Conclusion : abroger le PaCS tout en rendant justice
Le débat autour du PaCS a eu le mérite, malgré les dénégations de ses promoteurs, de poser les véritables questions de société qui en étaient l’enjeu. En proposant d’aller encore plus loin, les promoteurs du PaCS en confirment le danger :
supprimer le délai avant l’imposition commune rend le contrat encore plus précaire pour les contractants et plus attractif pour les fraudeurs ;
réduire le délai avant l’obtention de la carte de séjour pour les étrangers aggrave aussi le risque des régularisations frauduleuses ;
ouvrir la perspective du droit à l’adoption méconnaît l’intérêt des enfants et risque de les intrumentaliser à l’appui une revendication identitaire.
Sans commentaires…
En utilisant le thème de l’homophobie comme moyen d’écarter toute opposition, les promoteurs du projet ont utilisé un argument facile. Aujourd’hui, ils réclament des dispositifs législatifs nouveaux pour sanctionner les propos « homophobes ». S’il s’agit de venir en aide à des personnes scandaleusement insultées, on serait difficilement fondé à le contester. Pourtant, l’arsenal législatif actuel semble pouvoir répondre à l’attente légitime de tout citoyen d’être respecté. S’il s’agit en revanche d’étouffer tout débat contradictoire sur la question homosexuelle, c’est une atteinte inacceptable à la liberté de conscience et d’expression, clé de voûte de notre démocratie.
Le thème de l’homophobie comme moyen d’écarter toute opposition est à l’image de la fin de ce texte : une vision politicienne destinée à attirer les électeurs qui ignorent tout de l’homosexualité. L’homophobie est une réalité. La candidate Boutin l’a rappelé, le PaCS est objet de dérision pour les homophobes. N’aurait-elle jamais entendu de blagues sur les homosexuels moquant leur côté efféminé ou quelqu’un se faire traiter de « pédale », de « tapette ». L’homophobie n’est pas une invention, c’est une réalité quotidienne dont les homosexuels souffrent.
Madame Boutin affirme que l’arsenal législatif est suffisant pour combattre l’homophobie : c’est faux ! La réalité des insultes homophobes démontre que l’arsenal est insuffisant. Il est d’ailleurs significatif de remplacer dans les insultes homophobes les termes de pédé par juif, arabe ou noir ! Ca devient tout de suite scandaleux ! Dès lors, comme pour les insultes racistes ou antisémites, il faut un arsenal législatif pour réprimer de telles insultes pour qu’elles disparaissent ! L’argument de l’atteinte à la liberté de conscience et d’expression fait sourire : il rappelle les dénégations de l’extrême droite quand on avait décidé de sanctionner les propos racistes et antisémites. Ceci est d’autant plus choquant quand on sait que la manifestation anti-PaCS avait été émaillée de propos violemment homophobes (« les pédés au bûcher »).
Puisque Madame Boutin aime les homosexuels, elle devrait être sensible à ce problème et soutenir la lutte conte l’homophobie.
Il sera intéressant de noter les prises de position des candidats aux élections présidentielles, notamment de Jean-Pierre Chevènement et de Lionel Jospin vis-à-vis de la surenchère actuelle des promoteurs du PaCS issus de leurs partis. De même l’attitude des candidats de l’opposition comme Alain Madelin ou Charles Pasqua qui ne se sont pas explicitement opposés au projet au moment de son vote.
De mon côté, sans cautionner la caricature qu’on a parfois faite de l’opposition au PaCS, je souhaite en 2002 son abrogation. Ce qui n’exclut pas des mesures de justice à l’endroit de toute personne, homosexuelle ou non, qui souffrirait de discrimination injuste.
On voudrait bien y croire, mais on ne peut s’empêcher de penser qu’il ne s’agit que de mots puisque Christine Boutin ne propose rien pour régler les problèmes des homosexuels !