Il prédisait aussi sa mort à trente-cinq ans. La vie l’a simplement laissé s’envoler un an plus tard, le temps d’achever son unique long-métrage. C’était le 5 mars 1993 et tout un mythe naissait en même temps que « l’animal » s’éteignait.
Cyril a grandi à Rueil, puis à Versailles, sous l’autorité d’une mère mannequin, speakerine et directrice d’une maison de couture et d’un père à la fois directeur de bureaux d’études et champion de judo. Il est né à leur retour d’un long voyage au Maroc, où ils se sont ruinés. Cyril était leur unique enfant, un garçon précoce et affirmé, qui entretenait sa solitude.
Très jeune, il est entré dans une école privée très stricte, où il a rencontré René-Marc Bini, qui lui est resté fidèle jusqu’à sa mort (il a composé la bande originale des Nuits fauves). Ensemble, ils suivirent les mêmes études jusqu’en Maths spé.
Au cours d’un voyage à Porto Rico avec son père, Cyril a découvert sa passion pour les garçons. A l’époque, il ne fréquentait que des filles. C’est sans doute là-bas qu’il a contracté le sida.
Au retour, il a tenté le concours de l’IDHEC. Comme Hervé Guibert, il a échoué de très peu. Pourtant, il a été remarqué par un certain Claude Davy, qui l’a présenté à Maurice Pialat, dont il fut assistant-réalisateur et figurant dans A nos amours.
En 1983, il a trouvé un échappatoire dans la drogue, à Tunis. Là bas, il a découvert l’œuvre de Jean Genet, en qui il s’est reconnu puisque tous deux étaient animés par la même passion des voyous.
Il a alors vécu des amours simultanées avec des filles et des garçons. Ayant renoncé à adapter le Journal du voleur de Genet - comme Hervé Guibert et Patrice Chéreau, tous sont confrontés au même problème : Genet a cédé ses droits d’auteur à la Palestine -, il a décidé de faire de ses relations indécises toute son œuvre.
Selon son confident Tony Anatrella, Cyril Collard n’assumait pas son homosexualité. Mais l’affirmation reflète sans doute moins le point de vue de Cyril que celui d’Anatrella, prêtre catholique et psychanalyste qui trouve « préférable » l’hétérosexualité. Or, Cyril reconnaissait lui même éprouver plus de plaisir à fréquenter les garçons que les filles. On le savait sadomaso et il prenait goût au risque.
En 1987, il a publié son premier roman, Condamné amour, qui avait nécessité cinq ans d’écriture, puis mis en scène une émission musicale pour la chaîne de télévision M6. C’est à cette époque qu’il a appris sa séropositivité. Ont suivi Les nuits fauves, véritable roman autobiographique qui a connu un accueil critique guère favorable.
Cyril Collard s’opposait à son rival Hervé Guibert, préférant la vie au laisser-aller.
Il a tourné l’adaptation des Nuits fauves, où il tenait le rôle principal. Ce film fut un phénomène de société considérable. Se faisant malgré lui le porte-parole de toute une génération qui s’identifiait à ce héros rebelle, Cyril Collard est mort quelques jours avant d’être récompensé à la cérémonie des Césars.
C’est un an après que les journalistes ont ouvert une polémique sur ses multiples contaminations. Il fut accusé à tort, et parfois à raison, d’avoir sciemment transmis le virus du sida à ses partenaires.
On retrouve dans tous ses récits une poésie très crue, célébrant les souillures, avec des sujets aussi osés que le crime, le barebacking et la pédophilie. Dans des textes a priori désespérés, il parvenait à communiquer un incroyable désir de vivre et d’être aimé, des cris de détresse et d’espoir, magnifiques et chargés d’émotions. Éternel.
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