Fiche technique :
Film espagnol (2001) écrit et réalisé par Pedro Almodovar
Directeur de la photographie : Javier Aguirresarobe
Musique : Alberto Iglesias
Durée : 1h50
Titre original : « Hable con ella »
Fiche artistique :
Benigno : Javier Camara
Marco : Dario Grandinetti
Alicia : Leonor Watling
Lydoa : Rosario Flores
Rosa : Mariola Fuentes
La professeur de danse : Geraldine Chaplin
Synopsis :
Rencontre de deux types. Marco, journaliste espagnol fait la connaissance de Lydia, femme torero délaissé par un fiancé profiteur. Ils tombent amoureux l’un de l’autre. Leur vie de couple est épanouie. Marco parle beaucoup à la femme qu’il aime jusqu’au jour où cette dernière est grièvement blessée par un taureau et amenée à l’hôpital dans un état comateux. Dans les couloirs de l’hôpital il rencontre Benigno, un infirmier en charge d’Alicia, jeune femme dans le coma. Benigno reconnaît de suite Marco, l’homme qu’il avait vu quelques semaines auparavant dans l’enceinte d’un théâtre. Les deux se soutiendront devant chaque épreuve qu’ils rencontreront.
Mon avis :
Beau, on dirait un mot inventé pour Pedro. « Parle avec elle » est un véritable drame et au-delà de cela, c’est un vrai film social et de société. Les deux femmes qui sont au centre de l’histoire étaient deux danseuses à leurs manières : l’une, Alicia, était un petit rat de l’opéra, une danseuse classique. L’autre, Lydia, était une femme toréador, une danseuse peu classique qui avait pour partenaire un taureau mais qui dansait gracieusement autour de lui. Elles ne se connaissaient pas mais vont se retrouver au même hôpital dans le coma, la femme torero victime du taureau et la danseuse étoile victime de la route et internée depuis plus longtemps que Lydia.
Les deux hommes qui entouraient ces deux danseuses se retrouvent à l’hôpital alors que le hasard les a assis côte-à-côte quelques temps auparavant au théâtre, l’un (Benigno) joyeusement étonné de voir l’autre (Marco) pleurer d’émotion. Face à celles dont ils ne peuvent plus qu’espérer un réveil miraculeux, les deux hommes auront des attitudes différentes. Marco perd la parole devant celle qui a longtemps écouté ses longs propos alors que Benigno communique davantage avec celle qu’il a longtemps épiée de loin sans trop osé lui parler. Les deux hommes vont avoir beaucoup à apprendre d’eux-mêmes et s’aideront mutuellement devant les tragédies de la vie.
Almodovar, le réalisateur-scénariste (comme dans 90% des ses films) installe donc une histoire forte, la plus forte de sa carrière, laissant son traditionnel humour décalé au second plan, et tout en demi-teinte. Il signe un film sur l’importance de la communication, qu’elle soit parole ou gestuelle. Une communication qui cherche à comprendre et connaître l’autre. Benigno, par exemple, monologue tout le temps face à Alicia lorsqu’il la lave, l’habille, la maquille, la balade. Il lui raconte sa vie mais on s’aperçoit que cette vie aurait pu être celle d’Alicia, car il s’est imprégné des habitudes de celle qu’il aime. Il lui raconte ainsi tous les films muets qu’il va voir pour elle. Une opportunité pour Almodovar de se différencier dans son film. Il réalisera, en effet, un vrai film muet qu’il intégrera dans « Parle avec elle ». Un film dans le film. « L’amant qui rétrécissait », son titre, est un vibrant hommage aux films des années 30, en noir et blanc et musicalement stimulant ! Un passage drôle, déroutant, surprenant et qui a certainement son importance pour comprendre une partie de l’histoire.
Une histoire où les scènes dramatiques vont crescendo et où les comédiens excellent dans leur rôle. Javier Camara, vu dans « Lucia y el sexo » sorti il y a peu, et Dario Grandinetti jouent les subtilités, dans leur relation complexe, à la perfection. Le pari des comédiens inconnus du grand public (laissant de côté ses actrices fétiches telles Marisa Paredes, Victoria Abril et Pénélope Cruz ainsi que ses acteurs stars que sont Antonio Banderas et Javier Bardem) est gagné haut la main. La musique du film accompagne enfin les dialogues de façon admirable tout comme elle arrive à donner une nouvelle épaisseur aux nombreux silences du film. Almodovar réussi donc une entreprise grave et belle à la fois franchissant un nouveau pas dans sa filmographie richement remplie.
Revue de presse : Le Nouvel observateur : Almodovar, au fil des années, de film en film, est parvenu à ce point que seuls atteignent les plus grands (...). Le Figaro : Une oeuvre simple et finalement magnifique, bouleversante, profondément pudique jusqu’à en devenir provocante. Libération : (Les) scènes de parloir sont la quintessence bouleversante du film. Voilà la vie : on se parle beaucoup, on s’écoute peu, on s’entend très mal. On dit que le tango est une chanson mélancolique qui se danse. Parle avec elle est un tango filmé. Première : Non seulement Pedro n’a rien perdu de son humour (plus discret, il est encore plus efficace) mais, surtout, la subtilité de son script, qui joue habilement avec la chronologie, et sa mise en scène, qui coupe impitoyablement les scènes quand le démon larmoyant menace de se pointer, font de son petit dernier une notable réussite mélodramatique, genre casse-gueule entre tous.
Mes liens :
Une critique du Monde bien documentée.
Le site officiel de Pedro Almodovar