamné à mort l’amour qu’il éprouve pour son compagnon de sellule

[Répondre à ce message]

> Jean Genet 3 mai 2005
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Il y a trop de douleur et pas assez de tendresse chez Genet, trop de nuit et pas assez de jour. Il s’enfonce dans une quête violente et auto-destructrice provoquée par ses carences affectives et sa très mauvaise image de lui-même. Mais le langage est très beau, original et vif. Il faut le lire, mais le comportement pathologique appauvrit la force de vérité qui devrait animer tout grand texte littéraire. Il n’y a pas de distance entre le narrateur et les personnages - en effet il s’y mêle - et c’est à déplorer (on voit ça chez Kerouac aussi). Mais le phrasé est beau, audacieux et très joliment scandé.

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