Né à Paris en 1910, Jean Genet est abandonné par sa mère à l’Assistance publique puis adopté par un couple de paysans morvandiaux. On l’envoit en maison de correction dès l’âge de dix ans, pour un vol qu’il n’avait pas commis. Ce séjour est le premier d’un long parcours délinquant entre la France et l’Espagne. Voleur et mendiant, il est incarcéré à plusieurs reprises avant de s’évader et d’intégrer la Légion étrangère, qu’il déserte très rapidement.
L’oeuvre
C’est en 1942, dans sa cellule à Fresnes, qu’il compose le poème Le Condamné à mort et son premier roman, Notre-Dame-des-Fleurs. En 1948, lors de sa dixième condamnation, le soutien que lui apportent certains écrivains reconnus (parmi lesquels Jean Cocteau et Jean-Paul Sartre) lui permet d’échapper à la relégation. À cette époque, sa carrière littéraire et théâtrale est déjà engagée. Les premières versions de la pièce Les Bonnes et des romans Miracle de la rose et Querelle de Brest ont paru. Querelle est un roman policier "pornographique" illustré par son ami Jean Cocteau. Il décide pourtant de rompre avec l’écriture.
Modeste, malgré sa notoriété croissante, il se consacre après la guerre à un militantisme politique, en soutenant notamment les ’Black Panthers’, les Palestiniens contre Israël (Jean Genet, dit-on, était antisémite) ou, avec Michel Foucault, des détenus et des ouvriers immigrés.
Il revient finalement à la littérature en 1956, avec les pièces Le Balcon puis Les Nègres, immense succès en 1958. Avec Les Paravents et la pièce inédite The Screens en 1962, Genet met un terme à sa carrière littéraire. Il consacre désormais sa vie à la réécriture de la quasi-totalité de son œuvre (seuls Journal du voleur, Les Nègres et quelques pièces inédites ne connaissent aucune modification) et à son engagement politique.
Exprimant de façon croissante son désir de mourir, et après l’échec de plusieurs tentatives de suicide, il rend l’âme dans la nuit du 14 au 15 avril 1986, dans un hôtel parisien. On parle alors de ’chute accidentelle’, mais on attribuerait plutôt son décès à un suicide.
Une conception délinquante et transgressive de l’homosexualité
Dramaturge, poète et romancier, Jean Genet n’a laissé trace dans les manuels scolaires que d’une œuvre théâtrale pourtant peu revendiquée par l’auteur (toutes ses pièces ont été écrites « sur commande »). Il s’est distingué parmi les écrivains français du XXe par sa marginalité et par sa sublimation des marginaux, qui sont au cœur même de ses ouvrages.
En valorisant l’homosexualité, le vol, le crime, la trahison, la prostitution et les travestis (Notre-Dame-des-Fleurs, Querelle de Brest, Pompes funèbres, Journal du voleur, etc.), il a fait pénétrer dans la littérature française les ’vices’ de ses idéaux érotiques (« "Pédé, qu’est-ce que c’est ? Pédé ? C’est un enculé ? [...] Moi aussi j’suis un enculé." » [Querelle de Brest]).
Le but de Jean Genet est de magnifier la face réprouvée du monde, sûrement par provocation (« C’est en haussant à hauteur de vertu, pour mon propre usage, l’envers des vertus communes que j’ai cru pouvoir obtenir une solitude morale où je ne serai pas rejoint. » [Pompes funèbres]), plaisir masturbatoire (« S’ils ne sont pas toujours beaux, les hommes voués au mal possèdent les vertus viriles. » [Journal du voleur]) et contentement personnel, plutôt que par lutte pour une cause quelconque : « La poésie ou l’art d’utiliser les restes. D’utiliser la merde et de vous la faire bouffer. » [Pompes funèbres], « Sans doute, l’une des fonctions de l’art est-elle de substituer à la foie religieuse l’efficace de la beauté. Au moins de cette beauté doit-elle avoir la puissance d’un poème, c’est-à-dire d’un crime. » D’où son surnom de « poète du crime ». Car, qu’il signe un roman ou une pièce, l’écriture de Jean Genet reste celle d’un poète : ses descriptions minutieuses, sensuelles et esthétiques du corps « mâle » en sont la plus belle démonstration.
Son théâtre est très solennel : comme le veut sa conception de l’art dramatique, chacune de ses pièces est une célébration. Il y rapproche le désir de la mort et fait se côtoyer des passions contradictoires. Peu à peu, son théâtre va prendre une tournure ’politique’ en mettant en avant, comme il le fait dans ses romans, les victimes et les marginaux.
D’aucuns s’étonneront que Jean Genet ne s’engageât pas dans la lutte homosexuelle. Sans doute ne faut-il pas chercher à tout prix la raison de son désintéressement, mais on peut supposer que sa vision de l’homosexualité tendait à préserver une sorte de ’mal’ dont il était fier et qu’il n’eût sans doute pas voulu voir mise au rang de ’normalité’.
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Journal du voleur
Les Bonnes